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C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leur djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !

(Conversation entre le général de Gaulle et Alain Peyrefitte le 5 mars 1959 au moment des événements d’Algérie — C’était de Gaulle, tome 1, Alain Peyrefitte, éd. éditions de Fallois/Fayard, [1])

Remigration : ce néologisme, inconnu de Littré, a surgi au devant du débat qui est venu, en assez peu de temps en définitive, occuper la scène autour des conséquences de cette réalité taboue nommée, en 2010, par Renaud Camus : le Grand remplacement.

La peur que cristallise ce débat, de part et d’autre, est mue par deux ressorts : d’abord la crainte, occultée ou niée par les uns, de plus en plus ouvertement avancée par les autres, d’une modification radicale et irréversible de la composition de la population française ; ensuite le sentiment que les populations immigrées non seulement ne cherchent pas à s’assimiler, mais rejettent majoritairement, contrairement à une idée reçue, la culture et le mode de vie de leur pays d’accueil.

Concernant le premier constat, il a été graphiquement mis en exergue par le site Fdesouche, retraitant des chiffres tirés des rapports de l’administration : en 2012, 34% (61% en Île-de-France) des naissances en France métropolitaine étaient d’origine extra-européenne ou ultramarine (personnes originaires d’Afrique (Afrique sub-saharienne et Maghreb), d’outre-mer, de certaines régions de la péninsule arabique, de l’Inde et du pourtour méditerranéen). [2]. Pour illustrer son propos, il a représenté ces chiffres sur une carte reproduite ci-dessous.

Quand au second ressort du débat, la démographe Michèle Tribalat l’a fort bien résumé dans un livre, Assimilation : la fin du modèle français, qui étonne par la candeur, nouvelle dans une publication de ce niveau, avec laquelle il aborde le sujet : « L’attraction des pays européens est nichée dans leur niveau de vie et leur protection sociale et non dans leur prestige culturel ou historique. » [3]

L’émergence de cette polémique illustre une métamorphose plus large et plus profonde du débat politique français, amorcée à partir des années 2000 : les thèmes qui l’ont traditionnellement dominée, pendant le dernier quart du XXe siècle, comme l’économie, l’Europe, n’ont pas tout à fait disparu ; mais leur importance a décru à mesure que l’opinion publique percevait l’incapacité de la classe politique, toutes tendances confondues, à peser utilement dans ces domaines.

A émergé concomitamment un débat sur l’identité, au périmètre plus large, bien évidemment, que celui de l’immigration tout en lui étant étroitement associé. Or l’establishment politique, administratif et médiatique est depuis une quinzaine d’années, gauche et droite confondues, entièrement peuplé par la génération contemporaine ou postérieure à mai 1968 pour laquelle les présupposés sociologiques bourdieusiens — au cœur desquels se situe l’idée reçue que l’immigration serait une « chance pour la France » — relèvent de la vérité révélée : elle assimile donc tout débat sur la question identitaire à l’équivalent d’un péché contre le Saint-Esprit et s’est montrée prête à à peu près tout pour l’étouffer dans l’œuf sans lui laisser la moindre prise dans l’espace politique commun.

L’article récemment consacré par Rue 89 au « grand remplacement » : l’idée raciste qui se propage, illustre jusqu’à la caricature — « en France, les flux d’immigration au plus bas » — cette doxa qui nie, contre toute évidence, la réalité de ce phénomène.

Cette espèce de négationnisme officiel autour de la remigration ne fera pourtant pas disparaître de l’esprit des électeurs une préoccupation désormais largement partagée : une enquête Ipsos, réalisée pour Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et le Cevipof, note que 70% des sondés (et jusqu’à 83% chez les sympathisants de l’UMP) trouvent qu’il y a « trop d’étrangers en France ». Ils sont 62% à estimer que l’on « ne se sent plus chez soi comme avant ». Par ailleurs, 29% seulement jugent que « l’immense majorité des immigrés qui se sont installés en France ces trente dernières années est bien intégrée ». Pour 46%, « pour réduire le nombre de chômeurs, il faut réduire le nombre d’immigrés ». Enfin, 57% jugent que « le racisme anti-Blanc est assez répandu en France ».

L’émergence de travaux comme ceux, dans un genre polémique, de Renaud Camus [4] ou ceux, plus académiques, de Michèle Tribalat, ne doit pas occulter l’improvisation et la confusion qui caractérisent encore le débat sur la remigration : subi et très mal vécu par l’establishment, encore assez largement spontanément bricolé du côté de la mouvance identitaire, c’est sa perméabilité des deux côtés aux idées reçues, dictées par l’actualité, qui frappe le plus : les incivilités, en elles-mêmes quand même dérisoires quoique réelles, survenues à l’occasion de la Coupe du monde de football, ont encore illustré l’incapacité des deux camps — « immigrationnistes » comme identitaires — à structurer intellectuellement et moralement leur discours et à les situer dans une perspective historique et géographique.

La gravité du sujet et cette détermination des pouvoirs publics d’en nier la réalité rendent indispensable de considérer cette question avec rigueur, puisque nous nous exprimons ici d’abord comme catholiques, sous l’angle de la foi, placée dans son contexte, tant historique que présent.

