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L’invraisemblable alliance de revers proposée aux catholiques par Farida Belghoul

Précision liminaire : l’objet de cet article, qui vient compléter et, pour partie, répondre à la Lettre ouverte à Farida Belghoul récemment publiée sur ce site, est de poser sur le mahométanisme, examiné globalement, un regard catholique et de porter une appréciation sur l’opportunité de l’alliance circonstancielle que certains proposent de nouer avec lui ; le point de vue exprimé sur chacun des différents acteurs cités sera en revanche strictement cantonné au seul for externe, excluant tout jugement sur la nature et la valeur de leurs convictions et mérites personnels.


Au début du seizième siècle, François Ier, pour contrer Charles Quint, cherche des alliances de revers : il envisage ainsi d’abord de marier le duc d’Orléans avec la fille du roi de Pologne, puis de se rapprocher du voïvode de Transylvanie ; la situation prend enfin un tour dramatique le 24 février 1525, lorsque à Pavie, le roi de France est battu et fait prisonnier par l’Empereur.

Louise de Savoie, reine mère et régente, décide alors de prendre l’attache du Grand Turc : une première ambassade quitte la France dans les semaines qui suivent Pavie pour entamer les négociations qui doivent sceller cette alliance, d’emblée considérée, par toute la chrétienté, comme scandaleuse et qui deviendra, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, un important pivot de la diplomatie française. Jean Jacquart, dans sa biographie de François ler, le rappelle :

Les Turcs, c’était l’Islam, ennemi juré de la foi chrétienne, c’était la destruction de l’Empire byzantin, le joug de l’infidèle sur la Terre sainte et les vieux patriarcats orientaux, c’était la piraterie , les esclaves condamnés à ramer sur les galères barbaresques et amenés, parfois, à renier leur foi ; c’étaient les destructions de villages chrétiens des Balkans. [1]

Par un curieux retour de l’Histoire, depuis quelques mois, nous avons été témoins d’appels à ce qu’il est convenu d’appeler une "alliance" entre catholiques et mahométans, dans le cadre d’une action pour défendre des valeurs que membres de la vraie religion et sectateurs du prophète Mahomet seraient censés avoir en commun.

Le 19 février dernier, la conférence de presse du mouvement dit "Journée de retrait de l’école" réunissait, autour de sa fondatrice Farida Belghoul, l’aréopage suivant : Christine Boutin (présidente d’honneur du Parti démocrate-chrétien), Béatrice Bourges (porte-parole du Printemps français), Alain Escada (président de Civitas), Albert Ali (essayiste, Rassemblement des musulmans souverainistes), Nabil Ennasri (essayiste), Mourad Salah (élu municipal), Ahmed Miktar (président du Conseil des imams de France), Jean-Pierre Dickès (président de l’Association catholique des infirmières et médecins) et l’abbé Guillaume de Tanoüarn.

Le commentaire que fait Boulevard Voltaire de ce rassemblement, qualifié d’émergence d’un "front sacré", est évocateur :

Il y a là le gratin de la galaxie franco-musulmane, allant de la gauche à la droite du spectre en question. Mais aussi la crème des catholiques de tradition, pas toujours d’accord entre eux, comme il se doit. [...]
D’un point de vue théologique, tout d’abord. Sous le signe de l’entente islamo-chrétienne, l’abbé Guillaume de Tanoüarn rappelle à juste titre que le champ sociétal et politique est le seul permettant un véritable dialogue interreligieux, loin d’un vague syncrétisme mou. Ce à quoi les imams présents ne peuvent qu’applaudir ; ce qu’ils font, d’ailleurs.

Le Salon beige publiait, le 7 mars suivant, une tribune de cette Farida Belghoul, mahométane passée par SOS racisme et militant aujourd’hui dans le cadre du mouvement "journées de retrait de l’école", dans laquelle elle se prononce en faveur d’un tel rapprochement :

Je suis convaincue depuis novembre 1989 que la victoire passe par l’alliance des catholiques et des musulmans. Je l’ai écrit dans une contribution avant de quitter définitivement le mouvement beur. [...]

