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Plaidoyer pour une « remigration » catholique

En France, de nombreux catholiques cherchent actuellement à « remplir exactement leurs devoirs envers leur pays et envers l’Église : ils se demandent à quelles conditions il est possible de les accorder, si ces conditions se trouvent réalisées dans la société dont ils font partie, et, si elles ne le sont pas, ce qu’il faudrait faire pour qu’elles le fussent » [1].

A l’initiative de Benoît XVI nous appelant à « rechercher des voies nouvelles pour affronter de façon adéquate les grands défis qui caractérisent l’époque post-moderne » [2], nous souhaitons reconsidérer la question de l’immigration en proposant une nouvelle approche, respectueuse à la fois des exigences de la charité chrétienne, de l’identité des populations natives ainsi que de celles des populations immigrées présentes actuellement en Europe.

Devant l’amplification du rejet de l’immigration et le développement d’une autre approche politique qu’est la remigration, il nous semble utile d’étudier cette nouvelle approche d’un point de vue catholique, de réfléchir dans quel mesure celle-ci peut être acceptable, et d’en définir clairement les limites pour qu’elle reste respectueuse des exigences de la charité chrétienne [3].

« Syrus vagus erat pater meus » [4]

L’immigration ne peut être vue comme un mal en soi. Il est tout aussi absurde de la condamner à priori que de la soutenir sans discernement. Les nombreux exemples d’immigration et d’entreprises de colonisation parties d’Europe vers les Amériques ou vers l’Afrique, amplement soutenues par les Églises en leurs temps, montrent qu’elle a longtemps été perçue en Europe comme une entreprise positive. Le changement de vision s’est opéré quand de terre d’émigration, l’Europe est devenue terre d’immigration.

La perception que nous avons des mouvements migratoires dépend sensiblement du point de vue duquel nous l’observons : le migrant, son pays de départ ou son pays d’arrivé. Pour traiter au mieux cette problématique, nous ne pourrons faire l’économie d’aucun de ces facteurs.

Se plaçant du point de vue du migrant, l’Église enseigne que « les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine » [5]. Il est utile d’insister sur ce point : sécurité et ressources vitales. Il ne s’agit pas d’accepter sans discernement toute migration au prétexte de meilleures conditions de vie, mais de prendre en compte les détresses mettant en péril la survie des populations dans les pays qu’elles quittent.

Cette exigence d’accueil n’est pas non plus un blanc-seing donné à tous les communautarismes. Se plaçant ensuite du point de vue du pays d’accueil, l’église rappelle que « les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont ils ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges » [6].

Si l’église rappelle qu’ « il appartient aux pouvoirs publics, qui ont la charge du bien commun, de déterminer la proportion de réfugiés ou d’immigrés que leurs pays peut accueillir, compte tenu de ses possibilités d’emploi et de ses perspectives de développement  » [7], elle dénonce néanmoins l’immigration choisie, les critères de métiers, de besoins internes au pays ne prenant bien souvent pas en compte les deux autres dimensions du processus d’immigration.

Voir à tout prix dans l’accueil des migrants une simple perspective économique, non plus guidée par la charité mais par la simple utilité qu’elle peut apporter, en refusant l’aide à certains au prétexte qu’ils ne seraient pas assez productifs, est une dérive que les catholiques doivent dénoncer [8].

En outre, l’émigration constitue, comme le rappelait Jean Paul II « une perte pour le pays d’où on émigre  », puisque « vient à manquer un sujet du travail qui, par l’effort de sa pensée ou de ses mains, pourrait contribuer à l’augmentation du bien commun dans son pays » [9], privant certains pays de départs de sa force vive dans certains secteurs (souvent les plus qualifiés).

L’Église donne ainsi les grands principes de sa doctrine sur l’immigration. Elle laisse cependant le soin aux états d’en détailler l’application pratique en fonction de son intensité, de sa rapidité, de ses origines, de sa destination et des motivations des migrants. L’immigration, comme la remigration, implique de prendre en compte ces différents aspects pour aboutir à une application acceptable et compatible avec la nécessaire charité.

L’église et l’immigration : quelques repères historiques

Lorsque l’Église commença au XIXe siècle à développer plus précisément une doctrine sur l’immigration, son souci était principalement pastoral.

Il s’agissait alors d’accompagner des migrants, majoritairement chrétiens, quittant leur pays d’origine et leur permettre de continuer à vivre leur foi là où ils s’installent [10]. À la demande du Bienheureux Jean-Baptiste Scalabrini, Pie X crée en 1905 le «  Bureau pour le soin spirituel des émigrants » que Pie XII transformera en 1952 en un « Conseil Supérieur pour l’Émigration ». Dans cette même optique, Benoît XV institue en 1914 la « journée mondiale du migrant et du réfugié ».

A l’issue de la seconde guerre mondiale, les déplacements massifs de populations qui se produisent en Europe conduisent Pie XII à mettre en forme la doctrine de l’Église sur la question des migrations, et le besoin urgent de solidarité et d’accueil des populations des pays ravagés par la guerre. La constitution apostolique Exsul familia Nazarethana, publiée par le pape en août 1952 viendra en définir les grands principes [11]. Il s’agit du premier document officiel du Saint-Siège qui définit d’une manière globale et systématique, d’un point de vue historique et canonique, la pastorale des migrants [12].

Venant confirmer le droit à émigrer affirmé précédemment par Pie XII, l’encyclique Pacem in Terris publiée par Jean XXIII en 1963 déclare que «  tout homme a le droit […], moyennant des motifs valables, de se rendre à l’étranger et de s’y fixer ». Dans le contexte de guerre froide de l’époque, Jean XXIII déplore « avec tristesse le phénomène des réfugiés politiques [qui] a pris d’amples proportions et cache toujours d’innombrables et très douloureuses souffrances. » [13]

Ce droit sera de nouveau affirmé par la constitution Gaudium et Spes en 1965, qui demande alors à la communauté internationale de « fournir assistance aux émigrants et à leurs familles » [14]. Le motu proprio Pastoralis migratorum cura, publié par Paul VI le 15 août 1969, exhortera de nouveau la communauté internationale à mettre en place des mesures d’aides et d’accompagnement des migrants. S’y ajouta l’Instruction De pastorali migratorum cura appelant les évêques à y jouer leur rôle, en lien avec les églises locales [15]. En 1970, Paul VI élargit les tâches du « Conseil Supérieur pour l’Émigration » dont le titre devient « Commission pontificale pour la pastorale des Migrants et du Tourisme », avant que Jean-Paul II ne le transforme en 1988 en « Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement ».

