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Bénédiction des unions de personnes de même sexe : Sète épouvantable

C’est à dans le port de Sète, dans l’Hérault, une terre historiquement marquée par le protestantisme, que la Bible a été soumise au vote. Par 94 voix contre trois, les délégués de l’Église protestante unie de France ont décidé d’autoriser la bénédiction religieuse des couples de même sexe, en ce dimanche 17 mai. La date, qui coïncide avec la Journée mondiale contre l’homophobie, n’a sans doute pas été choisie au hasard.

Passant outre la Parole de Dieu, et surtout l’anthropologie héritée de 2000 ans de christianisme, les responsables de l’Église protestante unie de France se rallient à un militantisme qui pesaient sur eux depuis plusieurs années. Les revendications de bénédictions de couples gays, provenant surtout d’une élite de pasteurs et théologiens libéraux, s’étaient engouffrées dans la brèche ouverte par la loi Taubira de 2013.

En effet, les protestants français, qui se sont historiquement construits en opposition aux catholiques, ont intégré le mariage civil républicain à leur vie de foi : sortis de l’hôtel de ville, les couples protestants ne sont pas obligés de célébrer leur union par un culte public, même si la plupart le font. A noter que, même si le mariage n’est pas considéré dans le protestantisme comme un sacrement (un signe d’alliance entre Dieu et les hommes, et un « canal » de la grâce divine), il reçoit cependant une bénédiction donnée par un pasteur, ou par l’assemblée en prière. S’appuyant sur cette situation héritée de l’histoire, les partisans du mariage gay ont tout fait pour que l’Église s’aligne sur la loi civile.

Cette décision s’annonce catastrophique pour l’Eglise protestante unie de France. Née en 2012 de la fusion entre réformés (calvinistes) et luthériens, confrontés à leur déclin numérique, elle prend le risque de fortes tensions, voire d’un schisme en son sein. Si la façade officielle de l’Eglise est acquise à la bénédiction des couples de même sexe, les paroisses sont profondément divisées. De nombreux pasteurs se sont élevés contre le projet. L’un d’eux, Gilles Boucomont, pasteur de la très dynamique paroisse parisienne du Marais, a ironiquement commenté ainsi le ralliement de l’Eglise a l’esprit du monde : "Quand l’Eglise dit « Je suis Charlie », c’est qu’elle ne veut plus suivre Jésus..."

Car c’est bien de cela dont il s’agit : la fusion avec le monde moderne, jusque dans ses dérives. Réduire la foi chrétienne à la seule question du « mariage » gay (ainsi que de l’avortement, de l’euthanasie, ou du genre), aux seules valeurs morales, comme le font les radicaux de tous bords, est absurde. Mais suivre les évolutions de la société sans réflexion, y compris contre la Tradition chrétienne, est une impasse spirituelle. Si la foi s’identifie complètement à la société séculière, elle se dénature et disparaît. Cette bénédiction religieuse des couples gays est un symptôme de cette tendance, plus qu’un épouvantail à lui seul qu’il faudrait déloger. Elle traduit une erreur qui croit qu’il faut adapter l’Évangile aux réalités changeantes pour qu’il puisse être reçu. Évidemment, l’Église doit se réformer sans cesse, sinon elle le sclérose. Mais elle ne doit pas dénaturer ce qui constitue sa foi, d’où découle sa vision de l’homme et du monde. Le christianisme n’est pas un corpus de règles et de valeurs morales. C’est une relation personnelle au Christ, personne vivante et agissante au quotidien, d’où proviennent les attitudes de vie et les convictions. Or, lorsqu’on prétend adapter le christianisme à une idéologie, qu’elle soit bobo-relativiste, ou identitaire-païenne, on fait le chemin inverse.

Ce n’est pas en relativisant la foi chrétienne qu’elle sera accueillie, et qu’elle portera du fruit. Comme le répétait Jean-Paul II, l’Église est un « signe de contradiction », par vocation. Pas une entreprise adaptant son marketing, pour « mieux aller à la rencontre de nos contemporains ». C’est ce qu’affirme quant à lui ce dimanche Laurent Schlumberger, président de l’Église protestante unie. Le pasteur ne veut sans doute pas croire que la bénédiction prononcée actuellement est celle de l’enterrement de son Église.

Tous les cas d’Églises protestantes occidentales qui se sont ralliées à l’esprit du monde, des États-Unis à la Scandinavie, en passant par les Iles britanniques, les Pays-Bas et l’Allemagne, ont accéléré leur déclin. Ce sont des réalités factuelles : le protestantisme « historique », luthérien, réformé et anglican, est en passe de disparaître dans l’hémisphère Nord. Ce sont autant de communautés chrétiennes, avec leurs richesses théologiques, spirituelles, et même culturelles (de la musique de Bach à l’oeuvre apologétique de CS Lewis) qui s’effacent. Pour un chrétien qui n’est pas replié sur lui-même et indifférent à ces autres frères dans le baptême, ce n’est pas une bonne nouvelle.

De plus, cette décision va accroître le fossé entre, d’un côté, protestants libéraux, et de l’autre, catholiques et protestants évangéliques. Ces deux groupes de chrétiens, bien que très éloignés sur les plans théologiques et liturgiques, se retrouvent unis par leur ferme volonté de ne rien brader du Christ, et de l’annoncer au monde. L’effondrement du protestantisme historique va mettre d’autant plus en lumière cette proximité entre catholiques et évangéliques, minoritaires dans la société post-chrétienne, et appelés à collaborer étroitement à la ré-évangélisation de la France. L’Église catholique, à travers les JMJ, les groupes d’études bibliques, et les initiatives missionnaires, prend déjà exemple sur les évangéliques. C’est peut-être le seul bien qui ressort du mal fait à l’unité des chrétiens à Sète.

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