Je suis une musulmane pratiquante et je le suis devenue lorsque j’ai découvert, à vingt-huit ans, qu’il y avait des saints [sic] en islam. La sainteté a tout de suite été la seule réalité spirituelle qui m’ait attirée, dans la mesure où elle engage l’individu à la fois dans les pratiques cultuelles de l’homme ordinaire et qu’en même temps elle appelle à un dépassement positif de l’homme.

L’intéressée ajoute que le rapprochement qu’elle prône aurait l’ "avantage d’intégrer [au mouvement de la Manif pour tous] les quartiers populaires", euphémisme pour désigner les populations arabo-mahométanes issues, comme elle, de l’immigration et habitant lesdits "quartiers".

Mme Belghoul n’est certes pas le Grand Turc, mais les deux rapprochements évoqués méritent la comparaison, tant pour leurs ressemblances que pour leurs différences.

Remarquons d’abord que, contrairement à ce qui se passa après la défaite de Pavie, les appels lancés en faveur d’une nouvelle alliance de revers n’ont guère été perçus, même dans les milieux catholiques, comme une occasion de scandale : à l’ère du politiquement correct et du relativisme religieux, cela ne fait presque pas débat de voir assis à la même tribune l’abbé de Tanoüarn, ordonné à Écône par Mgr Tissier de Mallerais en 1989, et l’ancienne beurette militant sous la houlette de Harlem Désir qui dit avoir renoué cette même année 1989 avec la foi de ses ancêtres. En revanche, le raisonnement, en 2014, est à presque à tous égards équivalent à celui de 1525 : face à un danger mortel, — les Habsbourg alors, les projets de société farfelus portés par le Gouvernement aujourd’hui, — l’alliance de revers avec un ennemi jugé moins dangereux, — c’est le point essentiel, — est présentée comme le seul recours possible, justifié par la gravité des circonstances.

Que penser de cette proposition ? Pour y répondre, on est en réalité obligé de se placer d’un double point de vue, catholique mais aussi identitaire. Pour cette raison, la réponse donnée doit nécessairement aborder successivement deux éléments :

  • le catholicisme, d’abord, dont nous croyons qu’il est la seule vraie religion, peut-il s’accommoder d’un rapprochement avec ce que nous tenons pour être un faux culte ?
  • l’identité de la France et les valeurs civilisationnelles dont l’Europe a été le berceau, ensuite, que nous défendons parce qu’ils constituent la chrétienté, en sortiraient-elles renforcées ? Le mahométanisme est-il vraiment un danger moins grand que les projets de société du Gouvernement actuel ?

1. La prétendue communauté partielle de foi sur laquelle reposerait cette "union des croyants" est en réalité inexistante et y souscrire comme catholique est un scandale

Il convient en premier lieu, par un examen détaillé des préceptes du Coran, de corriger une erreur largement répandue concernant le mahométanisme : qu’il adorerait le vrai Dieu. Beaucoup de malentendus subsistent sur cette question. L’étudiant catholique auteur de la Lettre ouverte à Farida Belghoul mentionnée en exergue affirme ainsi :

Nous, comme vous, voulons la conversion de l’autre au seul vrai Dieu.

Entendue, comme c’était l’intention de l’auteur, que chacune des deux religions voue un culte à un dieu unique, — sans qu’il soit toutefois le même, — plutôt qu’une communauté de foi dans le même vrai Dieu, cette constatation serait exacte, mais ne laisserait aucune prise à une action en commun reposant sur la moindre considération théologique.

