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Comment peut-on préférer les candidats de LREM à ceux de la Manif pour Tous ?

On a voté trois fois et on votera encore en France demain pour élire l’Assemblée la plus minable de l’histoire de la Ve république. Les scores délirants obtenus par le parti au discours le plus creux et au programme le plus indéfinissable sont déjà une catastrophe en soi, mais rien n’égale le constat que des circonscriptions structurellement catholiques ont voté massivement pour les candidats d’Emmanuel Macron quand se présentaient face à eux des soutiens historiques de la Manif pour Tous tels que François-Xavier Bellamy, Brigitte Kuster ou Jean-Frédéric Poisson. Henri Guaino a éclaté de colère, Jean-Frédéric Poisson remâche pour la deuxième fois sa déception. « On ne lâche rien », vraiment ?

En matière d’élections, c’est le portefeuille qui prime ! (un catholique, dans une dimension parallèle)

De sœur en Jésus-Christ à frères en Jésus-Christ, il n’est pas possible d’être chrétien et de voter selon un tel principe en France en 2011. Nous ne vivons pas à une époque où les candidats, tous chrétiens, tous d’accord sur l’essentiel, ne s’opposent que sur la manière pratico-pratique d’atteindre un bien commun que tout le monde connaît et que tout le monde désire, dans un amour unanime de la civilisation française. Le bien commun est la paix de l’ordre ; l’erreur et l’immoralité sont des désordres. Ce désordre culmine et se mue en chaos lorsqu’au lieu de le résorber, on le promeut. L’indifférence à la civilisation française et sa destruction volontaire ne peuvent apporter aucune solution parce que ces attitudes sont à la source du problème : dans ce contexte, le vote ne peut pas être neutre.

Nous vivons à une époque où s’opposent des candidats qui, pour les uns, conçoivent Dieu, l’homme et la patrie dans la vérité de leur être, et pour les autres, ont une vision des êtres tordue par l’utilitarisme ou par la dernière dégénérescence du marxisme. Les premiers, s’appuyant sur une intelligence qui embrasse droitement la réalité, ont une notion claire de la morale, du bien et du mal, et de la manière dont on les atteint ; les autres, aveuglés dès l’origine par leur conception déviante du monde, n’ont aucune morale ou une “morale” inversée qui s’oppose au bien commun. Si les premiers nuisaient à la nation, ce serait par une erreur humaine pardonnable ; si les autres lui étaient bénéfiques en quelque manière, il faudrait se précipiter à Lourdes pour rendre grâce à Dieu d’un tel miracle !

Nul ne peut servir deux maîtres à la fois, car ou il haïra l’un, et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent. (Mt VI, 23-24)

L’économie joue certes un rôle important dans la vie d’un pays, mais ce n’est pas le premier. On ne souhaite pas vivre dans la misère ni l’imposer à ses enfants (si l’on en a), mais est-ce vraiment la misère qui menace ces circonscriptions aisées ? Entre éducation tordue et sports d’hiver, faut-il choisir les sports d’hiver ? Entre invasion du pays et bonne chère, faut-il préférer la bonne chère ? N’est-il pas possible de consentir une réduction de son train de vie quand l’intérêt supérieur du pays le demande ?

On dit que les « cathos de bonne famille » ont des « valeurs ». Mais que valent-elles ? Sont-ce des principes qui sont premiers en tout et guident toutes vos actions ? Si c’est le cas, pourquoi avoir placé votre intérêt financier avant vos « valeurs » morales ? Allons, dans quel Évangile nouveau l’argent est-il une « valeur » première ? Si ces « valeurs » ne sont pas des principes, que sont-elles donc alors ? Des « points de repères » plus ou moins importants, des « marqueurs sociologiques » parmi lesquels on fait son tri personnel et qui permettent surtout de se reconnaître entre soi ?

Taubira, t’es foutue, les cathos sont dans la rue !

Certains se disent sans doute qu’ils votent pour l’économie et s’opposeront au reste : ils se mentent à eux-mêmes. Les candidats pour qui l’on vote ont toute légitimité, du fait même de ce vote, pour faire ce qu’ils veulent. Une fois que leur est donné le pouvoir de faire des lois, vos manifestations ne sont plus que des coups d’épée dans l’eau : en quoi les Manifs pour Tous ont-elles empêché la loi Taubira ? En quoi les manifestations contre la loi travail ont-elles arrêté la loi El Khomri ? Et qu’est-ce que ces deux mouvements en regard de toutes les lois qui ont été votées ! Un député mauvais propose et vote pour des lois mauvaises toute l’année pendant cinq ans, un temps qu’un député droit et courageux aurait mis à profit pour le bien du pays : à la fin, nous ne subissons pas seulement le mal qui a été commis mais l’absence du bien qui aurait pu être accompli.

On se dit peut-être qu’en inscrivant ses enfants dans des écoles privées, on leur épargnera les conséquences du choix de son député. C’est d’une part se méprendre sur la qualité intellectuelle et morale de ces écoles, qui ne sont plus que des écoles publiques un peu moins mauvaises que les autres ; c’est d’autre part infliger sans remords aux 80% d’enfants contraints par les quotas à subir l’école publique ce que l’on n’a pas voulu infliger aux siens. Où est ici le sens du bien commun ? De plus, qu’est-ce qui empêchera votre tout nouveau député dépourvu de morale de fourrer son nez importun dans les affaires de vos écoles et d’exiger leur suppression ou leur alignement sur les dernières folies du public ?

Oui, il y a trop d’immigration, mais fort heureusement, l’on n’est pas directement concerné : d’une part, les Français qui la subissent le font avec votre assentiment passif ; d’autre part, qu’est-ce qui vous fait croire qu’on ne vous imposera pas de force cette immigration qui ne vous dérange pas quand elle se fait chez les autres ? Après tout, n’est-ce pas un sujet bien secondaire, puisqu’il ne vaut pas même une voix ? Il est de ceci comme du reste : vos mécanismes de protection n’existent que parce qu’on veut bien qu’ils existent, et votre futur député tiendra leur existence dans sa main. Si vos “valeurs” ne sont pas des principes, les siennes en sont peut-être et il se peut fort bien qu’il décide d’agir en conséquence à votre détriment comme à celui de l’ensemble du pays.

Celui qui est fidèle dans les moindres choses l’est aussi dans les grandes, et celui qui est injuste dans les moindres choses l’est aussi dans les grandes. (Lc XVI, 10)

Nous voulons tous servir Dieu, être bons chrétiens, contribuer au bien de notre pays. et avoir une valeur d’exemple qui attire à la foi. Cependant, s’il est une chose que l’on verra et qui fera exemple, ce sera le « vote catho ». Nous avons dans notre pays peu de candidats catholiques, intelligents, avec une conscience droite et une notion claire du bien, du beau et du vrai. Nous avons peu de candidats qui ne sont pas catholiques mais possèdent en bonne partie ces qualités. Quel exemple donnons-nous lorsque nous les dédaignons au profit du dernier arriviste investi pour lécher les bottes du dieu-président ? Eh bien, c’est très simple : nous montrons par l’exemple que le vote catholique français s’achète, que les « points non négociables » se négocient très bien et que, finalement, il vaut mieux ne se soucier ni de droiture, ni de vérité, ni de bien commun, ni de patrie en politique puisque c’est la dernière chose qui puisse vous faire élire, surtout chez les cathos ! Nous montrons que le bien commun essentiel chez nous passe après le plus secondaire des intérêts particuliers. Que ceux qui craignent toujours pour « l’image » des cathos méditent donc sur celle-là.

Guillemette Pâris

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