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Buxtehude, interprète de la joie céleste

Le compositeur Dietrich Buxtehude (prononcer Bouxteuoudeux) n’est guère connu. Et pourtant, quelle grande œuvre ! Pour avoir une idée de son talent, sans doute suffit-il d’évoquer cette anecdote  : le jeune Bach, lorsqu’il séjournait à Arnstadt (centre de l’Allemagne) en tant qu’organiste de l’église paroissiale, n’hésita pas à parcourir 400 kilomètres à pied pour rejoindre Lübeck (tout au nord !) afin de rencontrer celui qui était alors considéré comme le plus prodigieux organiste de son temps. Cette rencontre fut décisive, même si l’on ne sait rien de ce qu’ils se sont dit, et influença profondément Bach. Il n’est que d’écouter le musicologue Michel Chapuis pour se rendre compte que cette influence ne peut se réduire à celle d’un bon professeur lambda, un peu comme M. Germain fut le bon professeur d’Albert Camus : « Si Jean-Sébastien Bach n’avait pas existé, Buxtehude serait certainement le premier ». Un collègue juriste, celui-là même qui me le fit découvrir, alla même jusqu’à préférer le maître méconnu à l’élève grandiose : « Quand tu l’as écouté, tu n’aimes plus Bach ». Je n’irais certainement pas jusque-là, tant l’œuvre de Bach est proprement géniale. Reste que cet Alléluia atteint des sommets.

Alors que la Passion a pris fin et que nous sommes entrés dans la joie de la résurrection, je ne puis que vous exhorter à l’écouter. Quoiqu’il soit peu connu, c’est à mon sens l’un des plus beaux que j’aie entendus. Quelle splendeur ! Rien n’est plus réjouissant que cette mélodie qui pénètre le cœur, le transporte vers les hauteurs les plus incommensurables ! Et cette joie qui nous gagne progressivement n’est pas seulement due à l’allégresse qui se dégage des subtiles variations musicales. Comment ne pas voir qu’elle vient aussi de cette certitude qui nous habite, que le Christ est vraiment ressuscité ! Ici, l’exaltation des sens se joint à celle de la contemplation de la vérité, qui n’est autre qu’une personne : le Christ. C’est d’ailleurs la vocation propre de tout art sacré : « évoquer et glorifier, dans la foi et l’adoration, le mystère transcendant de Dieu, beauté suréminente invisible de vérité et d’amour, apparue dans le Christ, ’’resplendissement de sa gloire, effigie de sa substance’’ (He 1, 3), en qui ’’habite corporellement toute la plénitude de la divinité’’ (Col 2, 9), beauté spirituelle réfractée dans la Très Sainte Vierge Mère de Dieu, les anges et les Saints. L’art sacré véritable porte l’homme à l’adoration, à la prière et à l’amour de Dieu Créateur et Sauveur, Saint et Sanctificateur. » ( Catéchisme de l’Église catholique, 2502) L’objectif assigné à l’art sacré semble ici amplement rempli. Alléluia !

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