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[EUROPÉENNES] Des jeunes colistiers de Force Vie Est répondent au R&N

Deux rédacteurs alsaciens du R&N sont allés à la rencontre de deux jeunes colistiers de la liste Force Vie Est et les ont soumis à la « question »

Pourquoi avez-vous décidé de vous engager pour Force Vie ?

Paul  : Tout d’abord, bonjour à toutes les lectrices et lecteurs du Rouge & Noir et merci à Cigogne et Hermine d’organiser cet entretien.
Dans un premier temps, mon engagement pour la liste Force Vie est le résultat d’une prise de conscience politique – après un bref passage à l’UMP…Mea Culpa – intervenue à la suite des mouvements sociaux de l’an dernier. Dans un second temps, je suis convaincu qu’aujourd’hui, notre génération prend conscience du rôle qu’elle a à jouer pour demain. On a la société que l’on choisit, c’est donc à nous de peser sur les choix qui seront et devront être pris pour l’avenir. Le monopole idéologique de la génération post-soixante-huitarde doit finir. Notre avenir sera culturel ou ne sera pas. Edmund Burke a écrit « Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien. » Sans aucunement me prétendre homme de bien, la philosophie de ce trait m’émeut. Il ne sert à rien de râler ou protester, il faut savoir agir pour ce qu’on croit juste et vrai.

Caroline : Pour ma part, je ne m’étais jamais « frottée » à la politique – ni de près ni de loin – avant les récentes municipales et cette campagne pour les Européennes. C’est avant tout mon engagement dans les mouvements sociaux de 2013 qui m’a fait réaliser l’ampleur de l’esclavage idéologique dont la France est frappée et la nécessité d’agir – chacun à notre niveau – pour que la vérité ne soit pas étouffée. Le père Daniel-Ange nous rappelait les propos de Jerzy Popieluszko : « La nation dépérit lorsqu’elle manque de courage, lorsqu’elle se ment à elle-même. » Pour cela, j’ai fait le pas de m’engager mais je ne me reconnaissais ni dans le compromis moral de l’UMP, ni dans le manichéisme opportuniste et irresponsable du FN et Force Vie est à mon sens l’unique solution qui, tout en reconnaissant que le projet européen d’origine a été dévoyé, souhaite rappeler qu’il peut et doit être un réel projet de civilisation. De plus, de par sa structure de label, chaque circonscription garde une saine autonomie quant à la manière de s’exprimer.

Quels sont les principes qui vous meuvent ?

Caroline : Sans hésiter, la recherche et la défense de la vérité ! Parce que cette vérité nous ouvre à toute liberté authentique (« La vérité vous rendra libres » Jn 8, 32) et à toute vie en plénitude (« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » Jn 14, 6). Or Hannah Arendt rappelait dans son livre La politique a-t-elle encore un sens ? que « la tâche et la fin de la politique [en particulier, la politique intérieure] consistent à garantir la vie au sens le plus large ». Quant à la politique extérieure, il s’agit avant tout de garantir la liberté des citoyens représentés. A partir de là, on comprend la nécessité de fonder toute action sur cette recherche de vérité.
Concrètement, cela m’amène par exemple à reconnaître et célébrer l’importance de la différence. En tant que scientifique – ingénieur chimiste – je ne peux que constater que notre univers entier existe grâce à cette différence : différences de température, de pression, de masse, d’altitude, qui permettent les différents états de la matière, le mouvement des planètes, les courants d’air, les courants marins, qui eux-mêmes régissent le cycle de l’eau, les saisons, l’alternance du jour et de la nuit ; différences de potentiel chimique, électrique – la liste est longue – qui permettent une transformation de la matière et de l’énergie, différences sexuelles et générationnelles également, permettant à la vie – humaine notamment – d’être transmise… Nier la vérité fondamentale de la différence omniprésente, c’est aller vers une uniformité statique, et donc in fine, vers la mort et contre la vie.
Cette recherche de vérité m’amène aussi à constater qu’on ne peut limiter la dignité et la valeur de l’être humain à sa capacité de production ; une personne handicapée notamment, développe en nous et au sein de notre société des capacités humaines nouvelles et nous dévoile ainsi « l’infinie beauté que la fragilité apporte au monde », comme le partageait Philippe Pozzo di Borgo.

Paul : De prime abord, la défense du droit naturel est un principe qui guide mon engagement politique. Immuable, inscrite dans le fond de l’homme, renier la réalité naturelle de l’homme est d’après moi une voie qui ne peut que mener vers une impasse. De plus, je crois réellement que le modèle de société fondé sur la famille qui a guidé l’histoire depuis des millénaires constitue un bien intemporel que des considérations actuelles et de facto éphémères ne peuvent pas tendre à détruire. Ainsi, la défense du mariage comme institution naturelle fondée sur une réalité biologique et sociale substantiellement liée à la filiation ne peut se voir « adaptée » par des revendications menant à sa dénaturation. Au-delà de la défense du mariage et de la vie, je crois qu’il faut promouvoir une société où chacun agit de façon responsable, en remplissant le rôle social qui est le sien. L’ultra-individualisme et le consumérisme ne doivent plus prendre le pas sur l’homme et sa dignité, c’est une société où chacun trouve à gagner et où l’on a vocation à tendre la main à celui qui en a besoin, en attendant que cette main soit prise. Ce n’est pas l’assistanat ou la doctrine socialiste qui fera notre avenir, mais bien la responsabilité de chacun vis-à-vis de soi, de son avenir, de ses choix, mais également vis-à-vis des autres.