Il est donc proposé de se livrer ici à un examen en trois temps :

  • en considérant d’abord la nécessaire articulation entre devoir de charité et amour de la patrie charnelle ;
  • en plaçant ensuite la remigration dans son contexte historique ;
  • en examinant enfin successivement l’opportunité, puis la faisabilité d’un renversement des flux migratoires.

Le devoir de charité, soumis au bien commun, admet nécessairement que les êtres humains ont un droit inaliénable à de légitimes enracinements, mais contester la possibilité de tout mouvement migratoire revient à un déni de l’Histoire

Le devoir de charité, contrairement à ce que soutient une bonne partie du clergé actuel, ne peut être général et absolu

Le conformisme de l’Église d’après le Concile met résolument l’accent sur ces paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ : « Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger : j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire : j’ai eu besoin de logement, et vous m’avez logé. » [5]

Le chrétien est pourtant obligé de trouver un équilibre : le devoir de charité, quoique général et absolu dans son principe, ne peut s’exercer que dans un contexte, dans lequel il n’y a pas opposition entre la politique et l’Évangile ; ce contexte touche non seulement aux relations entre les individus, — comme le lobby immigrationniste au sein de l’Église le sous-entend implicitement, — mais aussi au devoir qui incombe à tout chrétien exerçant une responsabilité politique d’œuvrer au bien commun. Comme le relève saint Thomas d’Aquin :

« Le bien particulier est ordonné au bien commun comme à sa fin : car l’être de la partie est pour l’être du tout. D’où il suit que le bien de la nation est plus divin que le bien d’un seul homme ». [6]

L’application que nous faisons de ce principe doit aussi, comme le rappelle Aristote, tenir compte de la nécessaire hiérarchie des biens communs :

« Si l’on exerce l’autorité sur un petit nombre, on est un maître ; si ce nombre est plus grand, un chef de famille ; s’il est encore plus grand, un homme politique ou un roi, comme s’il n’y avait aucune différence entre une grande famille et une petite cité... Or ce n’est pas vrai. » [7]

Un peuple, propriétaire du territoire qu’il occupe, est libre de le partager ou non avec des tiers

Cette hiérarchie des biens communs s’insère naturellement dans l’ordre voulu par le Créateur : les théologiens enseignent unanimement qu’Il a donné la terre et ce qu’elle renferme à l’humanité en général, sans distinction, pour y habiter et en tirer sa subsistance. Bien que cette affectation universelle perdure dans un certain nombre de domaines, comme l’air que nous respirons ou la lumière du soleil, les hommes se sont depuis l’origine approprié des biens : et cette appropriation peut légitimement s’exercer tant du fait des individus que des familles, des sociétés ou des nations. Un peuple, propriétaire du territoire qu’il occupe, est libre de le partager ou non avec des tiers qui auraient quitté la terre dont ils étaient des ressortissants, mus soit par le goût de l’aventure, soit par la nécessité. [8]

Mais l’état de nécessité ne justifie pas tout : les théologiens enseignent que seul le cas d’extrême nécessité — c’est à dire le péril de mort imminent — permet de se servir des biens du prochain. Un homme mourant de faim peut donc légitimement se servir dans un magasin d’alimentation sans pour autant commettre un vol ; un homme en danger de mort est fondé à chercher à émigrer dans un pays où sa vie ne sera plus menacée ; dans tous les autres cas, en revanche, l’idée selon laquelle il existerait un droit inaliénable à s’installer où l’on veut ne repose sur aucune base morale. Affirmer, comme le font implicitement les lobbys immigrationnistes, que la Terre serait restée une vaste étendue sans maître que peut et doit se partager librement une humanité aussi cosmopolite que possible dénie aux êtres humains le droit à de légitimes enracinements.

Pie XII a fort bien résumé l’équilibre que la religion catholique prône traditionnellement entre devoir de charité et amour de la patrie :

« Et il n’est pas à craindre que la conscience de la fraternité universelle, inculquée par la doctrine chrétienne, et le sentiment qu’elle inspire, soient en opposition avec l’amour que chacun porte aux traditions et aux gloires de sa propre patrie, et empêchent d’en promouvoir la prospérité et les intérêts légitimes ; car cette même doctrine enseigne que dans l’exercice de la charité il existe un ordre établi par Dieu, selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l’on est uni par des liens spéciaux. Le Divin Maître Lui-même donna l’exemple de cette préférence envers sa terre et sa patrie en pleurant sur l’imminente destruction de la Cité sainte [9]. Mais le légitime et juste amour de chacun envers sa propre patrie ne doit pas faire fermer les yeux sur l’universalité de la charité chrétienne, qui enseigne à considérer aussi les autres et leur prospérité dans la lumière pacifiante de l’amour [10]. »

Contrairement à ce qu’affirment beaucoup d’identitaires, un mouvement migratoire n’est pas mauvais en lui-même

Les milieux identitaires européens contemporains ont tendance a déduire des difficultés induites par l’immigration vers notre continent que les mouvements migratoires seraient toujours une mauvaise chose, y compris lorsque ce sont des Européens qui émigrent. Dans la doxa identitaire actuelle, l’enracinement de chaque peuple prime sur tout. Chaque peuple, quel que soit sa situation, son degré de développement civilisationnel, aurait un droit absolu, qui le placerait sur un pied d’égalité avec tous les autres, à résider sur son territoire.