Depuis le pontificat du Pape Paul VI, et ensuite de celui de Jean-Paul II, en particulier dans ses messages à l’occasion de la Journée mondiale pour les Migrants et les Réfugiés, sont réaffirmés les droits fondamentaux de la personne, notamment le droit d’émigrer pour mieux mettre en œuvre ses capacités, ses aspirations et ses projets (sans présumer cependant du droit de chaque pays à gérer une politique migratoire qui corresponde au bien commun), ainsi que le droit à ne pas émigrer et d’être de ce fait en mesure de mettre en œuvre ses droits et ses besoins légitimes dans son pays d’origine [16].

Reprenant le message de l’Église sur l’immigration, l’instruction Erga migrantes caritas Christi, publiée en 2004, « entend surtout répondre aux nouveaux besoins spirituels et pastoraux des migrants et transformer toujours davantage l’expérience migratoire en un instrument de dialogue et d’annonce du message chrétien  » [17]. Reconnaissant que la présence de plus en plus forte de migrants étrangers provoque « des peurs et des craintes chez beaucoup de personnes, qui perçoivent les immigrés comme un poids, qui les regardent avec méfiance et qui les considèrent même comme un danger ou une menace », elle observe que « dernièrement, la présence d’immigrés d’autres religions dans des pays de longue tradition chrétienne n’a cessé de se renforcer » [18].

Si la prudence de l’église qui refuse d’agir dans la précipitation est à saluer, on ne peut que regretter que les églises locales, en Europe, n’aient pas su adapter leur vision à la situation de plus en plus difficile causée par la faillite du vivre-ensemble et restent trop souvent attachées à une vision idéale de l’immigration, telle qu’elle a pu être vécu dans les années 50 à 70, où l’intégration des populations immigrées se faisaient alors sans heurt majeur, sans prendre en compte la dégradation progressive de la situation et la montée des tensions.

Enfin l’exemple des immigrés mexicains arrivant aux États-Unis, trop souvent montré comme modèle est trompeur : la situation est fort différente, les populations concernées sont à la fois plus proches de culture et de religion majoritairement chrétienne. C’est pourquoi, face aux problèmes posés par l’immigration, il apparait opportun de tenter de faire émerger des solutions nouvelles, propres aux pays européens.

L’Église une, sainte, catholique et apostolique : tous frères ?

« Caritas fraternitatis maneat » [19]

« Dans l’Église, nul n’est étranger et l’Église n’est étrangère à aucun homme ni à aucun lieu » nous dit Jean-Paul II [20]. “Dans l’Église” : la nuance est subtile mais importante. Il serait déplacé de vouloir voir dans l’Église une internationale se plaçant au dessus des états. Nous laissons ici la parole à Étienne Gilson [21] : « Pas plus que l’Église ne peut devenir un état dans l’état, elle ne peut devenir un groupement d’états, ni aucune espèce d’Internationale. Son autorité spirituelle, tout en étant "au-dedans", reste au dessus de l’ordre national comme de l’ordre international. Supérieure, et partant, législatrice, elle est d’un autre ordre, comme la grâce est d’un autre ordre que la nature et ne la parfait que parce qu’elle s’en distingue et la domine. [...] Les catholiques peuvent former des syndicats, mais ils ne seront jamais un syndicat ; ils peuvent former une chrétienté internationale, mais ils ne seront jamais une Internationale car les syndicats, comme les Internationales ouvrières ou bancaires, sont des moyens d’exploitation de l’ordre temporel, pour des fins temporelles, ce que l’Église n’a jamais été, n’est pas, et que son essence même lui interdit à jamais de devenir » [22].

Quand les Apôtres parlent de l’Église, à Jérusalem, à Antioche ou à Rome, celle-ci est toujours la même, une et universelle, mais cette identité unique, universelle et totale de la catholica se réalise dans chaque Église locale. De là ce point important qu’« un catholique français n’a pas d’autre patrie terrestre que la France » [23].

A ce titre, l’expression de “« citoyenneté » chrétienne” employée au moment des élections de 2007 dans l’appel publié par les évêques de France mêlant citoyenneté nationale et appartenance à l’église nous semble maladroite et prêter à confusion [24]. S’il existe bien une « citoyenneté chrétienne », celle-ci est, comme nous l’annonce Saint Paul [25], au ciel, et non sur cette terre.

Cette précision faite, il est nécessaire de rappeler que « Jésus envoie son Église non à un groupe, mais à la totalité du genre humain pour le rassembler, dans la foi [...], pour que l’Évangile s’étende à toute les nations et fasse grandir dans tous les peuples l’unique Peuple de Dieu » [26].

« Qu’as-tu fait de ton frère ? » nous demandent régulièrement l’Église de France. Et la charité ne peut que répondre à cet appel. Mais commençons par développer notre charité au sein de nos familles, au sein de notre propre pays avant de voler au secours d’un autre, venu d’ailleurs. Si la charité ne calcule pas et qu’elle doit répondre « adsum » chaque fois que nécessaire, notre premier devoir de charité est envers nos propres frères, non que nous ne devions avoir de la charité pour tous les hommes, mais que les liens de fraternités qui nous unissent aux autres chrétiens dans le monde sont plus resserrés. A ce titre notre responsabilité est grande dans l’aide envers nos frères en danger de mort, tel l’exemple actuel des chrétiens d’Irak risquant en ce moment leurs vies. Il est d’ailleurs utile de rappeler que si l’un des points non négociables est l’impératif moral de la protection de la vie de sa conception à sa fin naturelle, ce point inclut tout autant la protection de la vie entre ces deux bornes.

Solidarité étatique n’est plus charité

Quand l’état s’empare de pans entiers de la solidarité et des revenus des français pour instaurer une sorte de "charité obligatoire" (qui de facto n’en est plus une) à travers les aides sociales et la redistribution à des associations, sans contrôle direct des français, il en découle immédiatement que ceux-ci ne se sentent plus concernés par la solidarité et la charité chrétienne. L’ampleur de la spoliation réalisée par l’état et l’absence de contrôle dessus créent chez eux un ressentiment à l’égard et de l’état, et des populations qui en bénéficient.

