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[CAUSERIES JAPONAISES] Une société saine est religieuse

Causeries Japonaises

III - Une société saine est religieuse

Automne MMXIII, à Hiyoshi

Il est une chose absolument fascinante lorsque l’on commence à étudier l’histoire des hommes : l’omniprésence du fait religieux. Cela est si vrai que le meilleur moyen en archéologie, lorsqu’est découvert un site ou des restes, de savoir si l’on a affaire à des vestiges humains, réside dans la présence ou non d’un culte aux morts. Cela permet de tracer une ligne nette entre l’homme et l’animal.
Une société qui nie la religion, c’est-à-dire, au fond, le surnaturel (la métaphysique) et les sensations, les sentiments et les réflexions liés à elle, est profondément malade. La religion est en effet naturellement inscrite dans le cœur de l’homme, et sa disparition témoigne d’une entreprise de destruction et de déracinement, acharnée et de longue haleine.
J’imagine déjà au mieux les haussements d’épaule dédaigneux, au pire l’invective méprisante ; il ne faut pas aller jusqu’à évoquer la tentative d’assassinat, qui serait pourtant réaliste chez certains, mais elle ne discréditerait que trop l’entreprise de destruction cachée sous l’agréable vocable de « révolution », ce qui retient encore certains esprits maléfiques.
Mais pourtant, la religion est bien un fait naturel chez l’homme. Elle est tout simplement liée à son imperfection et à sa connaissance intime et incarnée de ce qu’il n’est pas, justement, un dieu.

Pour être plus concret, il existe deux faits commun à tout homme, et qui sont à l’origine première de la religion. Je défie quiconque de me contredire de bonne foi.
Le premier est le respect dû aux morts. Quoi de plus naturel pour un homme que de commémorer et d’honorer ses morts, ses grands-parents, ses parents, ses amis, ses enfants, ses ancêtres. Voire d’agir pour eux. On dit souvent que c’est le questionnement par rapport à sa propre mort qui amène à reconnaître le sentiment religieux, mais je dirais que cette assertion est fausse en ce sens où cette auto-réflexion est déjà trop complexe. La réalité est bien plus simple. Lorsque l’on voit mourir ceux qui nous sont chers, ou qui ne le sont pas, comment ne pas se demander où ils partent ? Tout commence là. Par le respect envers les morts, puis le sentiment naturel que, même mort, leur esprit — leur âme — existe quelque part.
Celui qui dit n’avoir jamais ressenti ce genre de choses est sans doute un menteur, ou alors il n’est pas pleinement humain. Quelle aridité que de pouvoir renier les morts et autrui ! Quelle horreur que de n’être que dans la froideur stérile de son arrogance solitaire qui ne croit se satisfaire qu’en réduisant les autres à ce même état de délabrement ! Comment est-il possible d’en arriver là ? Alors qu’il suffit d’être naturel et de s’ouvrir au monde... Le respect envers le mort amène à la perception de tout ce monde surnaturel qu’il nous est donné de sentir.

Le deuxième fait est la crainte respectueuse de la nature. L’observation de la nature, dans ce qu’elle a de beau, de parfait mais aussi de laid et d’affreux, ne peut qu’amener à sentir ces choses qui sont à l’origine de la religion. Il n’est pas innocent que toute religion, même fausse, trouve ses fondements dans la réalité de la nature.
En allant un peu plus loin, la crainte de la nature est peut-être le sentiment le plus naturel qui soit donné à l’homme déchu de ressentir, et qui lui révèle sa nature sociale et religieuse. Lorsqu’il nous a été donné de goutter à l’effroi que provoque la prise de conscience de la puissance de la nature, dans un typhon, un tremblement de terre ou ce que vous voulez, il n’est plus possible de se croire un dieu. Il devient d’une évidence limpide qu’il faut former des sociétés pour se protéger, et qu’il faut admirer la nature pour sa force, ses bienfaits et ses beautés. Tout naturellement, vient le sentiment de l’existence indéniable de quelque chose de supérieur, d’un monde surnaturel.

Ainsi, notre société qui, en niant la religion, nie — si l’on doit résumer — l’existence de la métaphysique, nie ce qui fait que l’homme est homme, et le réduit à l’état de la bête. Il est bien pratique de bannir la religion, en l’amalgamant sous une étiquette à on-ne-sait-pas-trop-quoi. Mais qui pourra nier, sans passer pour un monstre, la réalité des mondes que font découvrir ces caractères et sentiments humains que sont le respect envers les morts et la crainte respectueuse de la nature, en attendant celle de Dieu et la connaissance du Sauveur ?

Paul-Raymond
Pour Dieu, Pour le Roi, Pour la France

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