Pourtant, cette mythologisation de l’enracinement est contredite par l’histoire du continent européen, ce que le lobby immigrationniste ne se prive au demeurant pas de rappeler. Les peuples indo-européens — Grecs, Italiques, Germains, Slaves, Celtes... — qui en sont les occupants historiques le sont tous devenus au terme d’invasions lancées à partir d’un Urheimat asiatique dont nous ne connaissons pas avec certitude tous les détails mais dont aucun historien ne conteste la réalité.

L’idée que les peuples autochtones installés antérieurement aux Indo-européens auraient disposé d’un « droit » de repousser l’invasion n’a aucun sens, de même que l’armée romaine n’aurait sûrement pas songé à invoquer le droit face à la Völkerwanderung des tribus germaniques. La réalité est bien que chaque mouvement migratoire met face à face des peuples dont la vigueur, la fertilité et la volonté de se défendre détermineront l’issue de l’invasion. Et l’histoire nous a démontré que ce sont ces facteurs, révélateurs de la « jeunesse » ou de la « vieillesse » relative d’un peuple, qui sont déterminants, davantage que le degré d’avancement civilisationnel ou même technique.

Les Européens ont mené pendant cinq siècles des mouvements migratoires vertueux, mais à partir de la décolonisation, les mouvements migratoires se sont inversés et sont devenus mutuellement destructeurs de richesses

C’est donc essentiellement un sophisme que d’affirmer, au nom de l’enracinement, que l’immigration serait en elle-même toujours condamnable.

Pie XII, abordant en 1949 la politique d’immigration des États-Unis, plaidait pour une politique migratoire pragmatique et ouverte : « Certains pays, en raison de leur étendue, de leurs ressources, de la composition de leur population et de leur histoire, sont, davantage que d’autres, en mesure d’accueillir des immigrés. Est-ce que la politique d’immigration est aussi libérale que les ressources naturelles le permettent dans un pays aussi abondamment béni par le Créateur et telle que les besoins d’autres pays semblent l’exiger ? » [11].

L’émigration européenne, la migration globale la plus spectaculaire de l’Histoire

Or un mouvement migratoire vertueux tel que celui que décrit Pie XII n’est pas seulement une possibilité théorique. Il a existé pendant longtemps : même sans remonter aux invasions qui façonnèrent la composition ethnique du continent européen, les cinq derniers siècles nous donnent l’exemple d’un mouvement migratoire à grande échelle, initié à partir de l’Europe et qui fut très largement bénéfique. Il démontre que l’idée que l’immigration représenterait nécessairement un coût pour le pays d’accueil est fausse, non seulement en théorie, mais en pratique.

Ce mouvement d’exploration, suivi dans de nombreuses contrées d’un peuplement par des colonisateurs européens, a conduit à un essor considérable de ces régions ; les conditions sanitaires y ont été spectaculairement améliorées, des villes et des infrastructures modernes construites ; l’établissement d’un État de droit, l’abolition de l’esclavage, sans oublier bien sûr l’évangélisation des peuples indigènes... Toutes ces réalisations, mises bout à bout, donnent de sérieux arguments à ceux qui font un bilan global positif de la colonisation, sans pour autant occulter ses pages noires. On oublie aujourd’hui que pendant l’après-guerre, la plupart des observateurs s’accordaient encore pour considérer que les pouvoirs publics des États étaient en mesure d’organiser intelligemment une immigration de peuplement dans les régions du globe dont les ressources n’étaient pas exploitées : c’est à ces régions en priorité que Pie XII songeait lorsqu’il affirmait, en 1952, « Notre planète […] ne manque pas de régions et de lieux propres à la vie, abandonnés au caprice d’une végétation spontanée, alors qu’ils s’adapteraient au travail des hommes, à leurs besoins. » [12].

Dans les années 1950 et jusque dans les années 1980 pour certaines destinations — dominions blancs du Commonwealth, Afrique australe — la tradition du départ à la recherche d’une nouvelle vie, en provenance des pays historiquement fournisseurs de migrants, dont notamment l’Irlande, l’Italie, l’Allemagne mais aussi dans une moindre mesure l’Angleterre et l’Écosse, était encore vivace. Ce mouvement, qualifié par le démographe David Coleman de « migration globale la plus spectaculaire de l’Histoire », vit 54 millions de personnes émigrer vers la seule Amérique du Nord entre 1815 et 1930 [13].