La charité si elle est promue par l’Église, reste avant tout un don volontaire de sa personne et de ses biens pour aider son prochain. Pour exister, la charité doit nécessairement être libre [27]. Cette mainmise de l’état enlève alors aux chrétiens une grande partie de leurs possibilités à participer directement à la charité. N’étant plus qu’un lointain maillon de cette chaine, il leur est difficile d’en voir les effets concrets. Redonner à la population le choix d’accorder au non cette charité, et de l’exercer eux même, au plus près, auprès des pauvres de leurs villes, des familles en difficultés présente près d’eux.

Il est flagrant de constater à quel point la disparition des ordres religieux qui s’occupaient de charité (tels les Hôtel-Dieu, gérés à l’époque par l’Église pour accueillir gratuitement les malades) s’est faite lorsque l’état a étendu ses prérogatives, faisant de la charité et de la solidarité non le fruit d’un élan et d’un don envers l’autre, mais une obligation purement administrative, faisant oublier ainsi que pour être positive la charité doit nécessairement être prodiguée avec amour, et non avec des formulaires administratifs à coup de revendications et de droits. Pour être humaine, la charité doit être incarnée, dans un contact humain, et non à travers un anonymat administratif et froid.

Sauvegarder l’unité et l’identité nationale

« Les États ont le droit de règlementer les flux migratoires et de défendre leurs frontières [28], en garantissant toujours le respect dû à la dignité de chaque personne humaine. En outre, les immigrés ont le devoir de s’intégrer dans le pays d’accueil, en respectant ses lois et l’identité nationale » déclare Benoît XVI [29]. Cette même position fut rappelée en 2013 par le Pape François qui, citant Benoît XVI, déclare qu’il convient de « sauvegarder les exigences et les droits des personnes et des familles émigrées et, en même temps, ceux des sociétés où arrivent ces mêmes émigrés » [30].

La « légitime pluralité des cultures » dans le monde ne peut être reconnue comme positive que lorsque ces cultures se développent harmonieusement, le plus souvent sur leurs propres territoires. Il y d’ailleurs un formidable paradoxe qui consiste sans cesse à crier qu’“universalité ne signifie pas uniformité” (appliquée dans la liturgie de la manière que l’on sait) tout en niant à certains peuples le droit de conserver leurs propres spécificités culturelles. Pourtant Benoît XVI a rappelé à plusieurs reprises l’importance pour les pays européens de « revendiquer avec détermination le respect de sa propre histoire et sa propre identité religieuse et culturelle ».

Il convient aussi de bien distinguer morale individuelle et morale politique, charité fraternelle et charité politique. « Car l’objet de la charité politique, qui s’exerce dans le cadre de la communauté, c’est le bien commun ! Dans l’ordre temporel, le bien commun demeure en effet un principe moral supérieur aux autres critères de la morale politique. Il lui appartient donc, comme critère ultime de discernement dans le domaine de la politique, de déterminer le choix de la politique d’immigration." Les pays européens ont ainsi le "droit de considérer, en l’état, qu’il est nécessaire de faire cesser l’immigration de masse, si le bien et la paix de la nation l’exigent » [31].

La sauvegarde de l’identité nationale est donc un but légitime des nations. La charité n’est pas incompatible avec l’instauration de conditions à l’immigration : respect des lois et des coutumes locales, intégration, apprentissage de la langue, etc... Tout en permettant à ces populations de garder, dans une certaine mesure, leurs spécificités (rites religieux différents, attrait de la langue et du pays d’origine, ...) [32]

La proximité culturelle et l’arrivée progressive favorise l’intégration de migrants tout en sauvegardant cette identité et cette unité (prenons le cas de l’immigration portugaise, certes plus proche, mais dont l’arrivée massive créa quelques tensions, qui ne s’installèrent pas durablement et furent résolus progressivement). L’arrivée massive de populations culturellement fort différentes créent, elles, un déséquilibre qui entraine des tensions aux sein des états et bouleverse la stabilité des états européens [33].

La question cruciale que beaucoup de français se posent est la suivante : pourquoi des communautés russes orthodoxes, grec-melchites ou coptes vivent-elles sur le territoire français sans que cela ne pose de problème ? Quel décalage existe-il entre ces populations ayant réussir à s’intégrer ou à coexister sans heurts et d’autres populations, essentiellement musulmanes, dont l’absence d’intégration est régulièrement pointée du doigt ? [34]

Il est regrettable que certains prêtres et évêques persistent à refuser d’écouter les problèmes concrets des français et leurs angoisses face à l’immigration (refus de plus en plus fréquent d’une partie de la population étrangère de respecter les règles édictées, hostilité de plus en plus grande que manifestent une partie de ces mêmes migrants envers les populations qui les accueillent dans leur propre pays, et dont ils bénéficient directement ou indirectement à travers les aides données), en leur répétant sans cesse les mêmes paroles prônant à temps et à contretemps l’ouverture aux autres et accusant leurs propres fidèles d’être hostiles à ces migrants, hostiles aux étrangers. Voient-ils que leurs discours deviennent inaudibles ? Une des grandes faiblesses de ce discours provient d’ailleurs de l’oubli d’un point essentiel. Comme le rappelle pourtant Erga Migrantes Caritas Christi, « dans les relations entre chrétiens et pratiquants d’autres religions, le principe de réciprocité revêt une grande importance » [35].

Leur incapacité à proposer des solutions qui permettraient de rétablir un équilibre entre la nécessaire charité, et l’aspiration des peuples à ne pas perdre leur identité et ne pas être remplacé par un autre peuple crée un profond malaise qui doit être dissipé sans attendre que la situation empire encore. Ce silence persistant risque de provoquer, avec encore plus de violence, les situations qu’ils entendent combattre.

Ils oublient trop souvent qu’ils sont avant tout ministres du Christ, et ont pour rôle essentiel de faire croitre l’Église de Dieu sur terre, au sein du diocèse ou, plus modestement, de la paroisse qui leur est confié et non d’importer des fidèles (bien trop souvent des infidèles) provenant d’autres terres. Quand l’immigration s’impose avec ses coutumes, ses lois, sa langue et sa religion, l’accueillir n’est plus faire preuve de charité. Quand la terre de notre propre pays et notre peuple sont menacés de disparition devant l’ampleur de ces mouvements, la première des charités consiste alors à ne pas se détruire soi-même.

Quand la charité oublie le sens de Dieu

Nous sommes sur terre en pèlerinage vers la Cité de Dieu disait St Augustin.