Cet examen nous montrera d’abord, à partir de citations tirées des sourates (ou chapitres) qui composent le Coran, que le mahométanisme est tout entier fondé sur la négation de la Sainte Trinité :

Ce sont, certes, des mécréants ceux qui disent : “En vérité, Allah c’est le Messie, fils de Marie.” Alors que le Messie a dit : "Ô enfants d’Israël, adorez Allah, mon Seigneur et votre Seigneur”. Quiconque associe à Allah (d’autres divinités) Allah lui interdit le Paradis ; et son refuge sera le Feu. Et pour les injustes, pas de secoureurs ! [2]

Ce sont certes des mécréants, ceux qui disent : "En vérité, Allah est le troisième de trois." Alors qu’il n’y a de divinité qu’Une Divinité Unique ! Et s’ils ne cessent de le dire, certes, un châtiment douloureux touchera les mécréants d’entre eux. [3]

Selon Mahomet, la Sainte Trinité consisterait en effet à ajouter des associés au dieu Allah :

Certes Allah ne pardonne pas qu’on Lui donne quelque associé. À part cela, Il pardonne à qui Il veut. Mais quiconque donne à Allah quelque associé commet un énorme péché. [4]

Ô gens du Livre [il s’agit des chrétiens], n’exagérez pas dans votre religion, et ne dites d’Allah que la vérité. Le Messie Jésus, fils de Marie, n’est qu’un Messager d’Allah, Sa parole qu’Il envoya à Marie, et un souffle (de vie) venant de Lui. Croyez donc en Allah et en Ses messagers. Et ne dites pas “Trois”. Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Allah n’est qu’un Dieu unique. Il est trop glorieux pour avoir un enfant. C’est à Lui qu’appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre et Allah suffit comme protecteur. [5]

Or il résulte nécessairement de cette négation de la Sainte Trinité et de la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ que le dieu des mahométans n’est pas le vrai Dieu : le Christ est en effet (Jn., XIV, 6) le seul médiateur entre Dieu et l’homme ; les Saintes Écritures nous enseignent que ceux qui le nient nient aussi, nécessairement, le Père :

Qui est menteur, si ce n’est celui qui nie que Jésus soit le Christ ? Celui-là est un antéchrist qui nie le Père et le Fils. Quiconque nie le Fils, ne reconnaît point le Père ; et quiconque confesse le Fils, reconnaît aussi le Père. (1 Jn., II, 22-23)

Si nous poursuivons l’examen du contenu du Coran, nous constatons ensuite que la position de Mahomet est sans ambigüité sur le sort à réserver au chrétiens :

Et tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où ils vous ont chassés : l’association est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu’ils ne vous y aient combattus. S’ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants. [6]

Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. [7]

Cet objectif mahométan d’hégémonie est enfin assorti d’un sursis purement tactique à appliquer lorsque le rapport de force lui est défavorable. La dissimulation est en effet un devoir pour les sectateurs de cette religion s’ils sont en situation d’infériorité numérique ou politique :

Ne faiblissez donc pas et n’appelez pas à la paix alors que vous êtes les plus hauts, qu’Allah est avec vous, et qu’Il ne vous frustrera jamais [du mérite] de vos œuvres. [8]

De fait, sur les 6.235 versets du Coran, plus de la moitié vouent à l’exécration tous ceux qui ne sont pas mahométans, et expriment l’intention de les tuer ou de les soumettre.

Nous conclurons ce rapide examen du contenu du Coran en soulignant qu’est absente du mahométanisme toute notion d’une économie du Salut :

Et quoi ! Celui à qui on a enjolivé sa mauvaise action au point qu’il la voit belle... ? - Mais Allah égare qui Il veut, et guide qui Il veut - Que ton âme ne se répande donc pas en regrets pour eux : Allah est Parfaitement Savant de ce qu’ils fabriquent. [9]

Le dieu Allah, à l’inverse du vrai Dieu qui ne nous induit jamais en tentation, égare ainsi sciemment une partie de l’humanité, ce qui revient, non seulement à ce qu’il ne soit pas le vrai Dieu, mais à lui attribuer un rôle réservé, dans la religion catholique, au démon. De fait, s’applique ainsi pleinement au dieu mahométan, sur le plan théologique, la constatation du psalmiste :

Tous les dieux des nations [c’est-à-dire les infidèles] sont des démons. (Ps. XCV, 6.)