Mais l’aventure civilisatrice européenne reçut, sinon un coup d’arrêt immédiat, du moins un choc qui lui fut fatal en quelques années avec la décolonisation. L’ordre géopolitique d’après-guerre fut entièrement dicté par les deux nouvelles superpuissances, les États-Unis et l’Union soviétique, l’une et l’autre pour des raisons différentes partisanes du démembrement des empires coloniaux européens qui étaient le véhicule et la vitrine de cet effort civilisateur. L’une et l’autre hypothéquaient ce faisant à plus long terme leur propre puissance : l’Union soviétique parce qu’elle était en réalité le dernier Empire [14] ; les États-Unis parce que les mouvements politiques qu’ils soutinrent, notamment au Proche-Orient, se retournèrent contre eux à partir des années 1980.

Le désastre algérien de 1962 permet de mesurer à la fois l’ampleur de ce phénomène et la brutale rapidité avec laquelle il y a été mis fin. En 1959, les pieds-noirs étaient 1.025.000, soit 10,4% de la population vivant en Algérie. Leur poids relatif était en baisse après un maximum atteint de 15,2% en 1926. La démographie en pleine expansion de la population musulmane contribuait à cette situation. Toutefois, la distribution de la population résultait en des régions à forte concentration de pieds-noirs, Bône (aujourd’hui appelée Annaba), Alger, et surtout l’Oranie. La population d’Oran était en effet européenne à 49,3% en 1959.

L’inversion brutale des flux migratoires a conduit la majeure partie du continent africain à la ruine

Or, en quelques mois, entre la fin du printemps et septembre 1962, 800.000 Français de souche ou juifs assimilés furent contraints de quitter l’Algérie dans des conditions de précipitation et de violence abominables, le départ de cette population travailleuse, éduquée et respectueuse de la loi conduisant rapidement l’Algérie à la ruine.

En effet, la population d’origine européenne et juive s’est massivement réfugiée en France en quelques années : aux 150.000 ayant quitté l’Algérie avant 1962, il convient d’ajouter les 650.000 pied-noirs qui rejoignent la rive Nord de la Méditerranée avant l’indépendance et encore quelques dizaines de milliers postérieurement à cette dernière. Mais dès septembre 1962, Oran, Bône, ou Sidi-bel-Abbès étaient à moitié vides. Toutes les administrations, police, écoles, justice, activités commerciales s’arrêtèrent ainsi en trois mois.

Des exodes similaires, quoique de moindre ampleur, se produisirent dans presque toutes les colonies de peuplement européennes lors de leur démantèlement : la Rhodésie du Sud (1980), l’Afrique du Sud-Ouest (1990) et l’Afrique du Sud (1994), qui en furent les derniers vestiges, clôturèrent ce processus qui laissa le continent africain exsangue à tous égards : politiquement, administrativement, socialement et économiquement et l’État de droit y est aujourd’hui absent où réduit à l’impuissance dans de très nombreux territoires.

Ce processus était toutefois inéluctable. Le coût de la colonisation, pour la France comme pour les autres puissances européennes, devint en effet avec le temps insoutenable : il a été mis en évidence par les historiens qui se sont intéressés à la question, notamment Jacques Marseille [15] et Daniel Lefeuvre [16]. Ces derniers ont établi que ses colonies ont représenté pour la France un coût astronomique : en 1956, Raymond Cartier, journaliste à Paris-Match, lança son fameux « la Corrèze avant le Zambèze ». Il écrivit ainsi, parlant de la Hollande, « [elle] ne serait peut-être pas dans la même situation si, au lieu d’assécher son Zuyderzee et de moderniser ses usines, elle avait dû construire des chemins de fer à Java, couvrir Sumatra de barrages, subventionner les clous de girofle des Moluques et payer des allocations familiales aux polygames de Bornéo [17]. » Pour les mêmes motifs, le général de Gaulle déclara en 1961 : « C’est un fait : la décolonisation est notre intérêt et, par conséquent, notre politique [18]. »

Comment justifier un renversement des flux migratoires ?

On ne peut donc, pour renverser les flux migratoires, si l’on fait le présupposé que c’est nécessaire, se reposer sur un droit des Européens de souche à rester entre eux sur leur continent, un mouvement migratoire s’apparentant essentiellement à un rapport de force dont les conséquences peuvent être bonnes comme mauvaises. Les deux seules questions qui valent d’être posées avant de prôner la remigration sont ainsi, d’abord, une appréciation sur l’impact de l’immigration dont l’Europe est le théâtre puis, dans le cas où cet impact serait négatif, l’évaluation de sa faisabilité pour proposer une manière réaliste et honorable de renverser son flux.

S’agissant de l’impact de l’immigration en France aujourd’hui, on peut l’évaluer sous trois angles : son coût financier, son effet sur la vie en société et son résultat religieux et culturel.

