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Jean-Marie Le Méné : « Jamais plus d’embryons de laboratoire ! »

Nous nous sommes rendus à la Fondation Jérôme Lejeune pour interroger Jean-Marie Le Méné, défenseur connu et respecté de la protection de la vie humaine. Nous y trouvons une équipe accueillante, disponible mais surtout très précise et marquée par l’expérience médicale d’accompagnement des ses patients à travers l’Institut Jérôme Lejeune, qui propose des consultations gratuites pour les personnes atteintes de déficiences intellectuelles d’origine génétique, de trisomie 21 en particulier.

La Fondation s’est mobilisée pour faire front contre un texte visant la levée de l’interdiction de la recherche sur l’embryon humain et a lancé une campagne : Vous trouvez ça normal ? que nous vous invitons à rejoindre : http://www.vous-trouvez-ca-normal.com/

« L’embryon est la forme la plus jeune de l’être. »

Quelle est la mission de la Fondation Jérôme Lejeune en quelques mots ?

Notre mission est de poursuivre l’œuvre du Professeur Lejeune. Il a découvert l’origine génétique de la trisomie 21 et a fait du combat pour soigner et défendre ses patients un hommage à une lutte plus vaste au service de la vie. Nous sommes très investis dans la recherche et dans l’accompagnement des personnes atteintes de maladies génétiques de l’intelligence, et cela suppose une défense âpre de cette population éliminée à 96% avant la naissance dans le cas de la trisomie 21. La défense de l’embryon humain s’inscrit naturellement dans ce cadre. Cet engagement a un sens ; l’eugénisme frappe à notre porte tous les matins : la relation avec les parents, le traitement des conséquences de ces anomalies génétiques nourrissent notre action. Dès lors que vous proposez une consultation spécialisée depuis quinze ans, la prise de parole devient évidemment plus légitime, c’est un devoir de parler sur ces questions.

De là, quand j’affirme : l’embryon est la forme la plus jeune de l’être, je parle avec le soutien, du dictionnaire, de la science, de la médecine, mais aussi cette expérience de la dignité de tout être.

Le novlangue aime à distinguer l’être de la personne humaine, qu’en dîtes vous ?

Ce sont deux notions différentes qui n’émergent pas dans le même champ. L’être c’est ce qui est. Vous ne trouverez aucun scientifique dans le monde qui prétendra qu’un embryon humain n’est pas un être humain. On ne se pose pas la question pour les souris. Il faut vraiment être radical de gauche pour affirmer qu’un embryon humain n’est qu’un « amas de cellules ». La personne, elle, ne se trouve pas au bout d’un microscope. Cependant, il n’est pas d’être humain qui ne soit une personne. Ceux qui ont cherché à dissocier ces notions ont été condamnés par l’Histoire.

Vous parliez de l’héritage de Jérôme Lejeune, qu’est-ce qui aujourd’hui justifie ce combat contre la recherche sur l’embryon humain ?

Avec la proposition de loi inscrite à l’Assemblée nationale, et mise en échec pour l’heure, nous allons vers une cannibalisation de l’embryon humain, présentée abusivement comme une solution thérapeutique miraculeuse. Quand bien même les embryons auraient ce pouvoir, détruire des êtres humains pour en soigner d’autres est une curieuse méthode. Or, depuis 20 ans la recherche sur l’embryon humain, libéralisée et grassement subventionnée dans certains pays étrangers, et tolérée en France avec le système de dérogations depuis 2004, n’a rien donné de probant. A l’inverse, les alternatives fournissent des solutions effectives et des pistes formidables. Au fond, ne nous y trompons pas, les partisans de la recherche sur l’embryon brandissent la thérapie cellulaire pour en réalité obtenir les embryons à bon compte pour les laboratoires pharmaceutiques.

Pouvez-vous préciser et nous dire quels sont les moyens qu’a la science grâce aux cellules souches, pour répondre à ses besoins en termes de thérapie et de développement de médicaments ?

On parle aujourd’hui de trois types de cellules souches :

EMBRYONNAIRES :

  • les cellules issues d’embryons, sur lesquelles la recherche mène des recherches qui conduisent à leur destruction. Elles ne mènent à aucun résultat probant en termes de thérapie cellulaire mais sont utilisés pour le criblage de molécules et la modélisation de pathologies, de vulgaires souris de laboratoire en somme.

OU ALTERNATIVES/ NON-EMBRYONNAIRES :

  • les cellules souches adultes que l’on trouve par exemple dans la moelle épinière ou le sang. Leur utilisation est maîtrisée et elles ont une fonction réparatrice. Les cellules souches du sang de cordon ombilical mais aussi du placenta. sont déjà utilisées dans le traitement de certaines pathologies, par exemple les leucémies.
  • les cellules souches reprogrammées (iPS) ont été découvertes par le Prix Nobel Yamanaka qui a réussi à rendre à des cellules adultes de peau leur indétermination d’origine en les rajeunissant. Elles posent un problème technique similaire à celui soulevé par l’embryon. En effet les chercheurs ne préviennent pas encore à canaliser le développement de ces cellules. Par contre, elles sont utiles aux laboratoires pharmaceutiques pour la modélisation de pathologies et le criblage de molécules, sans soulever de problème éthique.

