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L’unité en péril de la cathosphère

28 mai 2015 André Samengrelo

Ut unum sint, demande le Fils au Père peu de temps avant Sa précieuse Passion [1]. « Qu’ils soient un ». Un seul article n’épuisera certainement pas le nombre des domaines où s’applique cette divine prière ; il est pourtant certain qu’elle est valable quant aux relations que doivent entretenir les fidèles chrétiens entre eux. Il nous est donné de croire que tout chrétien cherche à faire advenir le Royaume des cieux ici-bas, et que ce combat n’est pas un combat uniquement solitaire, une course athlétique pour le salut de son âme propre, mais aussi une lutte partagée consciemment par tous ceux qui se réclament du nom du Christ. Or, dans sa sagesse, l’Église a toujours laissé une importante marge de manœuvre à chaque fidèle pour choisir le chemin qui lui semble bon pour apporter sa modeste pierre à cette œuvre, dont nous savons aussi qu’elle ne prendra de fin que celle qu’apportera le Roi de Gloire dans la consommation des siècles ; jamais l’Église ne s’est aventurée à imposer une voie politique à ses ouailles, tout au plus en a-t-elle fermement condamné certaines qui juraient trop ouvertement avec la Vérité révélée. Et si ce vaste champ des possibles voit donc la liberté individuelle garder une certaine primauté, c’est précisément parce que l’Église fait le choix de considérer que ses membres cherchent sincèrement le Royaume.

C’est sur ce socle commun que se bâtit le pluralisme politique qu’il nous est permis de cultiver ; et c’est, partant de là, ce qu’il importe que chaque chrétien veuille bien rendre à son coreligionnaire qui a le défaut de voter ailleurs. Débattre de l’opportunité d’une attitude telle ou telle, se reprocher des incohérences avec les enseignements du Maître, sont toutes choses qui font partie d’une conversation politique saine et sereine, mais qui ne laissent d’admettre un même principe : la volonté commune d’obéir aux préceptes du Seigneur et de les proposer sans cesse au monde. C’est là en fait ce que nous dicte le respect que nous nous devons les uns aux autres, et sans lequel nous ne valons guère mieux que des païens, ou des pharisiens : qui a pouvoir de décréter que celui qui entre avec lui dans le sanctuaire de Dieu n’est pas sincère dans sa recherche ?

Mais bien plus encore, en nos temps de mépris pour le Christ et pour ses serviteurs, en nos temps de radicalisme politique mal déguisé par les fards de la tolérance universelle, tous ceux qui osent affirmer qu’ils n’entendent pas séparer le bien commun du Principe commun de toute chose, en somme qu’ils croient en Dieu et reçoivent Ses jugements, sont, que cela leur plaise ou non, dans le même bateau. Dans la même barque, peut-être, tant il est tard et tant il est vrai que certains triomphes mettront du temps à arriver. Et, autour du bateau, ne nous en cachons pas, les requins guettent la proie facile. Est-ce le moment de faire tanguer l’esquif en s’envoyant les uns aux autres de grands coups de rame rageurs ? Jamais le devoir d’unité n’a été aussi brûlant, face aux menées sournoises de ceux qui ne se cachent plus de vouloir la fin du christianisme et son assimilation aux gesticulations du monde moderne.

Il est, à ce titre, tout à fait désastreux de voir que certains se refusent à accepter ce principe, et persistent dans l’illusion du chemin solitaire dont sont exclus tous ceux qui « ne comprennent pas ». Prisonniers des clivages faisandés qu’à force de propagande, les instances médiatiques et politiques ont instaurés dans les consciences, certains d’entre nous s’acharnent encore et toujours à lancer des anathèmes à d’autres chrétiens. Pire encore, ils contreviennent singulièrement à la charité de l’Église, en prenant à témoin les incroyants contre leurs adversaires politiques, faisant ainsi passer les préceptes du monde avant ceux du Christ. Ainsi voit-on des chrétiens qui n’ont de cesse de se dire modérés livrer, comme monnaie d’échange pour leur droit de cité, leurs frères dont le seul tort a été de ne pas se joindre à eux dans cette course à la médaille bien-pensante.

Le fameux blogueur Koztoujours en est certainement l’exemple le plus frappant. Voilà des années, désormais, qu’il refuse systématiquement d’accorder le moindre crédit à ses frères qui se situent plus à droite que lui sur l’échiquier, et ne se prive pas de les critiquer au vu et au su de tous, comme pour se blanchir de leurs tares. Ses interventions dans les médias réputés de gauche sont truffées de petits coups de griffe qui sont autant de gages de pondération et de civilité donnés à ceux qui daignent lui accorder une tribune. Face à cette attitude, qui n’est pas son apanage, le Rouge & le Noir a cherché à procéder comme l’indique le Christ [2] : en tentant d’abord de raisonner de personne à personne, pour amener Koz à abandonner ces attitudes égoïstes au profit d’une coexistence pacifique, à défaut d’une collaboration qui ferait plus honneur à la parole du Christ. Inutile de préciser que ces tentatives se sont systématiquement vu opposer une fin de non-recevoir.