Si nos « devoirs » envers notre prochain sont généralement clairs, ceux envers notre patrie semblent s’estomper de plus en plus en ces temps de mondialisation. Il est cependant un devoir qui les dépasse tous et qui bien souvent est relégué à la dernière place (là où il devrait avoir la première) : notre devoir envers Dieu.

« Que voulons-nous ? Attirer le monde à Dieu, sans doute, ou plutôt, et la nuance est significative, introduire Dieu dans le monde. Mais aussitôt, c’est le monde qui l’emporte, et l’homme. Obsédés par Dieu, nous parlerions de "divinisme" ; c’est d’humanisme qu’il est question. Les valeurs humaines sont au premier plan de nos préoccupations apostoliques. Avant de prêcher Dieu, nous voulons avoir vu l’homme s’épanouir dans sa famille, dans sa cité. L’économie, la politique retiennent nos premiers efforts. Et nous pensons volontiers qu’un apôtre ignorant des problèmes posés par le monde du travail n’est pas digne d’annoncer la Bonne nouvelle : l’amour de Dieu ne suffit pas.
Saint Paul arrivant à Corinthe aurait pu commencer par des réformes d’humanisme. Dans cette grande ville cosmopolite, où tous les vices s’étalaient, dans cette capitale du commerce où les conditions sociales amenaient tant d’injustices et de misères, il aurait pu, après enquêtes, s’attaquer au mal sur le plan humain, chercher des réformes de structures pour donner à l’homme misérable ce minimum de bien-être nécessaire pour écouter la parole de Dieu. Il aurait pu se débattre avec les pouvoirs publics pour atténuer les rigueurs de l’esclavage. Nous aurions commencé par là, nous autres. Lui ne s’y prend pas de cette manière. A ces païens si mal disposés, à ces riches comme à ces pauvres, il n’a rien à donner d’humain. La Croix, cette folie, ce scandale, voilà ce qu’il apporte. Non pas un plan de réformes économiques ou sociales, mais une révélation surhumaine, Dieu simplement. Aurions-nous l’audace dans notre action, de nous intéresser si peu à l’homme ? Nous aurions peur de ne pas réussir.
Notre sens des réalités humaines nous dispose à l’adaptation. “Ne vous accommodez pas à ce siècle”, écrit saint Paul à ses fidèles de Rome, cet autre centre d’injustice. [...]
[Certains] parmi nous sont plus sensibles à l’erreur qui nous menace. Ils n’hésitent pas à nous reprendre durement. Et pourtant celui qui a écrit Les Grands Cimetières sous la lune comprend autant qu’un autre les problèmes sociaux ou politiques. S’adressant à nous, chrétiens penchés sur le monde des hommes, et prêts à ménager en l’admirant le marxisme et sa révolution, écoutez ce qu’il nous dit, évoquant la figure du Christ : “Avec vos œillades et vos trémolos, qu’est ce que vous faites de Lui, farceurs ?” et dans un autre article, cette profession de foi si troublante : “Je crois que le Christ est venu en ce monde pour sauver nos âmes, et non pas pour extirper la pauvreté de la terre, comme si elle était l’ennemi numéro un du genre humain.”
Mais rien de tout cela n’ébranle assez profondément le monde chrétien pour modifier son équilibre : ce n’est pas sens de Dieu qui l’emporte
 » [36].

Cette perte du sens de Dieu et l’obsession de l’homme qui l’accompagne nous entrainent à tout accepter au nom de la charité. A oublier la nécessité de l’évangélisation des populations, principalement musulmanes, présentes dans nos pays [37]. Disons les choses crûment : l’Église n’est pas une ONG ! [38] L’Église est d’abord, et avant tout, là pour apporter le Christ aux hommes.

« Les migrations actuelles mettent par ailleurs les chrétiens face à de nouvelles tâches d’évangélisation et de solidarité » rappelait le Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement [39]. Dix-huit organisations chrétiennes, catholiques et protestantes, ont publié en 2012 au moment des élections une une brochure à visée politique sur l’immigration, intitulée : « A la rencontre du frère venu d’ailleurs » [40]. Des catholiques avaient déjà relevé à l’époque [41] l’absence de toute proposition renvoyant à l’évangélisation de l’étranger dans ce document. En 2014, la déclaration des évêques de la COMECE à l’occasion des élections européennes [42] citant 4 fois les termes de “social” et de “migrants” oubliait un autre mot pourtant essentiel : Dieu.

Soyons catholiques ! Intégralement catholiques ! Et non uniquement pour certains aspects sociaux qui ne sont finalement que des conséquences de notre foi en Dieu. Qu’il y ait autant de zèle à affirmer la Croix, à évangéliser notre prochain qu’il n’y en a à l’aider, le soutenir, ou le consoler.

Le premier droit du migrant : le « droit de ne pas avoir à migrer »

Dans l’encyclique « Laborem Exercens » [43], en 1981, Jean Paul II écrivait que l’émigration est « en des circonstances déterminées, ce que l’on appelle un mal nécessaire », puisque, comme le soulignait déjà Léon XIII, « Personne, en effet, ne consentirait à échanger contre une région étrangère sa patrie et sa terre natale, s’il y trouvait les moyens de mener une vie plus tolérable » [44]. Ce droit de chacun de pouvoir vivre son pays dans la paix fut rappelé à de nombreuses par les différents papes. [45].

Le droit des hommes à émigrer n’est un droit absolu que si la vie est en danger immédiat. Bien souvent cependant, les migrations ne sont pas la conséquence d’une lutte pour sa propre survie, mais la légitime recherche d’une vie meilleure. La première charité est alors de permettre à ces populations de vivre décemment chez eux, et non chez les autres.

Ce droit à vivre sur sa propre terre est, comme le soulignait Jean-Paul II, « le droit d’avoir une patrie, de demeurer librement dans son pays, de vivre en famille, de disposer des biens nécessaires pour une vie digne, de conserver et de développer son patrimoine ethnique, culturel et linguistique, de professer publiquement sa religion, d’être reconnu et traité en toutes circonstances conformément à sa dignité d’être humain » [46].

C’est pourquoi l’Eglise encourage autant que possible l’aide « au développement des pays d’origine des migrants » [47] et souligne que « le choix le plus approprié, destiné à porter des fruits importants et durables à long terme, est celui de la coopération internationale, qui vise à promouvoir la stabilité politique et à éliminer le sous-développement » [48].