La religion catholique n’a donc rien en partage avec le mahométanisme qui est à tous égards sa négation la plus aboutie possible et surtout pas un prétendu "culte du vrai Dieu". Et même cette notion de culte, nous en avons des acceptions radicalement opposées : en effet, les cinq "prières" que prescrit à ses sectateurs Mahomet ne sont aucunement des prières au sens où l’entendent les catholiques, c’est à dire une élévation de notre âme vers Dieu, pour l’adorer, le remercier, lui demander pardon et solliciter ses grâces et qui signifie pour nous demander ; pour le mahométan, la prière est entendue comme un acte de soumission (le mot "islam" par lequel ils désignent leur religion voulant d’ailleurs dire soumission) au dieu Allah.

Analysant ces constatations et en faisant la critique point par point, Mgr Pavy, évêque d’Alger, prononce en 1853, en la cathédrale de cette ville, un sermon de Carême, peu cité depuis le Concile mais qui a fait pendant un siècle référence. Il y explique d’abord le succès de cette fausse religion pour indiquer ensuite la manière de l’endiguer, par la conversion et le bon exemple des colons offert aux populations indigènes pour les détourner du mahométisme :

Est-ce le Dieu véritable que le dieu de Mahomet ? Non ! [...] Son dieu unique est le plus cruel des tyrans... Le dieu de Mahomet change l’éternelle beauté du ciel en un lieu de prostitution, dont les orgies dépassent en lubricité multiple et stérile tout ce que l’idolâtrie elle-même, dans ses conceptions les plus abjectes, avait pu rêver. Le dieu de l’islam, c’est un être tellement immonde, en sa complaisante faiblesse, que si l’autorité chargée de la garde des mœurs rencontrait dans nos rues quelque chose de semblable, elle devrait à l’instant l’arrêter et le dérober aux yeux d’un public, hélas, pourtant si facile ! Et ce serait là le vrai Dieu ? Oh, non, non, ce n’est pas là le vrai Dieu du ciel et de la terre, le Dieu des nations, le Dieu des prophètes, le Dieu de Moïse, le Dieu de Jésus-Christ. Ce n’est pas Vous, ô Sainte Trinité, que cet homme a violemment combattue. Ce n’est pas Vous, ô Père saint, ô Verbe éternel, ô Esprit de lumière et de charité ! Ce n’est pas Vous, Jésus, le salut et la vie de mon âme.

De fait, le mahométanisme est à certains égards, pour le catholicisme, le plus dangereux de tous les ennemis, comme l’a relevé Joseph Hours :

L’islam est la religion qui, ayant eu connaissance du Christ, a refusé de Le reconnaître pour Dieu. S’il est vrai que la pire forme de mensonge est celle qui, en apparence, contredit le moins la vérité, le mensonge qui consiste à dire du Christ tout le bien possible, sauf qu’Il est Dieu, est le plus redoutable de tous. [10]

On objectera à tout ce qui précède que ces considérations sont hors sujet : les faits à propos desquels on nous propose de nous allier avec les mahométans se passent à l’école publique et ne relèvent en rien des différences théologiques ; dans ce contexte laïque, il serait légitime de chercher à rassembler aussi largement que possible. Il faut reconnaitre en effet que récuser les projets sociétaux du Gouvernement actuel n’est pas en soi une question d’ordre religieux, mais anthropologique ou philosophique. S’agissant de l’école publique, tout le monde, — juifs, musulmans, athées, chrétiens, bouddhistes — a le droit de donner son avis sur ce qui s’y passe et de dire comment, de son point de vue, les choses devraient s’y passer. Être du même avis que son voisin ne signifie pas passer une alliance avec lui. Ne s’égare-t-on pas en s’attardant sur les différences, si radicales — et catastrophiques pour le salut des intéressés — qu’elles soient, entre les religions catholique et mahométane en oubliant que c’est dans un domaine purement séculier que Mme Belghoul nous propose d’agir ensemble ?