Un dernier exemple en date semble sceller définitivement le refus catégorique opposé par Koz à cette main tendue pour la paix. S’il est bien un domaine qui illustre magnifiquement la nécessité de la coopération entre chrétiens, c’est celui que l’actualité internationale nous livre, tristement gorgée des nouvelles des massacres commis par les sectateurs du faux prophète Mahomet : il y a actuellement plusieurs organisations humanitaires qui travaillent à soutenir les populations syriennes et irakiennes victimes des délires fanatiques de l’islam, elles ont pour nom l’Œuvre d’Orient, l’Aide à l’Église en Détresse, la Fraternité en Irak et SOS Chrétiens d’Orient. Chacune accomplit un travail formidable, et aucune n’est de trop pour soulager nos frères orientaux des douleurs que leur cause la guerre sainte de l’État islamique. C’est pourtant la dernière qui est la cible des accusations de Koz, qui lui fait grief de ses liens avec l’extrême droite française, mettant en avant un obscur « agenda politique » qui poindrait derrière la cause humanitaire. Ces allégations bien fragiles (tout ce qu’on trouve à reprocher à SOS Chrétiens d’Orient, c’est une appartenance partisane – on est loin de « l’agenda » ; quant à réhabiliter Bachar El-Assad, comme s’en alarme Libération, il faut être singulièrement obtus pour ne pas voir, pragmatiquement, et sans ignorer les manipulations dont il a été l’auteur, dans le président syrien un allié précieux pour battre Daesh) n’ont d’autre fondement que la répugnance qu’inspire à Koz l’orientation politique de certains bénévoles de SOS Chrétiens d’Orient (on notera en passant qu’il est effectivement plus dur de trouver des volontaires au bénévolat en Syrie au Parti Socialiste version 2015… mais qu’à cela ne tienne !). Voilà donc des accusations fallacieuses dont le résultat, compte tenu de l’audience de Koz, pourrait bien être un coup porté au portefeuille de l’association : c’est ce à quoi invite le blogueur sans détour dans un tweet. Ce n’est bien sûr qu’un tweet. Mais il a créé du remous, si bien que Buzzfeed et Libération ont cru bon de se saisir de la polémique afin de salir davantage cette association. Or, qu’il nous soit permis de dire que ce sera dès lors autant de maisons construites en moins, de sacs de nourriture et de médicaments en moins pour les réfugiés, si cet appel est suivi d’effets. Qui peut s’y résoudre, qui plus est au nom de querelles partisanes restreintes à la scène politique française ?

Pour tenter de résoudre ce conflit, sur la suggestion d’un ecclésiastique, le Rouge & le Noir a tenté d’obtenir de Koz un entretien dans nos colonnes pour lui permettre de justifier cette prise de position en regard du devoir d’unité qui nous incombe notamment sur pareil sujet. Face à cette nouvelle tentative de régler les conflits, cette fois-ci devant des témoins, ou du moins d’exposer clairement les conceptions des parties en présence, Koz a de nouveau dédaigné jusqu’à l’idée même d’une médiation avec ceux qu’il accuse. Malgré notre sincère volonté d’en rester à une solution en interne qui permette à chacun de garder sa contenance, nous nous trouvons dans l’impossibilité de faire autrement que de porter cette affaire en place publique, en dernier recours, afin que chacun puisse être témoin de ce qui se cache derrière les affectations de modération de certains.

L’article de Libération évoqué plus haut prouve une chose : face à de courageux bénévoles qui cherchent à aider des populations chrétiennes en détresse, se dresse désormais une étrange coalition dont le principe semble être de ne rien faire tout en empêchant pour des raisons mesquines les autres de se démener un peu plus. Que Libération soit dans ce cas n’est pas vraiment une surprise. Que des gens qui se disent chrétiens soient dans le même lot nous semble légèrement plus problématique.
Vient un temps où le devoir d’unité du monde chrétien, qui nous tient réellement à cœur, ne peut nous faire ignorer que certains s’emploient déjà résolument à abattre celle-ci. Face à cela, le Rouge & le Noir n’a d’autre choix que de pointer du doigt les incohérences du discours de ceux qui semblent moins s’inquiéter du sort de nos frères persécutés que du profit (mécanique) que « l’extrême droite » tirera sur la scène politique française du problème. Est-ce vraiment le cas ? Nous aurions préféré que Koztoujours réponde à cette question quand elle n’était encore qu’un soupçon.


[1Jean XVII, 20-26

[2Matthieu XVIII, 15-22

28 mai 2015 André Samengrelo

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