Le coût financier

Que les canons de la bienséance politique dominante interdisent, sous peine d’être jugé infréquentable, toute appréciation négative des conséquences financières de l’immigration n’empêche pas que la chose soit relativement aisée : de même que le départ des colons européens fut catastrophique pour l’Afrique, de même le renversement des flux migratoires qui se déclencha au même moment fut désastreux, non seulement pour l’Europe mais aussi pour les pays d’origine des migrants dans lesquels s’installa vite l’idée selon laquelle la seule voie rationnelle pour mener une vie convenable était le départ vers l’ancienne métropole. De fait, compte tenu de la désorganisation économique dans laquelle s’enfonça l’Algérie après l’indépendance et que le socialisme étatique poursuivi par le gouvernement algérien ne fit qu’amplifier, les émigrés de retour en Algérie d’Europe à l’été de 1962 y retournèrent très rapidement et l’émigration vers la France, organisée par plusieurs accords inter-gouvernementaux successifs, reprit, poussée par une croissance démographique effrénée [19] sans ensuite véritablement discontinuer.

Le coût de l’immigration en France a fait l’objet de très nombreuses études, qui aboutissent à des résultats qui varient considérablement. En 1990, le prix Nobel d’économie Maurice Allais expliquait que lorsqu’un nouveau travailleur immigré entrait en France, il était nécessaire de réaliser certaines infrastructures de logements, d’hôpitaux, d’écoles, de réseaux de transport, d’installations industrielles, etc. Il estimait que ces dépenses publiques représentaient « une épargne supplémentaire égale à quatre fois le salaire annuel de ce travailleur ». Et Allais de poursuivre que « si ce travailleur arrive avec sa femme et trois enfants, l’épargne nécessaire sera égale à vingt fois son salaire annuel, ce qui manifestement représente une charge très difficile à supporter. » [20]. Les estimations précises récentes de ce coût varient entre 24 et 84 milliards d’euros annuels :

  • la plus récente (2013), l’étude de l’expert comptable André Posokow pour la fondation Polémia chiffre à 84 milliards d’euros (soit 0,8% du PIB [21]) le coût annuel de la présence immigrée en France ;
  • le rapport Laulan (actualisation de 2011), plus particulièrement connu parce que ses conclusions ont été reprises par le Front national, chiffre les coûts nets directs ou indirects de l’immigration à 73,3 milliards d’euros ;
  • la fourchette basse et quelque peu datée (2005), située à 24 milliards d’euros, est représentée par le rapport Bichot [22].

Ainsi, par une ironie de l’histoire, la décolonisation n’a donc pas mis fin à l’hémorragie financière induite par la colonisation. Sur le plan strictement économique, l’immigration n’est pas une chance pour la France.

L’impossibilité de vivre ensemble

Ces 0,8% de PIB que coûterait, dans l’hypothèse la plus pessimiste, la population immigrée à la France, légitimeraient-ils à eux seuls la remigration ? Beaucoup considéreront que l’expulsion forcée de douze millions de personnes, dont plusieurs nées en France ou y habitant depuis plusieurs générations, ne se justifierait pas par ce seul fait. Les partisans de la remigration ne se reposent donc jamais sur de pures considérations financières. Ils sont en revanche nombreux à soutenir que ce sont en réalité les incivilités, disproportionnellement imputables aux populations immigrées, qui constituent pour la communauté nationale le défi le plus dramatique : Laurent Obertone, dans La France Orange mécanique [23], a bien démontré le poids prépondérant, dans la délinquance, des populations immigrées arabo-mahométanes, poids que confirme au demeurant le journal Le Monde, qui a estimé, en 2008, que 60 à 70% des détenus en France sont mahométans alors que les sectateurs de cette religion représentent « à peine 12% de la population totale du pays. »

La transformation de portions entières du territoire en zones de non-droit, décrite par Laurent Obertone, s’est accompagnée de l’émergence d’une économie parallèle s’appuyant sur le commerce de la drogue et dont le ministre de l’intérieur estime la valeur à deux milliards d’euros.

Ce phénomène s’accompagne d’une tribalisation de la société française, encore impensable il y a vingt ans, tant elle va à l’encontre de la tradition de l’intégration républicaine. La France n’est certes pas le seul pays à subir ce type de phénomène, comme l’illustrent les émeutes de Londres en 2011, ou celles que peuvent parfois connaître les Pays-Bas, la Belgique ou l’Espagne. Laurent Obertone la décrit ainsi :

« Des groupes qui ont leur morale, leurs lois, leur hiérarchie, considèrent notre société comme un groupe ennemi, un réservoir de victimes qu’on peut agresser pour se construire une notoriété au sein de son propre groupe. Pour reprendre un langage ethnologique, la fracture morale entre “ eux ” et “ nous ” est très nette, car tuer celui d’un autre groupe, ce n’est pas grave, au contraire. Comme les citoyens fuient les groupes violents, des pans entiers du territoire leurs sont abandonnés. De notre côté, la morale dominante consiste à nier cette réalité. [24] »

Conclure à la « sous-adaptation culturelle de certains individus à notre société occidentale », comme le fait Laurent Obertone, est un pas facile à franchir. Les incivilités les plus graves, lui répondra-t-on peut-être, sont le fait d’une minorité d’individus. Mais la transformation radicale opérée par l’immigration opère au-delà de ce noyau extrême : à côté du coût financier, détaillé supra, des transferts de ressources en faveur de la population immigrée, à côté de l’effondrement des valeurs morales induit par l’omniprésence, dans certaines zones, de réseaux criminels organisés, des dépendances sociales se sont sournoisement très majoritairement installées sans exiger de leurs bénéficiaires qu’ils se plient, en contrepartie, à aucune règle.