Les cellules souches embryonnaires, ne parviennent pas à être utilisées pour développer des tissus du corps humain sur demande. La seule utilisation efficace de ces embryons consiste en des tests de toxicité pour des molécules, mais la découverte du Professeur Yamanaka permettrait justement de se passer des embryons, si la cellule reprogrammée n’était pas plus chère à acquérir que les embryons. Peut-on sacrifier l’embryon humain au nom d’économies pour l’industrie pharmaceutique ? Aujourd’hui pas un scientifique n’a d’espoir en l’utilisation thérapeutique à court terme des embryons. A l’inverse la DMLA (NDLR : pathologie de la vision liée à l’âge) a de bonnes chances de pouvoir être traitée grâce aux cellules souches iPS, un essai clinique étant engagé au Japon, Alzheimer et Parkinson devant suivre.

En luttant contre cette libéralisation, on vous reproche de ne pas considérer les familles qui attendent les résultats de la recherche sur l’embryon…

Les communiqués du parti socialiste et des chercheurs promoteurs de la recherche sur l’embryon humain, puisque c’est ce dont il s’agit, instrumentalisent la douleur et les difficultés des familles. Cette proposition de loi n’est motivée que par des questions d’ordre financier, elle est attendue par l’industrie pharmaceutique, et non par les malades. Encore une fois, les scientifiques aujourd’hui ne peuvent pas soigner par thérapie cellulaire les malades en utilisant des cellules embryonnaires. La France est le leader mondial du soin aux grands brûlés, par exemple à l’hôpital militaire de Percy, avec des méthodes alternatives à l’embryon humain. On tait cette performance pour des raisons idéologiques. Et on continue à faire croire qu’il faut détruire l’embryon humain pour sauver des grands brûlés. C’est indigne.

Nous citions l’initiative de Laurent Meeschaert, il est urgent que les fonds éthiques ne s’inquiètent pas seulement de très louables questions sociales mais aussi du respect de la dignité et de l’intégrité de l’être et de la personne humaine. [1]

Vous replacez les attaques que vous essuyez dans un contexte plus large. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Les socialistes ont une peur panique de notre volonté, en défendant ainsi l’embryon humain, de revenir sur la loi Veil. Mais je rappelle que l’IVG est juridiquement une disposition dérogatoire au respect de l’être humain dès sa conception. Quel que soit ce que chacun peut penser de cette loi, elle ne fait pas de l’interruption de la vie un principe mais une dérogation au principe de la vie. Or, la proposition de loi dont nous parlons vise elle à faire de la destruction d’embryon humain pour la recherche le principe. C’est un changement de paradigme quant à la défense de la forme la plus jeune de la vie humaine. D’ailleurs, si certains parlementaires Verts font du zèle en faveur de cette libéralisation, ce n’est pas le cas des Verts allemands, qui, pour autant, ne sont pas taxables de lutte contre l’IVG.

Je note enfin que cette réforme est cohérente avec toutes les attaques du gouvernement contre la vie et la famille : mariage homosexuel, réforme de la politique familiale, théorie du gender, course au dépistage prénatal de la trisomie 21. Nos positions sur ces sujets forment une chaîne, et le maillon le plus faible en est l’embryon.

Lors de la nuit historique à l’Assemblée nationale fin mars, qui a vu la mise en échec de la proposition de loi visant la levée de l’interdiction de la recherche sur l’embryon, qui sont les députés qui ont bataillé pour défendre l’embryon ?

Lors du dernier débat suite à la proposition du Parti Radical de Gauche, huit députés ont mené la bataille. Jean-Frédéric Poisson, Marc Le Fur, Philippe Gosselin ou encore Hervé Mariton étaient en première ligne. D’autres députés étaient présents à leurs côtés comme Bernard Debré ou Jean Leonetti. Ces députés furent de véritables mousquetaires menant la lutte jusqu’à une heure du matin. Nous avons senti une totale adéquation avec notre propos dans leurs rangs et ce ne fut pas toujours le cas dans le débat politique. Il faut dire que nous craignions que le texte ne passe à l’Assemblée dans la même indifférence qu’au Sénat, d’où notre mobilisation avec la campagne « Vous trouvez ça normal ? » qui entend surtout informer les citoyens qui n’avaient même pas entendu parler de l’arrivée du texte au Parlement. Avec 52 000 signatures à la pétition et 100 000 cartes de protestation envoyées aux députés, nous sommes nous-mêmes surpris par cet élan. Ce fut le cas aussi sur les bancs de l’hémicycle.

Enfin, vous rappeliez au lancement de la campagne, la même semaine que le Téléthon un certains nombre de critiques à l’égard de ce barnum médiatique. Qu’en est-il ?

Nous nous sommes mobilisés pour enquêter sur le Téléthon en 2005-2006 à la demande de nos donateurs. Je n’ai personnellement rien contre ce type de manifestation qui génère 100 millions d’euros chaque année pour la recherche. Ce qui me préoccupe c’est leur promotion de la recherche sur l’embryon humain et le refus de la traçabilité des dons. Que tout cela soit masqué par une utilisation massive du pathos ne rend l’affaire que plus scandaleuse.


[1NDLR : nos lecteurs découvriront avec grand intérêt les liens entre Marisol Touraine et les intérêts pharmaceutiques : http://siteinfosecusante.free.fr/spip.php?article3209 ; à lire également l’initiative de Laurent Meeschaert, www.embryo-ethics.com, cité dans le journal de campagne Vous trouvez ça normal ?

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