Les catholiques doivent donc se poser la question : n’est-il pas plus bénéfique à tous d’apporter la charité au lieu d’importer les nécessiteux ? Léon XIII y voyait déjà comme avantage l’arrêt du mouvement d’émigration [49]. La question se pose avec insistance ces derniers jours au sujet de l’aide aux chrétiens d’orient, et particulièrement d’Irak : les accueillir chez nous (ce à quoi nous sommes prêts), est-ce vraiment la meilleure solution ?

Réagissant à la proposition du gouvernement français [50] d’accueillir les chrétiens d’Irak en danger, Marc Fromager, directeur de l’Aide à l’Église en Détresse en France, indique que « La proposition faite par le gouvernement français d’accueil des chrétiens irakiens procède sans doute d’un bon sentiment mais génère en réalité une aggravation de leur situation [...] » [51]. De son coté, Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, qui a conduit une délégation d’évêques français en Irak pour soutenir les chrétiens chassés de Mossoul déclare « Accueillir des réfugiés irakiens est généreux mais pas souhaitable » [52]. Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Lourdes et Tarbes réagit de même : « Aidons-les surtout à pouvoir rester sur place, à ouvrir des écoles, à faire des études, à cultiver leurs terres, à créer des entreprises, à monter des projets, bref à prendre part à la construction de la société dans laquelle ils habitent. Ne nous résignons pas à leur départ. Aidons-les à bâtir là-bas leur avenir » [53].

Ainsi donc, l’Église encourage nos frères chrétiens à rester sur place, tandis que la France accueille actuellement une forte population immigrée de culture et de religion différente. N’y a t’il pas comme un paradoxe à nous inviter à soutenir nos frères chez eux et à accueillir chez nous des populations avec lesquelles nous ne partageons ni culture ni religion commune ? N’est-il pas plus judicieux d’encourager les catholiques à soutenir et à développer la création d’initiative locales : construction église, d’école, d’accès à l’enseignement catholique (comme par exemple au Bénin) ? Actions plus discrètes qui ne font pas la une des journaux ou des comités diocésains, et qui pourtant font bien plus pour limiter l’immigration, pour l’Église (évangélisation) et dans la lutte contre l’islamisation que toutes ces actions en France, qui continuent jour après jour d’importer conflits et tensions sur nos propres territoires au lieu de chercher à les apaiser sur place.

Le thème de l’exil biblique : reprendre le chemin du retour vers sa patrie

L’erreur majeure de la réflexion sur l’immigration a été de se concentrer trop souvent uniquement au départ des populations de leurs propres terres, plutôt que de réfléchir sur les mesures à mettre en place pour leur permettre aussi d’y retourner. Trop souvent éclipsé, cet aspect a pourtant déjà été souligné par l’Église : « L’homme a le droit de quitter son pays d’origine pour divers motifs, comme aussi d’y retourner » [54].

Permettre à ces populations déplacées de retourner vivre sur leurs terres natales, quand cela est possible, n’est-elle finalement pas la meilleure solution pour résoudre une grande partie des problèmes d’immigration actuelle ? L’église a, nous venons de le voir, rappelé à maintes reprises, le droit pour le migrant de ne pas avoir à émigrer [55].

Comme nous le découvrons chaque jour dans nos propres pays, ces migrants souhaitent le plus souvent continuer à vivre en conservant leur culture, leur langue et leur religion. Que faire ? Laisser les tensions communautaires s’installer ? Est-ce vraiment la meilleure solution pour étendre la Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté ? Reprenons nos trois points de vue sur l’immigration. Celui du migrant semble clair : il souhaite vivre une existence décente en conservant son identité propre.
Celui du pays de départ est souvent proche : développer la paix sur son propre territoire et améliorer le bien-être de sa population.
Enfin, les pays accueillant l’immigration souhaitent eux aussi sauvegarder leur identité et leur unité nationale.
Proposer aux migrants de retourner vivre dans leur pays d’origine semble alors permettre un accord entre ces trois points de vue.

En 1981, Jean Paul II revient sur cette question et déclare : « Avant tout, il constitue, en général, une perte pour le pays d’où on émigre. C’est l’éloignement d’un homme qui est en même temps membre d’une grande communauté unifiée par son histoire, sa tradition, sa culture, et qui recommence une vie au milieu d’une autre société, unifiée par une autre culture et très souvent aussi par une autre langue. Dans ce cas, vient à manquer un sujet du travail qui, par l’effort de sa pensée ou de ses mains, pourrait contribuer à l’augmentation du bien commun dans son pays ; et voici que cet effort, cette contribution sont donnés à une autre société, qui en un certain sens y a moins droit que la patrie d’origine » [56].

« Exsul Familia Nazarethana Iesus, Maria, Ioseph, cum ad Aegyptum emigrans... ». La constitution apostolique Exsul Familia [57], qui traite pour la première fois de la question des migrations a pour titre même l’exemple de la fuite et l’exil de la Sainte Famille en Égypte. Peut-être pourrions-nous reformuler la conclusion de cet exil ainsi : “et ils en revinrent une fois le péril passé pour vivre dans leur pays d’origine [58]. Pie XII pensait-il alors que ces migrations de masse seraient d’une durée limitée et qu’une fois la situation stabilisée dans les pays d’origine, ces peuples retourneraient d’eux-mêmes, à l’invitation de la Sainte Famille, vivre sur leur terre d’origine ? Quant à l’exil à Babylone et à l’installation des Hébreux en Égypte, n’ont elles pas été suivies par un retour des populations hébraïques sur leur terre d’origine ?

Il ne nous parait pas contraire à la charité, de proposer aux migrants de finir par « reprendre le chemin du retour dans leur patrie » [59] mais au contraire, cette invitation semble s’inscrire dans la continuité de la doctrine chrétienne.

Le droit d’asile est amené à prendre fin dès que cesse la situation de danger. Il n’est pas moins injuste d’aider ces populations à se fixer de nouveau sur leur terre plutôt que de demeurer chez nous. Ils nous est demandé d’être respectueux des cultures et des différences des autres ; nous sommes donc prêts à respecter cette diversité des cultures et à aider ces populations à les conserver, chez eux, pour le bien de tous, permettant ainsi que notre propre culture soit, elle aussi, respectée.