La destruction, potentiellement irréversible, de l’identité culturelle et religieuse de l’Europe

Il convient de réserver une place particulière, dans le traitement de la remigration, à la religion mahométane, à laquelle adhère une part très importante des populations issues de l’immigration dans presque tous les pays européens. La spécificité de cette menace a déjà été évoquée dans ces colonnes.

Même des observateurs non suspects d’extrémisme en conviennent : le mahométanisme n’est pas compatible avec les moeurs françaises. Le général de Gaulle, dans un passage reproduit in extenso en exergue et maintes fois cité des souvenirs de son collaborateur Alain Peyrefitte, décrit la France comme « avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ». Il anticipe l’impossibilité pour ce peuple, sans perdre cette identité, d’un destin durablement partagé avec une population arabo-mahométane caractérisé par une fertilité nettement plus élevée [25]. C’est pourtant très exactement le scénario qui s’est réalisé, comme le démontrent les données sur les naissances citées supra.

Conséquence de cet afflux : d’après certaines estimations, les mahométans représenteraient jusqu’à 20% de la population : selon Azouz Begag, ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances dans le gouvernement Dominique de Villepin, il y en aurait, — on peut quand même espérer que ce chiffre est exagéré, — entre quinze et vingt millions.

On ne peut conclure sans rappeler la dimension géopolitque du débat sur les flux migratoires, qui fait de la présence en Europe d’un nombre important de leurs coreligionnaires un élément déterminant du rapport de plus en plus conflictuel, — le choc civilisationnel, pour reprendre son nom le plus galvaudé, — entre les États du monde arabo-mahométan et le berceau historique de la Chrétienté. Deux facteurs, le terrorisme islamiste spectaculairement révélé lors des attentats new-yorkais de septembre 2001 et le transfert de ressources massif et continu, depuis les années 1970, vers ces États en raison de la rente pétrolière, contribuent à déséquilibrer encore le rapport de force en défaveur de l’Europe : le mouvement migratoire vers son sol est en effet accompagné d’un recyclage à énorme échelle, — lui aussi largement nié ou passé sous silence par les pouvoirs publics des pays concernés, — de la rente pétrolière par ses bénéficiaires vers l’acquisition d’actifs en Europe et de capacités d’intervention militaire considérables. La puissance financière que cette manne donnera à ces États tant que l’effet d’aubaine qui est à sa source ne se sera pas tari est également employée par eux au financement, à une énorme échelle, d’un réseau de lieux de culte et d’établissements d’enseignement consacrés à entretenir et raviver la pratique mahométane chez les populations immigrées, voire à l’étendre vers les populations européennes de souche [26]. Cet élément a déjà modifié le rapport de force entre les États du Golfe persique et les anciennes puissances mandataires, créant ainsi une situation où le poids démographique des migrants, dont la plupart acquièrent la nationalité du pays d’accueil, devient le pendant du poids politique acquis par les pays arabes. Cette conjonction fait donc bien de la remigration un élément d’un jeu global complexe dans lequel l’immigration est néanmoins un paramètre déterminant.

La remigration : un chantier à ouvrir ?

Face à ce constat, un problème de taille demeure. L’impact de l’immigration subie par les pays européens, massif, justifierait bien, dans un monde idéal, que son flux, — qui s’établit de façon constante à quelques 200.000 entrées par an, — soit non seulement stoppé mais inversé. Est-ce faisable ? Or, autant le débat sur son opportunité commence, comme nous l’avons vu, à être assez nourri, autant le chantier de sa faisabilité est totalement vierge. L’ampleur de la question d’une éventuelle mise en œuvre de la remigration est telle qu’on ne peut guère que l’effleurer ici. La comparaison, parfois tentée, avec l’exode pied-noir ne tient guère : ce dernier a concerné, même en comptant large, moins de deux millions de personnes, alors qu’il s’agirait ici, pour la seule France, d’en expulser, potentiellement, plus de dix millions.

Malgré le tournis que peut donner en première analyse cette perspective, des pistes ne relevant pas du fantasme ou du délire extrémiste existent. Parmi celles qu’il conviendrait de creuser, à mesure que le débat autour de la remigration mûrira, figurerait notamment une étude à mener sur les raisons pour lesquelles certains pays développés, même frappés d’une démographie encore plus chancelante que la nôtre, comme le Japon ou la Russie, sont restés ethniquement homogènes ; mais aussi la recherche d’une destination possible, qui pourrait être les pays du Golfe persique, auxquels il ne serait pas déraisonnable d’intimer de poursuivre chez eux, ou du moins ailleurs qu’en France, le soutien massif qu’ils apportent depuis trente ans, avec les conséquences que l’on sait, à l’installation chez nous de leurs coreligionnaires. Cette voie aurait l’avantage de privilégier le départ des immigrés pratiquant le mahométanisme, dont nous savons qu’ils sont les moins susceptibles d’assimiler les mœurs et usages de la France

Pour l’heure, nous n’en sommes pas là et la feuille de route est d’autant plus blanche que le Gouvernement, lui, s’est résolument engagé dans la poursuite de l’immigration et ne s’en cache pas : ses orientations sont détaillées dans un document, « Politique d’égalité républicaine et d’intégration », rendu public en février dernier.

