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Que fera-t-on de nos pieds ?


Nous avons vu le temps où nos défaites n’étaient jamais plus certaines que quand on étalait des pompes triomphales.
Pline le Jeune [1]


Que fera-t-on de nos pieds le 13 janvier ? Aujourd’hui, l’emballement [2] pour cette manifestation est tel que la critiquer est devenu plus dangereux [3], dans certains milieux, que de soutenir le « mariage pour tous » ou l’adoption par les couples homosexuels. Nous exposerons donc nos réserves aux coups et aux crachats, consolé par l’idée que la vérité se reconnaît souvent à ce qu’elle est mise en croix. Pressé par le temps, notre réponse sacrifiera la rhétorique à l’intelligibilité, et nous en demandons excuses aux lecteurs que les listes ennuient.

L’ambiguïté du discours

Nous considérons que Frigide Barjot, dont nous admirons le formidable investissement, fut consacré «  passionata » [4] ou « figure de proue » [5] de l’opposition au « mariage pour tous » par les médias. La « Manif Pour Tous » décida également d’en faire une de ses porte-parole [6] , probablement la plus bruyante et la plus excentrique. Ainsi, les grands médias comme notre propre camp en ont fait la représentante la plus entendue des centaines de milliers de manifestants qui iront montrer leur opposition au projet de loi de Madame Taubira.

Or nous estimons que l’humoriste a commis de nombreuses erreurs, en notre nom, ou du moins avec une « puissance » proportiennelle au nombre de marcheurs passés et futurs. Ces erreurs sont d’ordre culturel : elles portent sur notre rapport à l’inversion et au saphisme.
Nous ne pouvons, tout d’abord, être moralement pour l’« amour homosexuel » comme le déclara Frigide Barjot dans le Grand Journal du 10 décembre [7]. Les actes d’homosexualités « sont contraires à la loi naturelle » [8]. Que notre opposition soit tue pour ne pas prêter le flanc aux critiques est concevable, mais toute ambiguïté à ce sujet doit être levée.

S’il est nécessaire de déplorer les actes, l’amour nous interdit de juger les personnes. Néanmoins, la charité ne s’adresse pas à des groupes, ne trouve pas sa cause dans l’orientation sexuelle, mais elle se destine à des êtres ; si la compassion est amenée à distinguer ceux qui souffrent, c’est à ce titre seulement que les hommes et femmes malheureux de leur sexualité, dans leur sexualité ou par leur sexualité bénéficient d’une attention toute particulière. Ainsi, la mise en avant de l’homosexualité d’un individu, la revendication incitée de cette caractéristique, le discours « homosexualiste », même dans le camp des opposants au « mariage pour tous », même s’il est a priori utile à la diffusion de nos idées, enferme Xavier Bongibault, Philippe Ariño et tant d’autres dans leur orientation sexuelle, les utilise pour leur tendances, les discrimine par souci de plaire : en somme, cette démarche nous paraît à rebours de la charité.

Pire peut-être, l’exhibition de l’homosexualité et des personnes présentant cette tendance ou encore l’utilisation du PACS, parfois prôné contre le mariage, est un consentement, presque une approbation à cette nouvelle organisation de la société voulue par les « homosexualistes ». Les familles, premières sociétés de la cité, fondements des pays, urgence des temps modernes, seront suffisamment nombreuses le 13 janvier pour qu’on les privilégie à un monôme rose et festif d’individus choisis pour le caractère irrégulier de leur sexualité. Fort heureusement, l’idée, chère à Frigide Barjot, de faire rouler des chars semblables à ceux de la Gay pride aux côtés des manifestants, devant des enfants, au visage de la France entière a été abandonnée.

La campagne culturelle

A de nombreux égards, la manifestation du 13 janvier s’annonce être une défaite culturelle, une immense concession à la minorité agissante, un jalon définitif pour nos opposants. Tous ceux qui ont fréquenté l’école dite libre ces trente dernières années le savent : la marche de 1984 ne fut que le dernier râle de la chrétienté. L’histoire nous enseigne en effet que le culturel prime sur le légal. Le divorce est probablement la pire transformation légale que subit le mariage, en 1792, en ce qu’elle précédait toutes les autres. Pourtant, il fallut attendre les années 1960 pour que le divorce de masse apparût. Si le culturel s’est appuyé sur le légal, c’est bien le culturel qui doit constituer notre principal cheval de bataille. Sans lui, la loi de madame Taubira resterait lettre morte.

Si, le 13 janvier, le seul groupe qui a les ressources culturelles, philosophiques, morales et numériques suffisantes pour défendre décemment le bien commun et la pudeur [9], c’est-à-dire la minorité catholique, s’abaisse aux manières de ses détracteurs, consent à leur vision du monde, accepte l’ordination nouvelle de la société, sachez que les médias et les « homosexualistes » se le tiendront pour dit ! Puisque nous sommes entre nous, reconnaissons que les catholiques seront probablement majoritaires le 13 janvier, et les coteries belliqueuses et puissantes que nous affrontons le constatent aussi. Toutes les erreurs commises par nos meneurs, toutes les imprécisions laissées à la communication, toutes les permissions accordées à l’époque sont autant de jalons dont se serviront ces coteries pour faire passer le « mariage pour tous », l’agrandir à d’autres demandes et façonner le monde culturel de nos enfants. Voulez-vous cela, familles de France ? Non, nous ne le voulons pas. Surtout, nous ne le pouvons pas ! Et ce non possumus n’est pas un non expedit : nous croyons que la manifestation du 13 janvier pourra être sauvée par un discours clair, courageux, qui ose ordonner les choses à leur juste place, quitte à ne pas tout dire d’un coup, mais en aucun cas à se nier [10]. Autrement, elle devra se cantonner à une efficacité à court terme, tout en concourant probablement à la dégradation du mariage à long terme. L’urgence est moins dans les rues que dans la campagne.


[1Panégyrique de Trajan

[2Ceux qui ont lu René Girard comprendront.

[3L’archevêque de Paris en a fait les frais, voici un exemple parmi d’autres : http://www.bvoltaire.fr/denischeyrouze/la-surdite-persistante-de-mgr-vingt-trois,6953

[4Le terme est de Michel Denisot, dans le Grand Journal du 20 décembre 2012.

[7A la dixième minute.

[8Catéchisme de l’Eglise Catholique, § 2357.

[9Refuser la pudeur, n’est-ce pas refuser plus profondément le péché originel ?

[10A ce propos, un prêtre me disait qu’on lui avait demandé de sortir du cortège du 17 novembre à cause de sa soutane tandis qu’un muezzin s’exprimait au micro !

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