Un autre exemple biblique est souvent mis en avant comme modèle de charité. Il s’agit de la parabole du bon samaritain. L’enseignement en est clair : la charité nous appelle instamment à aider tout homme dans la vie est en danger. Intéressons-nous cependant à la fin de la parabole. « Il s’approcha, banda ses blessures, y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit dans une hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, tirant deux deniers, il les donna à l’hôtelier et lui dit : “Prends soin de lui, et ce que tu pourrais dépenser en plus, c’est moi qui te le rembourserai à mon retour” » [60]. Mais que devient l’homme blessé par les brigands ? Continue t-il à vivre de la charité du bon samaritain indéfiniment ? Probablement pas. Cet homme est certainement rentré, une fois guéri, chez lui. Une fois rétabli, qu’a t-il fait ? A-t-il continué à vivre comment avant ? Ou a t-il essayé de prodiguer la charité reçue à ses prochains et à ses frères ?

L’immigration massive est bien souvent catastrophique pour les pays de départ. Cela est clairement établi en Afrique : une grande partie de la force vive des pays africains quitte sa terre, laissant ces pays impuissants à se (re)construire. Bien plus que d’argent, c’est de compétences qu’ils ont ardemment besoin.
Or, personne n’est plus à même de développer le pays que ces populations venues en occident et repartant avec un bagage intellectuel, scientifique et financier élevé. La charité et la recherche du bien commun doivent alors nous appeler à pousser ces population à elle aussi exercer cette charité et retourner dans leurs propres pays aider leurs propres frères.

Il pourrait même être judicieux d’associer -voire de subordonner- certaines aides aux pays en développement à la mise en place d’un protocole concerté de remigration. [61].

Ainsi, proposer un retour au pays aux populations immigrées présentes sur notre territoire semble conforme aux exigences de la charité chrétienne ; à condition qu’il n’y ait pas ni pression malsaine ni spoliations des biens acquis légalement (cotisations retraite, santé, bien mobiliers et immobiliers).
Ces populations sont ensuite libre d’accepter, et devraient être encouragées à participer elles-aussi à la construction du bien commun : (re)construire leur pays d’origine et l’élever à un meilleur niveau de vie (économique, intellectuelle et religieuse, plus de liberté...). Il est du devoir des catholiques de ne pas rester seuls à construire ce bien commun mais à pousser les populations concernées à y contribuer. Ce qu’elles feront probablement avec d’autant plus de vigueur et de détermination qu’elles en seraient les premières bénéficiaires.


[1Étienne Gilson, Pour un ordre catholique, Éditions Parole et Silence, 2013, p23.

[3Certains lecteurs nous reprocheront peut-être de ne pas avoir traité de certaines questions telles que celle l’assimilation ou de la destination universelle des biens. Il s’agit d’une omission volontaire, ces deux points n’étant pas débattus ici et les ressorts du second étant suffisamment connus : « le principe de la destination universelle des biens de la terre est à la base du droit universel à l’usage des biens. Chaque homme doit avoir la possibilité de jouir du bien-être nécessaire à son plein développement ». La notion est développée plus en détails dans le Compendium de la doctrine sociale de l’église.

[4Mon père était un araméen errant, Deutéronome, XXVI, 5

[7Commission pontificale Justice et Paix, le 3 novembre 1988, dans l’Église face au racisme

[9Jean-Paul II, Lettre encyclique « Laborem Exercens », septembre 1981

[10Telle, par exemple, la fondation par le Bienheureux Jean-Baptiste Scalabrini en 1887 de la Congrégation des Missionnaires de Saint Charles et en 1895 de la Congrégation des Sœurs Missionnaires de Saint Charles, dédiées à l’accompagnement des migrants italiens.

[11Pie XII, constitution apostolique « Exsul familia Nazarethana », 1er août 1952

[12Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[13Jean XXIII, Encyclique « Pacem in Terris », avril 1963.

[14Constitution pastorale « Gaudium et Spes  » « sur l’Église dans le monde de ce temps », décembre 1965. Le Concile Vatican II reconnaît par ailleurs aux Autorités civiles, dans un contexte précis, le droit de réguler le flux migratoire (GS 87).

[16Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[17Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[18Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[21Dans cet ouvrage de 1934 réédité seulement en 2013, Étienne Gilson s’interroge sur la situation des catholiques en politique. Les problèmes qu’il aborde n’ont pas pris une ride.

[22Étienne Gilson, Pour un ordre catholique, Éditions Parole et Silence, 2013, p28-29.

[23Étienne Gilson, Pour un ordre catholique, Éditions Parole et Silence, 2013, p165 : « Ce qui met en danger l’indépendance et la souveraineté temporelle des nations, ce sont les internationales qui les minent ; que ce soit celle des banques ou celle des classes, il s’agit toujours de sociétés temporelles, installées au cœur des autres, qui vivent à leurs dépens et n’hésitent jamais, si c’est leur intérêt, à se dresser contre elles. Il en est tout autrement de l’Église catholique, qui n’est ni nationale, ni internationale, mais en dehors et au dessus de l’ordre de la nation. Un catholique français n’a pas d’autre patrie terrestre que la France, il ne lui appartient pas moins complètement que ses autres compatriotes, il est prêt pour elle aux mêmes dévouements et aux mêmes sacrifices, mais il relève en même temps d’un autre ordre, celui de l’Église. L’Église ne gêne donc l’état que dans la mesure ou l’état usurpe les fonctions de l’Église, que l’état se contente des siennes, il n’aura jamais à se plaindre de rien ».

[24« Dans l’Église, cependant, il n’y a pas d’étran­ger : le Baptême fait accéder, où que l’on soit, à la « citoyenneté » chrétienne et l’Évangile nous appelle à une fraternité universelle. Dans bien des communautés, les étrangers ont le souci de parta­ger avec d’autres, nous en sommes témoins ! » Extrait du texte « Qu’as-tu fait de ton frère ? », message des évêques de France à propos des prochaines élections, 18 octobre 2006.

Étienne Gilson déplorait déjà en son temps « les fautes que les catholiques français eux-mêmes ont commises, les compromissions politiques, économiques et sociales, dans lesquelles ils ont parfois imprudemment engagé ou engagent encore, l’Église. Op. cit p33

[25Saint Paul aux Philippiens, III, 20 : Noster enim municipatus in caelis est, unde etiam salvatorem exspectamus Dominum Iesum Christum.

[27C’est l’une des grandes critiques de l’Église au communisme et au socialisme. Voir à ce sujet l’encyclique « Quanta Cura » de Pie IX.