Le Bloc identitaire, favorable depuis sa fondation à la remigration, s’efforce depuis quelques mois, avec un certain succès, d’appeler l’attention de l’opinion sur le sujet. Commentant sa « Feuille de route pour la politique d’identité et de remigration », publiée en réaction à celle du Gouvernement, il observe avec réalisme :

Loin des fantasmes de « réconciliation » ou d’assimilation massive, nous pensons que le seul moyen d’éviter le chaos qui découle fatalement des sociétés multiculturelles (et donc multiconflictuelles) c’est aujourd’hui d’envisager, de manière pacifique et concertée, la remigration. C’est-à-dire le retour dans leurs pays d’origine d’une majorité des immigrés extra-européens présents sur notre territoire. Si ces mesures peuvent sembler aujourd’hui « impossibles » ou « radicales » à certains, nous sommes persuadés que les temps à venir se chargeront de les rendre à la fois possibles et nécessaires.

L’attitude à adopter est en revanche loin de faire l’unanimité au sein du Front national, ses propositions actuelles consistant en une version diluée à l’extrême de celles citées plus haut.

Les mouvements politiques engagés, à des degrés divers, dans la lutte contre les conséquences de l’immigration ont désormais atteint un poids électoral très important, non seulement en France mais dans de nombreux autres pays européens. Si, comme on peut le penser, cette tendance se poursuit, le débat sur l’opportunité de la remigration s’amplifiera. Le Bloc identitaire est donc sans doute fondé à croire que sa faisabilité gagnera corrélativement des partisans. Mais pour que le débat avance, il faudra qu’il prenne le temps de bien faire le tour du pourquoi de la remigration avant d’aborder le vaste chantier, en friche, de son comment.


[1Tous les successeurs du général de Gaulle, hormis François Hollande, ont exprimé des préoccupations sur le risque que posait l’immigration pour la France :

« Il va de soi que lorsque deux communautés se trouvent vivre mélangées, avec des habitudes, des convictions, des modes de vie absolument différents, il se crée des conflits. Il est déjà difficile de vivre en paix avec ses voisins. A plus forte raison lorsque ces voisins ont des habitudes absolument différentes des vôtres. » (Georges Pompidou, conférence de presse du 27 septembre 1973.)

« Ce déplacement dans l’origine des immigrés exprime une modification de la nature socio-économique de l’immigration. Bien que dans cette matière sensible il faille manipuler les mots avec précaution, en raison de la charge émotionnelle ou historique qu’ils portent, ce type de problème actuel auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l’immigration ("arrivée d’étrangers désireux de s’installer dans le pays") vers celui de l’invasion ("action d’entrer, de se répandre soudainement « selon la définition donnée par Littré). » (Valéry Giscard d’Estaing, « Immigration ou invasion », Le Figaro magazine, 21 septembre 1991.)

« Le seuil de tolérance a été atteint dès les années 70 où il y avait déjà 4,1 à 4,2 millions d’étrangers (...) Autant que possible, il ne faut pas dépasser ce chiffre, mais on s’y tient depuis des années et des années. » (François Mitterrand, intervention télévisée du 10 décembre 1989, en réaction à la victoire électorale du Front national à Dreux, citée par Ralph Schor, Français et immigrés en temps de crise (1930-1980), L’Harmattan, 2004, p. 64.)

« Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui ensemble gagnent environ 15 000 francs et qui voit sur le palier à côté de son HLM entassée une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosses et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales sans naturellement travailler... Si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, hé bien le travailleur français sur le palier, il devient fou. Et ce n’est pas être raciste que de dire cela. » (Jacques Chirac, discours à Orléans, 19 juin 1991)

« Il y a un moment où nous devons dire par souci de l’équilibre de nos comptes sociaux et de la bonne marche de notre système d’intégration que nous ne pouvons pas accueillir tout le monde. […] Je ne demanderai pas d’efforts aux Français pour rétablir l’équilibre de nos comptes et, dans le même temps, je n’accepterai pas qu’il y ait une l’immigration qui vienne en France poussée par l’attrait pour nos prestations sociales parce que notre système social n’y résistera pas. » (Nicolas Sarkozy, discours à Elancourt (Yvelines, 28 mars 2012, cité par L’Express, 29 mars 2012.)

[2Ces chiffres sont tirés d’un recensement rendu public par la Haute autorité de la santé. L’analyse citée recoupe les données statistiques de l’INSEE avec les chiffres que la Haute Autorité de Santé vient de publier dans un avis concernant le dépistage de la drépanocytose, maladie génétique touchant des personnes originaires d’Afrique (Afrique sub-saharienne et Maghreb), d’outre-mer, de certaines régions de la péninsule arabique, de l’Inde et du pourtour méditerranéen (en Europe sont concernées l’Italie du sud, la Sicile et la Grèce). En France métropolitaine, seuls les nouveaux nés dont les parents sont originaires de ces régions sont dépistés : le nombre des dépistages effectués correspond donc à peu de choses près au nombre des naissances issues de l’immigration non européenne. 271.887 dépistages ont été effectués en métropole en 2012, ce qui représente 34% du total des naissances en France métropolitaine.

