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[CAUSERIES JAPONAISES] - Typhon

Causeries Japonaises

VII - Typhon

Automne MMXIII, à Hiyoshi

Un typhon est passé par ici il y a quelques jours. Une trentaine de morts, encore une vingtaine de disparus. La pluie n’a pas cessé de tomber pendant toute la journée, de plus en plus forte. Comme je n’étais pas sorti de la journée, je n’étais point au courant de son arrivée. Je l’ai appris par un message de l’école qui nous informait de l’annulation des cours du lendemain matin. Je suis allé acheter en catastrophe des vivres au cas où.
Le gros de la tempête souffla tôt le matin, pendant mon sommeil. Au petit matin, j’entendais le vent souffler et souffler encore. Il était paradoxalement agréable d’être emmitouflé dans ses couettes, tout près du déchaînement de la nature, mais à l’abri. Cette sensation que l’on ressent au passage d’une catastrophe naturelle est un plaisir rare que je n’ai jamais goûté en France. Un mélange d’effroi devant cette nature qui pourrait nous happer et d’admiration respectueuse de cette force incommensurable. Le plaisir vient aussi du sentiment de solidarité envers tous nos congénères qui subissent le même sort : nous sommes tous de petites choses fragiles face à ces vents et face à cette eau du ciel.
Le Japon est chanceux d’avoir cette nature. Elle lui enlève régulièrement des enfants, mais elle lui apporte aussi ses bienfaits. Le Japonais a en tout cas la seule posture valable face à la nature : une crainte respectueuse et humaine. Cela explique pourquoi il peut tour à tour vénérer un arbre plusieurs fois centenaire et bétonner un fleuve. Malgré l’apparente contradiction, il n’en est rien. Il est normal de respecter ce qui nous dépasse et ce qui nous entoure : au Japon, nous savons que nous sommes une partie de la nature, et donc que nous devons respecter ce dont nous faisons partie. Et, en même temps, le Japon ne l’idolâtre pas, puisque les catastrophes naturelles lui rappellent sans cesse qu’elle n’a pas besoin d’être « protégée » par des êtres si faibles que les hommes. L’homme peut parvenir à se détruire, c’est sa particularité, mais la nature, il peut toujours essayer de l’annihiler : il est perdu d’avance. Au Japon, il est évident qu’il est absurde de se croire supérieur à la nature, tant dans l’abus de croire pouvoir la détruire, comme dans celui de croire pouvoir la sauver. Non, nous ne sommes que ce que nous sommes, soit pas grand-chose, et nous faisons notre vie. La nature prend, et nous prenons à la nature. Il n’y a pas de volonté particulière. Le typhon tue, mais nous n’en voulons pas au typhon : il suffit d’en vouloir au manque de prévoyance ou de solidarité entre les hommes qui auraient peut-être pu s’aider.

Là se trouve toute la force des catastrophes naturelles : elles soudent la société et éloignent irrémédiablement la tendance des hommes à l’hybris, dans laquelle l’homme occidental est tombé à s’en noyer. L’homme n’est pas un dieu : il est homme. La nature, dont il fait partie, lui rappelle que sa nature est justement de se protéger réciproquement les uns et les autres, et de poursuivre humblement, en famille, en sociétés diverses, ses œuvres particulières jusqu’au jour de sa fin. L’homme seul ne peut rien, ne va nulle part ; est déjà mort. L’homme n’existe que parce qu’on le protège et que parce qu’il protège. Tout homme a été protégé dans son enfance, sinon il serait mort. Et de génération en génération, la mémoire vivante et l’expérience accumulée permettent de mieux « réussir », si ce mot a un sens, en tout cas de se parfaire et de devenir plus authentiquement humain.

La France avait la double chance de ne pas être victime de catastrophes naturelles aussi graves que celles qui frappent le Japon et de posséder l’esprit respectueux envers son environnement – d’où sa cuisine exemplaire, comme au Japon. Hélas, le régime naturel a été guillotiné d’abord, puis extirpé autant que possible par tous les moyens depuis deux siècles ; le résultat en est une nation – de nascere – perdue, vaniteuse et irrespectueuse. Avec des gens qui ont perdu de leur humanité...
Heureusement pour l’avenir, la décadence a une fin et appelle la restauration prochaine du régime naturel à l’homme. Il n’est pas impossible de défier les lois naturelles pendant quelques temps, comme il n’est pas impossible de travailler d’arrache-pied en ne dormant que quelques heures dans la nuit. Il arrivera cependant un temps où le corps et l’esprit se rompront. À ce point précis, l’homme est forcé de revenir à l’écoute de la nature et au simple bon sens.
Que ce temps vienne vite pour le salut de la France. Que le bon sens, en nous tout simplement, se réveille. Que nous nous laissions attirer par cette partie lumineuse naturelle en nous. Nous pourrions alors restaurer notre pays. Commençons par nous restaurer, restaurer notre famille, notre village ; puis rappelons le roi.

Paul-Raymond
Pour Dieu, Pour le Roi, Pour la France

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