[28Réguler l’immigration veut dire aussi pourchasser les mafias et autres circuits d’immigration clandestine, employeurs véreux, marchands de sommeil. Comme le note Jean-Paul II, il nous faut aussi combattre de façon énergique les initiatives criminelles qui exploitent l’immigration clandestine. Voir le Message du Pape Jean Paul II pour la Journée Mondiale des Migrants, 25 juillet 1995

[29Relire à ce sujet cet article du Figaro qui reprend la déclaration de Benoît XVI : Si toute personne détient le « droit à immigrer » en vue « de meilleures conditions de vie », « les États ont le droit de réglementer les flux migratoires et de défendre leurs frontières en garantissant toujours le respect dû à la dignité de chaque personne humaine ». Il a ajouté : « Les immigrés ont le devoir de s’intégrer dans le pays d’accueil, en respectant ses lois et l’identité nationale » .

Benoît XVI, Message pour la Journée Mondiale du Migrant et du Réfugié 2011, 27 septembre 2010.

[30Pape François, Message pour la Journée mondiale des migrants et des réfugiés 2014, 5 août 2013, citant la lettre encyclique « Caritas in veritate », de Benoît XVI, 29 juin 2009, n. 62.

[31Source. Il s’agit ici de la hiérarchie des biens communs que distingue Aristote et qui est reprise et développée chez Saint Thomas d’Aquin.

[32Il ne s’agit pas pour autant de promouvoir un nationalisme exacerbé, condamné d’ailleurs par l’Église à plusieurs reprises. Voir par exemple :

[33Il est bon aussi de souligner que l’article 2242 du CEC régulièrement utilisé par certains catholiques pour justifier le refus de suivre les lois concernant l’immigration n’est pas lié explicitement à l’article 2241 qui traite de la question de l’immigration, mais à l’ensemble des liens entre catholiques et autorités civiles. Ces mêmes catholiques, si prompt à utiliser cet article dans le cadre de l’immigration, sont bien silencieux quand il s’agit d’autres points tels que l’avortement, le mariage homosexuel, la liberté de conscience ou le secret de la confession.

[34Il est légitime de renvoyer dans leurs pays ceux qui s’installent en France en refusant ses lois tout en acceptant son hospitalité. Les criminels condamnés en France violent ainsi non seulement la loi du pays, mais aussi leurs devoirs d’intégration envers le pays d’accueil.

[35Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[36Père Maurice Paissac, o.p., Attendre Dieu, Éditions du Cerf, Septembre 2001, pp.117-124.

Nous nous permettons d’en citer ici un extrait plus large :
« Nous n’avons plus le sens de Dieu [...] Or nous sommes, nous chrétiens d’aujourd’hui, irrépressiblement orientés vers l’homme et vers le monde. Sommes-nous encore vraiment sensibles à Dieu ? Comment agissons-nous ? Car c’est d’abord dans l’action que nous cherchons l’épanouissement de notre vie chrétienne : premier signe, déjà. Que voulons-nous ? Attirer le monde à Dieu, sans doute, ou plutôt, et la nuance est significative, introduire Dieu dans le monde. Mais aussitôt, c’est le monde qui l’emporte, et l’homme. Obsédés par Dieu, nous parlerions de "divinisme" ; c’est d’humanisme qu’il est question. Les valeurs humaines sont au premier plan de nos préoccupations apostoliques. Avant de prêcher Dieu, nous voulons avoir vu l’homme s’épanouir dans sa famille, dans sa cité. L’économie, la politique retiennent nos premiers efforts. Et nous pensons volontiers qu’un apôtre ignorant des problèmes posés par le monde du travail n’est pas digne d’annoncer la Bonne nouvelle : l’amour de Dieu ne suffit pas.
Saint Paul arrivant à Corinthe aurait pu commencer par des réformes d’humanisme. Dans cette grande ville cosmopolite, où tous les vices s’étalaient, dans cette capitale du commerce où les conditions sociales amenaient tant d’injustices et de misères, il aurait pu, après enquêtes, s’attaquer au mal sur le plan humain, chercher des réformes de structures pour donner à l’homme misérable ce minimum de bien-être nécessaire pour écouter la parole de Dieu. Il aurait pu se débattre avec les pouvoirs publics pour atténuer les rigueurs de l’esclavage. Nous aurions commencé par là, nous autres. Lui ne s’y prend pas de cette manière. A ces païens si mal disposés, à ces riches comme à ces pauvres, il n’a rien à donner d’humain. La Croix, cette folie, ce scandale, voilà ce qu’il apporte. Non pas un plan de réformes économiques ou sociales, mais une révélation surhumaine, Dieu simplement. Aurions-nous l’audace dans notre action, de nous intéresser si peu à l’homme ? Nous aurions peur de ne pas réussir.
Notre sens des réalités humaines nous dispose à l’adaptation. "Ne vous accommodez pas à ce siècle", écrit saint Paul à ses fidèles de Rome, cet autre centre d’injustice. Sans le contredire, car il s’agit de nuances, nous n’avons qu’un souci : nous adapter au monde qui nous écoute et nous regarde. Nous ne sommes pas portés à croire que l’homme doit s’adapter à la Parole de Dieu, à la liturgie de son Église. Mais cette Parole, ces gestes doivent être transformés, traduits jusqu’à ce qu’ils n’étonnent plus, et ne fassent plus scandale. Les dogmes qui risqueraient de choquer la conscience moderne sont par nous estompés, habilement adoucis. Qui parle encore de l’enfer éternel, et en quels termes en parlons-nous ? Le péché originel n’est plus que la vague somme des péchés qui se commettent dans le monde, et le dernier roman de Simone de Beauvoir va nous permettre enfin de parler sans trop en avoir honte de ce sujet si peu actuel.
La croix, surtout, qu’en faisons-nous ? Nous avons-aussi ce tour de force de l’adapter. La Croix devient pour nous ce qui épanouit l’homme, et nous avons entendu développer ce thème que la Croix est ce qui permet à l’homme de s’étendre dans toute sa splendeur : jamais l’homme n’est plus beau que les bras largement ouverts. Saint Paul en frémirait. Nous autres, nous admirons. Le sens de l’homme finit par nous faire perdre le sens des mystères de Dieu.
C’est que nous voulons à tout prix la réussite de notre action. Nous ne nous adaptons si bien que pour convertir le monde. Nous sommes des conquérants, des militants : nous espérons gagner l’univers à notre cause. Et nous pensons agir pour Dieu. Mais soyons sincères, cruellement, Dans cette volonté de convertir, à tout pris, dans ce qu’on a pu nommer "une sorte de professionnalisme de la conquête", alors même que nous nous imposons les plus durs sacrifices pour réussir, est-ce Dieu qui commande, toujours ? Dieu n’est-il pas parfois ce magnifique idéal ou même ce Quelqu’un qui nous permet d’exercer notre influence sur les hommes ? Dieu ne représente-t’il pas dans ce cas le moyen admirable pour nous d’imposer aux autres l’entrée dans notre parti chrétien, l’adhésion à notre doctrine ? La nuance est subtile, mais nous vivons, hélas, de subtilités. Nous croyons faire œuvre divine, et travailler pour Dieu. En fait nous utilisons Dieu pour nous gagner les hommes. C’est l’homme encore qui l’emporte.
Mais observons notre vie intérieure, dans notre simple volonté de plaire à Dieu.
Notre idéal est bien la charité, puisque nous sommes chrétiens. Mais dans quel sens sommes-nous inclinés, par instinct ? La charité au service des hommes nous attire plus que la charité en contemplation devant Dieu. [...] Notre vie spirituelle dans ce qu’elle a de plus intime est tournée vers les autres. Nous demande-t-on une formule qui résume d’un mot notre idéal, nous écrions : "Être, c’est d’abord prendre en charge les camarades." On pourrait dire aussi : être, c’est d’abord se donner à Dieu. C’est la même chose, disons-nous ! Une nuance, un rien manifestent un esprit. Le "seul à seul avec Dieu" nous choque, et l’Imitation nous parait être un mauvais livre. Ce sont les hommes qui nous obsèdent.
Mais alors même que les autres n’ont plus à intervenir, que cherchons-nous dans la pratique de la vertu la plus cachée ? L’homme que nous sommes, bien plus que Dieu. "Être un homme", être quelqu’un, une personnalité, dans l’ordre de la sainteté sans doute, et nous ajoutons : être un homme de Dieu. Mais c’est là ce qui s’ajoute, ce qui se sous-entend, et non pas ce qui frappe en face le regard. Nous ne voudrions pas nous l’avouer : Dieu nous apparait presque comme le moyen pour nous de nous réaliser en plénitude. La fin, ’est nous. Les sacrements sont faits pour l’homme, aimons-nous à répéter. Mais tout est fait pour l’homme, le Christ lui-même, pourquoi pas Dieu ? [...]
D’autres parmi nous sont plus sensibles à l’erreur qui nous menace. Ils n’hésitent pas à nous reprendre durement. Et pourtant celui qui a écrit Les Grands Cimetières sous la lune comprend autant qu’un autre les problèmes sociaux ou politiques. S’adressant à nous, chrétiens penchés sur le monde des hommes, et prêts à ménager en l’admirant le marxisme et sa révolution, écoutez ce qu’il nous dit, évoquant la figure du Christ : "Avec vos œillades et vos trémolos, qu’est ce que vous faites de Lui, farceurs ?" et dans un autre article, cette profession de foi si troublante : "Je crois que le Christ est venu en ce monde pour sauver nos âmes, et non pas pour extirper la pauvreté de la terre, comme si elle était l’ennemi numéro un du genre humain. "
Mais rien de tout cela n’ébranle assez profondément le monde chrétien pour modifier son équilibre : ce n’est pas sens de Dieu qui l’emporte.
 »