En quoi la famille est-elle un sujet important pour les élections européennes ?

Paul  : Je suis convaincu qu’une société, un pays, une civilisation, se construisent du bas vers le haut et que la famille constitue le socle commun et essentiel à toute œuvre politique, à tout État. Sachant que la famille est le socle de construction de l’État, celle-ci doit rester une compétence régalienne qu’on ne peut déléguer. De facto, il s’agit de défendre le principe de subsidiarité devant les institutions Européennes pour que l’Union Européenne se cantonne aux domaines où la souveraineté étatique lui a été déléguée. Les tentatives d’extension du champ de compétence de l’Union Européenne sur les sujets sociétaux sont intolérables – tout comme toute extension de compétence-, nous entendons donc défendre les compétences des États face à un vol de souveraineté tendant à intervenir sur des sujets hors du champ de compétence des institutions européennes.

Caroline : Je partage tout à fait l’avis de Paul sur le fait que la famille est la première organisation sociale des peuples, antérieure à l’État. Dans ce sens, elle est à protéger tout particulièrement puisqu’elle représente le lieu initial de croissance et de formation de tout être humain. C’est un enjeu colossal ! Son autonomie doit être respectée et toute éventuelle mainmise généralisée sur la famille, notamment au travers de lobbies européens, serait à mon sens une atteinte à la liberté et un signe avant-coureur d’un totalitarisme qui cherche à assurer sa survie. C’est pour cela que, même si la famille doit rester de la compétence de l’État, il faut des personnes pour la protéger dans les institutions européennes.

Vous êtes très en pointe dans les questions éthiques et familiales qui sont vos "chevaux de bataille", qu’en est-il des questions de politique générale ?

Paul : Heureusement que nous sommes à la pointe sur ces sujets, ils sont primordiaux. Pourtant, bien que ces sujets soient substantiels et fondamentaux, ils ne constituent pas à eux seuls une politique et une vision politique. Contrairement à la tentative de cantonnement de notre action à ces sujets par les médias traditionnels, nous avons un vrai projet Européen à porter et à tenir. Nous souhaitons tout d’abord assumer l’héritage chrétien de l’Europe dont Jacques Chirac fut l’un des pourfendeurs. [1], notre histoire et notre culture constituent une richesse immense, ne les sacrifions pas à des fins idéologiques. Ensuite, c’est une économie sociale de marché que nous prônons, - ne pas entendre économie socialiste-, ainsi, nous souhaitons que le profit ne constitue plus une fin en soi, que le dogme de la « saine, libre et égale concurrence » [2] ne soit plus l’unique norme suprême européenne. Nous sommes convaincus que le capitalisme est nécessaire, mais celui-ci ne doit pas tendre au néo-libéralisme où l’individu n’est qu’un sujet de consommation ou de production. Ainsi, par exemple, nous nous positionnons en faveur d’une agriculture profondément rurale et portée sur le local, la proximité ; souvent la simplicité n’est pas l’ennemie du marché. De plus, nous sommes fondamentalement pour l’émancipation européenne vis-à-vis des politiques américaines, pour que la zone économique européenne puisse s’affirmer, d’où notre opposition ferme vis-à-vis du traité transatlantique qui se fera au détriment de la production européenne et des salariés. Pour finir, c’est une société où l’avancée sociale doit être possible par le travail, le mérite d’un homme par son travail doit se voir récompensé ; le principe est simple, mais trop souvent déçu.

Caroline : Pour compléter les propos de Paul, j’ajouterai que notre liste est très diverse du point de vue de l’expérience professionnelle et associative mais aussi dans la provenance géographique et l’âge. En nous appuyant sur ces expériences complémentaires, nous pouvons approcher les sujets de manière pragmatique et en lien direct avec la réalité du terrain. Si je prends mon cas personnel, étant très impliquée depuis quelques années dans la gestion de l’innovation industrielle, je suis plutôt choquée de l’approche de l’UE sur ce sujet… Résumer la promotion de l’innovation à une simple histoire de financement – en servant de « vache à lait » pour financer des projets d’envergure dont bénéficient toujours les mêmes acteurs et en effectuant au passage une censure sur les choix technologiques –, rien de pire pour l’innovation ! L’UE a du pain sur la planche pour remettre à plat sa stratégie en matière de propriété intellectuelle – notamment via l’office des brevets –, de favoriser un contexte réglementaire et normatif stable qui ne soient pas une occasion facile pour des grands groupes de créer des barrières d’entrée vis-à-vis des PME, de garantir la sécurité et l’indépendance des données scientifiques vis-à-vis de logiciels ou de plateformes de stockage hors UE, ou de permettre une meilleure capitalisation du savoir au niveau européen...