2. Au-delà de l’aspect purement religieux, une alliance avec un système de pensée acharné à envahir et à soumettre l’Europe est un suicide politique et civilisationnel

On pourrait déjà souligner, en réponse à cette objection, que ce qui est proposé par Farida Belghoul et apparemment avalisé par ses consorts catholiques, ce n’est justement pas un regroupement neutre pour agir, dans un cadre résolument laïque, contre les projets du Gouvernement pour modifier le contenu de l’enseignement à l’école publique : on remarquera d’ailleurs que les juifs et les athées n’avaient pas été invités à leur rassemblement et on se demande si les imams présents auraient été heureux d’y siéger au coté de rabbins... Ce qui nous est proposé est donc bien une alliance des croyants, ce qui signifie nécessairement qu’elle reposerait sur une communauté de foi au moins partielle. Cette communauté étant, comme nous l’avons démontré, inexistante, on est donc obligé de rappeler, comme nous l’avons fait dans la première partie, le scandale grave et intrinsèque qui s’y attache. Pour un catholique — et surtout pour un prêtre comme l’abbé de Tanoüarn — il est absolument honteux de s’afficher, au nom de cette "alliance des croyants", sur la même tribune que des mahométans et de laisser affirmer par Mme Belghoul que cette "alliance" préfigurerait aussi, au-delà d’un rapprochement purement tactique et circonstanciel, un impossible syncrétisme théologique. C’est au même coup d’encensoir à ce vague syncrétisme que se livre à demi-mots, nous l’avons vu, l’auteur de la Lettre ouverte à Farida Belghoul publiée dans le Rouge et le Noir. Comme s’il fallait se rassurer, malgré tout, avec cette affirmation fausse que nous aurions en commun "le culte du vrai Dieu", pour oublier nos angoisses à propos du voile pour les femmes et des exigences croissantes des mahométans pour plus de visibilité en France : toutes choses dont l’étudiant auteur de l’article a l’honnêteté de ne pas cacher qu’elles le mettent mal à l’aise.

Mais justement, le caractère totalement aberrant de la prétendue alliance avec les mahométans ne repose pas seulement sur des considérations théologiques. S’allier avec eux dans un cadre qui se voudrait d’emblée strictement circonscrit au champ laïque, ce serait oublier que les mahométans refusent, justement, absolument la distinction entre le laïc et le religieux : leur religion est en réalité un système religieux, politique, juridique et social. Le contenu du Coran n’est pas uniquement d’ordre dogmatique, mais revêt des aspects pratiques, moraux et juridiques ; il n’est pas seulement un ‘aqîda (dogme, en arabe), mais aussi charia (loi) ; et ce double dispositif s’applique nécessairement à l’intégralité de l’espace public et privé, prétendant ainsi couvrir tous les aspects de la vie. Dans ce système, la laïcité est une conception dénuée de sens ; pour les mahométans, elle est même une notion assimilée à une religion, en l’occurrence antinomique à la leur. "L’islam est politique ou n’est rien", affirmait l’ayatollah Khomeyni [11] ; le très modéré feu roi du Maroc, Hassan II, a fait la même constatation : "Islam et laïcité sont incompatibles. Nos immigrés ne s’intégreront jamais à votre société" [12]

On entendra certainement objecter que la description précitée, même dans la bouche du roi du Maroc, se réfèrerait à un mahométanisme radical. Pourtant ce mahométanisme-là, — que sa radicalité n’a pas empêché d’être très présent désormais dans les lieux de culte installés sur notre territoire, — est-il une déformation du véritable mahométanisme ou son expression la plus authentique ? De fait, comme nous l’avons vu, aussi longtemps que le mahométanisme n’est pas majoritaire et n’impose pas son système, une cohabitation pacifique avec nous est parfaitement possible. Dans un système politique tel que celui issu de l’effondrement de l’Empire ottoman et de l’établissement, postérieurement à la prise de Jérusalem en 1917, des mandats au Proche-Orient confiés à des puissances chrétiennes, on a vu l’émergence d’un mahométanisme à visage plus humain et même l’interdiction, par certains régimes indigènes, de ses manifestations les plus choquantes : esclavage, port du voile obligatoire, confinement de l’enseignement à des écoles "coraniques" où l’enseignement est inexistant au-delà du domaine de la religion, notamment. Malheureusement, l’effondrement de la domination européenne dans cette région en a sonné le glas et tous les États qui la composent sont progressivement revenus à un mahométanisme plus "authentique", démantelant graduellement ces acquis, vécus comme des concessions données temporairement et sous la contrainte.