[37Que l’on soit clair, il ne s’agit pas de conditionner notre charité à une quelconque conversion ou à un quelconque enseignement catholique des populations aidées, mais de ne pas oublier que le but premier de notre charité doit être d’annoncer Dieu et l’économie du salut.

[38Voir l’homélie du Pape François lors de sa première messe, le 14 mars 2013

[39Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Instruction « Erga migrantes caritas Christi », mai 2004.

[43Jean-Paul II, Lettre encyclique « Laborem Exercens », septembre 1981

[44Léon XIII, Lettre encyclique « Rerum Novarum », 15 mai 1891.

[45Citons, entre autres textes, les suivants :

  • « En ce qui concerne les migrations, les personnes ont sans aucun doute, avant tout, le droit de vivre dans la paix et la dignité dans leur propre pays. Par conséquent, les pays d’origine ont la grave responsabilité de mettre tout en œuvre pour accroître leur développement, afin que leurs citoyens ne soient pas contraints de quitter leur pays pour chercher une vie digne ailleurs ». Intervention de S.Exc. Mgr Agostino Marchetto au Forum mondial sur Migrations et Développement, 10 juillet 2007.

[46Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale des Migrations, 2 février 2001.

[49Léon XIII, Lettre encyclique « Rerum Novarum », 15 mai 1891.

[50Voir cet article du Monde daté du 29 juillet 2014.

[52Article du Figaro, 31 juillet 2014

[53Tribune publiée dans Le Figaro, le 30 juillet 2014.

[54Jean-Paul II, Lettre encyclique « Laborem Exercens », septembre 1981

[55« La tâche de l’Église est non seulement de proposer sans cesse cet enseignement de foi du Seigneur, mais aussi d’en indiquer l’application adaptée aux différentes situations que l’évolution des temps continue de créer »Message du Pape Jean Paul II pour la Journée Mondiale des Migrants, 25 juillet 1995. C’est cette application, que nous souhaiterions ici renouveler.

[56Jean-Paul II, Lettre encyclique « Laborem Exercens », septembre 1981

[57Pie XII, constitution apostolique « Exsul familia Nazarethana », 1er août 1952.

[58Évangile selon Saint Matthieu II,13-15 : « Après leur départ, voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit : " Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, fuis en Égypte et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse ; car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr". Et lui se leva, prit l’enfant et sa mère de nuit et se retira en Égypte. Et il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce qu’avait dit le Seigneur par le prophète : J’ai rappelé mon fils d’Égypte. »

[60Évangile selon Saint Luc, X, 30-35.

[61Il s’agit donc de mettre en place une politique concerté avec les pays de retour afin d’éviter de recréer sur place les déséquilibres qui sont actuellement crées en France. Prenons conscience que ce processus se ferra sur le long terme, et non en quelques mois, et promouvoir une politique de retour commune, qui ne sépare pas les familles, comme a pu le souligner à plusieurs reprises l’Église.

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