L’UE se mue progressivement en régime totalitaire contre l’intérêt des peuples et au mépris de l’expression populaire, quelle est votre conception du rôle que doit jouer l’Europe pour les nations ?

Caroline : Je vais peut-être vous choquer en disant que l’UE n’est pas la seule à se muer en régime totalitaire… L’attitude actuelle de l’État français me pose également question. Comme le disait très bien F.A. Hayek dans un entretien avec Guy Sorman pour le Figaro Magazine du 18 juin 1988 [3], « nous avons glissé progressivement dans la démocratie illimitée : un gouvernement peut désormais tout faire sous prétexte qu’il est majoritaire. La majorité a remplacé la loi. La loi elle-même a perdu son sens. Principe universel au départ, elle n’est plus aujourd’hui qu’une règle changeante destinée à servir des intérêts particuliers : au nom de la justice sociale ! Or la justice sociale est une fiction : personne ne sait en quoi elle consiste. […] Dans ce système que l’on persiste à appeler « démocratique », l’homme politique n’est plus le représentant de l’intérêt général ; il est devenu le gestionnaire d’un fonds de commerce. […] La démocratie devient ainsi immorale, injuste et totalitaire. » Le rôle exemplaire que l’Europe devrait jouer avant tout, c’est de rester fidèle aux principes philosophiques et spirituels hérités de son histoire et qui ont fondé la notion-même de démocratie, garantissant notamment une liberté d’expression et d’action pour tous – États et peuples – en son sein.

Paul : Je crois que l’expression des États et des peuples est primordiale au sein de l’Europe ; celle-ci doit principalement avoir un volet coopératif et ne doit pas tendre à un avenir d’État fédéral. L’initiative populaire « One of Us » va dans le sens d’une Europe plus démocratique, à l’écoute des peuples, espérons que les responsables européens ne seront pas sourds et cyniques comme le CESE l’a été avec la pétition citoyenne afférente au mariage dit « pour tous ». Les peuples et les États doivent pouvoir dire non à une construction Européenne qu’ils ne conçoivent pas, ou plus. L’Europe a un travail dantesque à faire en ce sens : comment accepter un traité de Lisbonne qui avait été rejeté en substance par le peuple Français lors du référendum de 2005 ? Niveau légitimité et respect de la voix populaire, on a vu mieux. De plus, il est essentiel que l’Europe devienne une institution transparente rendant compte de ses actions aux États et donc aux peuples, l’Europe est trop technocratique et opaque, elle doit devenir transparente pour qu’un contrôle démocratique puisse avoir lieu. L’Europe sera une Europe des États et des peuples, elle ne peut être différente, car si elle ne respecte plus les États et les peuples elle sera ipso facto condamnée.

Les sondages ne penchent pas en votre faveur, ne pensez-vous pas que vous risquez de décrédibiliser le vote catholique et réactionnaire à l’occasion de ces élections ?

Paul  : En ce mois d’anniversaire des deux ans du quinquennat de François Hollande nous sommes à même de souligner qu’aujourd’hui son quinquennat a une réussite, c’est d’avoir suscité l’éveil des consciences d’une génération désormais convaincue qu’elle a le devoir d’agir pour demain, pour son avenir, pour la France et pour l’Europe. Génération qui prône dès aujourd’hui une révolution culturelle pacifique. Concernant les sondages, ne volons pas trop vite le pouvoir au peuple, je le rappelle, une société se construit du bas vers le haut, alors, le 25 mai, montrons que les sondages n’ont de loin pas raison !

Caroline : Il faut un début à tout ! J’ose espérer que vous ne prônez pas l’inaction sous prétexte que cela s’annonce difficile !... Nous savons tous que cela sera un engagement dans la durée mais s’impliquer concrètement permet d’apprendre des difficultés rencontrées et d’avancer plus vite ! Et puis je vous corrigerai en insistant sur le fait que notre message touche bien au-delà du cercle « catholique réactionnaire » ! Nous devons également à François Hollande d’avoir unis des Français de tous bords politiques, chrétiens et même d’autres religions – notre liste compte des protestants et un musulman – mais fermement attachés à leur pays et déterminés à le sortir de l’impasse dans lequel il s’est depuis trop longtemps engagé. Alors, il ne me reste plus qu’à conclure : engagez-vous !! Et le 25 mai, venez et votez Force Vie !

Entretien réalisé par Hermine en Colère & Cigogne En Colère

[1NDLR : Projet de Constitution de l’Union Européenne de 2005

[2NDLR : Traité de Lisbonne

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