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Abbé Iborra : « Nous étions bien naïfs »

L’Abbé Iborra est vicaire à la paroisse Saint-Eugène dans le IXe arrondissement de Paris. Voici son éditorial de dimanche.

J’étais jeudi dernier au Palais Bourbon pour assister à une séance où une poignée de députés siégeant à la droite du président martelaient à coups d’amendements leur opposition au projet de loi que vous savez. En face, un mur de silence, le refus de répondre aux arguments de fond. Et cela alors qu’une grande tapisserie représentant la fameuse Ecole d’Athènes de Raphaël, avec Platon et Aristote dans les premiers rôles, dominait l’hémicycle ! Quel contraste me suis-je dit : aux droits de la vérité affrontée à l’intelligence (sur la tapisserie) s’opposait ce que j’avais appelé ici-même le 13 janvier l’hypocrite idolâtrie du Nombre (dans l’hémicycle) ! Nos adversaires se servent du Nombre à leur avantage (dans les assemblées parlementaires), ils l’ignorent quand il leur devient contraire (partout ailleurs, visiblement, même au Conseil d’Etat ou au Comité National d’Ethique).

Devant cette obstination à nier les évidences de la loi naturelle et – il faut bien le dire – à forger de toutes pièces un « homme nouveau » dont la seule loi est celle d’un subjectivisme absolu asservi aux pulsions des sens, libertaire donc, je me suis dit que nous avions été bien naïfs lorsqu’au lendemain de la chute du Mur de Berlin, en 1989, nous avions cru assister à la mort des idéologies. On parlait même à cette époque de « fin de l’histoire » ! En fait, il y a une idéologie qui a survécu et qui, en certains de ses éléments, est devenue un mutant monstrueux. C’est l’idéologie libérale. Son triomphe face à l’effondrement du collectivisme lui a fait perdre toute retenue. Ce que nous vivions alors comme une victoire appelait en fait de nouvelles défaites, bien plus graves peut-être. En effet, une liberté qui n’est plus régulée par l’objectivité de la loi morale naturelle aboutit à tous les dérèglements possibles, aussi bien économiques qu’anthropologiques. Et cette même liberté, rejetant orgueilleusement toute norme, a abouti, dans le domaine sexuel, à l"’idéologie du genre". Dès 1994, on a assisté à une alliance improbable du S. Siège et des Etats musulmans pour bloquer son triomphe à la « Conférence de l’ONU sur la Population » du Caire. Il s’agissait, pour les tenants de cette idéologie, de substituer à l’objectivité du sexe la subjectivité de l’orientation sexuelle. Depuis ce subjectivisme hédoniste n’a cessé de gagner du terrain, se parant des trois vertus républicaines comme d’autant de masques pour mieux berner les innocents.

Le 13 janvier, beaucoup de Français ont ouvert les yeux sur cette « supercherie », selon le mot de notre Archevêque. Sauront-ils reconnaître que ce n’est qu’une étape supplémentaire dans un processus de destruction des valeurs naturelles intangibles qui a commencé avec le projet prométhéen des Lumières et qui s’est accéléré ces dernières décennies sous le nom d’"avancées sociétales" ? Oui, tout se tient : de la négation des droits de Dieu dans l’ordre social jusqu’à la destruction systématique de toutes les institutions qui réfractent l’ordre divin et qui permettent à une véritable liberté de croître et de fructifier. La destruction de la définition même de la famille accélèrera son démantèlement pratique et aboutira ainsi à une plus grande vulnérabilité de l’individu face à l’Etat, puisque la principale institution souveraine, antérieure même à l’Etat, aura été vidée de tout contenu. « Leviathan » (l’Etat absolu) aura ainsi de beaux jours devant lui. Ou du moins le croit-il, car des familles solides ne sont-elles pas le meilleur soutien d’un Etat respectueux de leurs droits ?

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