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Abbé Christian Venard, aumônier militaire : « Accepter avec courage et abnégation les sacrifices de cette guerre »

L’abbé Christian Venard est aumônier militaire depuis 1998. Placé auprès des parachutistes français pendant plus de quinze ans il a participé à toutes les opérations extérieures ces dernières années où l’armée française a été engagée. Il est l’auteur avec le journaliste Guillaume Zeller d’un livre Un prêtre à la Guerre [1]. Actuellement il est aumônier de la région de Gendarmerie Aquitaine.
Il a bien voulu répondre aux questions du R&N, et nous l’en remercions.
Abbé Christian Venard, aumônier militaire depuis 1998. Après quinze ans chez les paras, il est actuellement aumônier de la région de Gendarmerie Aquitaine.
« La communauté militaire a d’ailleurs déjà payé un lourd tribu dans cette guerre, et cela, dans une quasi indifférence de la population française. »

R&N : Le mot « guerre » était parfois prononcé, non sans réticence et du bout des lèvres. Depuis les massacres de vendredi soir, les Français n’ont plus les mêmes précautions. Est-ce une nouvelle forme de guerre ? Faut-il s’habituer à ce que notre quotidien soit marqué par cette violence brute ?

Abbé Christian Venard : Non, ce n’est pas vraiment une nouvelle forme de guerre. La France a ainsi déjà été en contact avec ce type de guerre, en particulier en Algérie face au FLN. Ce n’est pas non plus totalement nouveau. Nous autres, militaires, le savons bien depuis notre engagement, au nom de la Patrie, sur le sol afghan. La communauté militaire a d’ailleurs déjà payé un lourd tribut dans cette guerre, et cela, dans une quasi indifférence de la population française. Ce type de guerre « asymétrique » est cruel et déstabilisant. Oui, il sera nécessaire que les Français, des responsables aux simples citoyens, apprennent à vivre avec ce nouvel état. Cela est d’autant plus rude que nous n’y étions plus habitués.

R&N : Dans une interview accordée à KTOTV dans la foulée des attentats, vous expliquiez que les bourreaux des massacres ne sont pas des loups solitaires, mais bien des combattants s’attaquant à la France et à nos « principes de civilisation ». Quels sont ces principes ? La revendication fait mention de « la bannière de la croix »...

Abbé Christian Venard : Sans être un spécialiste en matière de géostratégie, il me semble qu’il faut distinguer entre les chefs de l’État islamique et les simples combattants. Les premiers sont de dangereux criminels de guerre, qui se servent d’une idéologie (l’islamisme) Ce sont entre autres d’anciens responsables de l’armée irakienne, de richissimes hommes d’affaires musulmans. Des gens instruits et d’autant plus dangereux. Certains cherchent à assouvir leurs désirs de pouvoir, d’argent, etc. D’autres sont plus « religieux » et ont une vision de domination politico-religieuse. Les seconds, sont de pauvres types fanatisés. Tous ont en commun une haine viscérale (et empreinte de jalousie) de l’Occident. Haine dans laquelle ils mélangent allègrement christianisme et société occidentale corrompue.

R&N : Vous constatez que les djihadistes savent ce pour quoi ils se battent, et n’ont pas peur de mourir. Vous posez la question « Et nous, qu’avons-nous à défendre ? ». Comment répondre ?

Abbé Christian Venard : C’est là, à mon sens, la question fondamentale. Dans ce type de guerre, l’arme la plus redoutable est l’arme idéologique. Les djihadistes sont persuadés d’œuvrer pour Allah et l’unique religion. De notre côté, la confusion mentale dans laquelle nous vivons depuis bientôt deux siècles (je renvoie là aux excellentes analyses de Paul Hazard dans La crise de la conscience européenne, 1935 [2]) nous empêche en partie de savoir exactement pour quelles valeurs, quels principes, nous sommes prêts à nous battre. Est-ce pour « faire la fête et le vivre-ensemble » ? Est-ce pour le respect de la personne humaine et de ses choix libres ? Est-ce pour la liberté de religion ? Est-ce pour un laïcisme étriqué et athée ? Tout cela est bien issu de notre civilisation européenne, et mériterait d’être décanté à l’aune des fruits portés... Aurons-nous le courage de ce discernement ?

« Nous devons retrouver aussi le sens d’un patriotisme chrétien. »

R&N : Une question qui intéressera nos lecteurs : quelles sont nos armes, dans cette guerre ?

Abbé Christian Venard : La première de toutes, et vous ne serez pas étonné de la part d’un prêtre fût-il militaire, c’est évidemment la prière ! Une prière fervente adressée au Dieu vivant pour le salut de la Patrie, le courage des dirigeants, la protection des populations. Une prière qui recherche aussi, malgré la dureté des temps, à entretenir l’espérance et surtout la charité. Il y a ensuite l’intelligence. Nous devons retrouver une intelligence de notre civilisation et quitter les errements de la repentance et de la culpabilisation permanente. De ce point de vue, je trouve souvent les catholiques peu intelligents et surtout très fainéants. Nous devons retrouver aussi le sens d’un patriotisme chrétien (je vous renvoie aux articles du Catéchisme de l’Église catholique à ce sujet : l’amour de la patrie est un devoir de charité). De ce fait, cherchons autant que faire se peut à soutenir ceux qui œuvrent pour le bien commun, en particulier dans les forces de l’ordre. Accepter avec courage et abnégation les sacrifices que cette guerre va nous imposer. Enfin, s’il fallait aller plus loin encore que le réarmement moral (mais qui reste la base de tout), prendre les armes, entrer en résistance face à l’ennemi.


[1Christian VENARD et Guillaume ZELLER, Un prêtre à la guerre, Paris, Tallandier, 2012, 304 pages.

[2NDLR : Dans son ouvrage majeur paru en 1935, l’historien français Paul Hazard analyse la rupture philosophique de la fin du XVIIe siècle, qui vit l’irruption de la modernité et la rupture avec l’anthropologie chrétienne. La naissance du relativisme et l’avènement du rationalisme connaitront des étapes postérieures, notamment au siècle des Lumières, aboutissant à la Révolution française.

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