[3Michèle Tribalat, Assimilation : la fin du modèle français, L’Artilleur, 2013. Michèle Tribalat est directrice de recherches à l’INED (Institut National d’Etudes Démographiques) et auteur de plusieurs ouvrages sur l’immigration (Les Yeux grands fermés, Denoël, 2010, La République et l’Islam, Gallimard, 2002). Elle a été membre du Haut Conseil à l’Intégration.

[4Renaud Camus, cité par Polémia, définissait ainsi le problème : « Il ne s’agit plus de “réformer la politique d’immigration”, pour la centième fois : ça, ce sont les mesurettes auxquelles je faisais allusion à l’instant. Il s’agit non seulement d’arrêter complètement l’immigration, mais de renverser les flux migratoires, d’inaugurer la remigration. Il s’agit de savoir si on s’accommode de la colonisation en cours, de la passation de pouvoir entre une civilisation et d’autres, ou bien si on les refuse, avec l’énergie du désespoir. »

[5Mt., XXV, 35.

[6Sum. contra Gent., III, 17.

[7Aristote, Polit. I, 1.

[8Pie XII, qui s’est penché à plusieurs reprises sur cette question, commentant les tensions induites par les migrations importantes consécutives au second conflit mondial, a ainsi relevé l’existence, dans certains cas, d’un véritable état de nécessité de l’immigré : « la souveraineté de chaque nation, bien que fort respectable, ne doit pas s’étendre de telle sorte que, possédant de tous côtés de la terre pour nourrir encore beaucoup d’autres, elle en refuse l’accès, sans motif suffisant et juste, aux nécessiteux nés en d’autres lieux et dotés de mœurs honnêtes, quand cela ne s’oppose pas au bien public pesé justement. » (Lettre à la National Catholic Welfare Conférence des États-Unis, 24 décembre 1948 ; cf. Documents pontificaux 1948, p. 461.)

[9Lc., XIX, 41-44.

[10Summi Pontificatus (20 octobre 1939), 37.

[11Allocution a des membres du Congrès des États-Unis, 22 octobre 1949.

[12Exsul familia nazarethana, 1er août 1952, cité par l’abbé Grégoire Célier (Grégoire Célier, Un regard chrétien sur l’immigration, Via Romana, 2007.)

[13David A. Coleman, , « Le rôle majeur de la migration dans les processus démographiques », in Histoire du peuplement et prévisions, Graziella Caselli, Jacques Vallin, Guillaume J. Wunsch éd., INED, 2004, p. 60.

[14Cf. Hélène Carrère d’Encausse, L’Empire éclaté, Flammarion, 1978.

[15Jacques Marseille, Empire colonial et capitalisme français, Albin Michel, 1984.

[16Daniel Lefeuvre, Chère Algérie. La France et sa colonie (1930-1962), 2005.

[17Cité par Jacques Marseille, op. cit., p. 19.

[18Conférence de presse du 11 avril 1961.

[19La population algérienne augmente à un rythme soutenu, voisin de 3% par an sur toute la période 1962-1978, à cause d’une natalité qui reste très forte (sept à huit enfants par femme en moyenne) alors que la mortalité, en particulier infantile, baisse : en seize ans, la population algérienne passe de 10 à 17 millions d’habitants (Jacques Fontaine, MCF honoraire de géographie, Université de Franche-Comté, Note historique : L’Algérie depuis l’indépendance - Le modèle de développement urbano-industriel étatique, février 2013.)

[20Le Figaro, 5 décembre 1990.

[21Le produit intérieur brut de la France pour 2013 s’est établi selon l’INSEE à 2.054,7 milliards d’euros.

[22Jacques Bichot (Lyon III), Gérard Lafay (Panthéon Assas Paris II) et Yves-Marie Laulan (Dauphine/Paris II/Polytechnique) pour l’Institut géopolitique des populations.

[23Laurent Obertone, La France Orange mécanique, Ring, 2013.

[25Lors de son entrevue avec le président algérien Ben Bella, le 13 mars 1964, il lui déclara fermement : « Cessez de nous envoyer des travailleurs migrants, qui essaient encore de se faire passer pour des harkis. Nous n’en avons que trop. Vous avez voulu l’indépendance, vous l’avez. Ce n’est pas à nous d’en supporter les conséquences. Vous êtes devenu un pays étranger. Tous les Algériens disposaient d’un an pour opter pour la nationalité française. Ce délai est largement dépassé. Nous n’en admettrons plus. Débrouillez-vous pour les faire vivre sur votre sol. » (Alain Peyrefitte, op. cit., vol. 2, p. 444.)

[26Le politologue Gilles Kepel, notamment, a mis en exergue les réseaux de financement du salafisme dans les banlieues françaises.

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