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Les flammes qui ont ravagé Notre-Dame forment un poème splendide et cruel. Elles nous permettent d’envisager notre cité terrestre à travers autre chose qu’une métaphore ponctuée par la littérature. Nous n’avons pas suffisamment fait l’expérience du temps qui passe. L’érosion de notre civilisation est si pernicieuse que, de manière infinitésimale, elle sarcle le quotidien des Européens par sédation lente la rendant presque supportable. Notre-Dame brûle mais ce n’est pas un bûcher, c’est le flambeau du monde qui « quitte l’autre séjour. » [1] Le feu doit purifier. Les théories d’Oswald Spengler sur le déclin de l’Occident se pressent à nous désormais de manière tangible et de la métapolitique jaillit le devoir imminent de la conversion. Nos civilisations organiques intègrent fatalement l’hiver mais chacun s’accorde à lui préférer le printemps. Les roses de vitraux, les arbres de Jessé, le bois sculpté des stalles, le rameau de la flèche sont autant d’expressions du printemps de la chrétienté du XIVe siècle à nos jours. Nous sommes les spectateurs amoindris, six siècles plus tard, de l’épouvantable. Le joyau brûle au creux de sa châsse et c’est le monde qui se présente aux deux tours que l’on presse déjà des meilleures volontés. Notre-Dame, beaucoup n’ont aucun souvenir en tes murs. Quand l’archevêque y pontifiait, beaucoup d’entre nous ont souvent ri et moqué le ridicule de tes cérémoniaires quand la seule ambition des touristes n’était pas de prendre une photo dans l’obscurité secrète de tes chapelles. Pourtant quand nous voyons ton érection formant la foi triomphante, la puissance des pères à laquelle nous avons cru s’effondrer, nous avons mal. Le feu purifie nos iniquités mais que furent nos péchés pour déchaîner l’enfer sur nos vies pâles, à part peut-être la modération et le compromis enchaînant l’âme qui nous liait à Vous ? Une question alors : « Que devons-nous faire ? » a sa réponse : « Nous devons faire une croisade. » Monseigneur Lefebvre pointait déjà le feu ravageant les anciennes pratiques et des pierres vivantes il fallut anéantir l’écrin. Devant l’imminence de la haine à Casablanca ou à Meknès, devant l’imminence de la haine à Maaloula ou à Saidnaya, devant l’imminence de la haine à Saint-Etienne-du-Rouvray ou à Saint-Sulpice, partout où Vous régnez : ceux que Vous aviez pris pour frères et pour amis ont fléchi le genou devant Hérode. Nos ennemis renaissent et c’est un peu comme une impression de ne jamais tirer les leçons de l’histoire qui s’impose, avec son oubli des enseignements passés. Nous n’envisageons pas encore complètement la guerre menée contre le christianisme dans nos pays européens dont Notre-Dame, à la manière de sa sœur à Reims en son temps, est l’allégorie cuisante au même titre que notre tiédeur. Quelques insensés, dit le monde, pleurent les flammes qui te dévorent, l’effondrement de tes voûtes, et se réjouissent tout à la fois de la royale tunique épargnée, de la Couronne toujours à révérer, du coq encore à chanter, des roses illuminées. Le feu a purifié, il n’a pas détruit. Que la Dame qui brûle, qui n’a jamais brûlé jusque-là, ne pouvant former un hasard quelque funeste soit-il nous rappelle le psalmiste : « Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os. » et nous invite tous à la collective ordalie, l’épreuve de notre foi.


[1Jacques DAVY DU PERRON, 1555 - 1618, Quand le flambeau du monde.

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