Tout cela ne barre pas la route, évidemment, à un dialogue, plutôt qu’une alliance entre catholiques et mahométans. Il convient toutefois qu’il soit clair, franc, sans compromis et qu’il ne se cache derrière ni la comédie, prônée par Farida Belghoul, d’un impossible syncrétisme, ni le mensonge consistant à affirmer que le mode de vie traditionnel des Français ou que le principe de laïcité sont compatibles avec le mahométanisme hors de tout régime de contrainte.

Il est en effet clair que, comme naguère le communisme, le mahométanisme représente une menace pour l’Europe et que, comme celle de l’époque du rideau de fer, cette menace revêt un caractère totalitaire. Si elle n’est pas combattue, loin de constituer un appui possible, même circonstanciel, pour la civilisation chrétienne, il est évident pour celui qui veut bien voir la réalité en face qu’elle finira à terme par la faire disparaître.

Et pourtant, alors qu’au moment de la bataille de Pavie, le roi très-chrétien a conclu une alliance de circonstance avec des infidèles situés à des milliers de lieues de ses États, il nous est proposé aujourd’hui par Farida Belghoul, peut-être même de sa part avec les meilleurs intentions du monde, de faire de même avec des mahométans qui résident dans nos frontières, où ils représentent même, d’après certaines estimations, jusqu’à vingt pour cent de la population : selon Azouz Begag, ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances dans le gouvernement Dominique de Villepin, il y en aurait, — on peut quand même espérer que ce chiffre est exagéré, — entre quinze et vingt millions, conséquence du massif flux migratoire survenu postérieurement à la décolonisation du Maghreb.

La fécondité de ces populations vient de surcroît appliquer au phénomène migratoire précité un effet de levier énorme : en 2012, 34 pour cent (61 pour cent en Île-de-France) des naissances en France métropolitaine étaient d’origine extra-européenne ou ultramarine (personnes originaires d’Afrique (Afrique sub-saharienne et Maghreb), d’outre-mer, de certaines régions de la péninsule arabique, de l’Inde et du pourtour méditerranéen), selon un recensement rendu public par la Haute autorité de la santé. La totalité de ces naissances ne concerne pas nécessairement des enfants voués à être élevés dans la religion mahométane ; pour autant, ils y sont très vraisemblablement majoritaires [13].

Dans le contexte précité, la croissance exponentielle du poids et de la visibilité du mahométanisme en France est-elle vraiment un moindre mal que les projets sociétaux du Gouvernement ? Il est permis d’en douter.

Les Français peuvent encore, s’ils le veulent et par la voie des urnes, renverser le Gouvernement et le remplacer par un autre, qui mettrait un terme immédiat aux projets de société de l’actuel.

Réaliser l’assimilation de vingt millions de personnes et lever l’hypothèque que leur nombre déjà élevé, et en forte croissance, leur demande pour plus de visibilité et le clivage que représentent leurs pratiques religieuses par rapport à nos traditions font ensemble peser sur la France, en tant que terre de chrétienté — cela relève aujourd’hui, en revanche, de la gageure.

Personne ne peut sérieusement vouloir passer une "alliance" avec un groupe d’individus faisant peser sur son identité un risque si important — et espérer vouloir conserver toute la marge de manœuvre nécessaire pour se prémunir contre ce risque.

Farida Belghoul affirme qu’on ne peut pas être catholique et de gauche, l’attitude des catholiques de gauche ayant selon elle donné une image du christianisme "absolument désastreuse" aux populations issues de l’immigration. Partagée par nombre de catholiques sincères, cette réduction du catholicisme à un vague agrégat, purement naturaliste, de valeurs morales et faisant totalement abstraction du surnaturel constitue en réalité un détournement invraisemblable de sa finalité.

Ce que Mme Belghoul ne sait peut-être pas, parce que ni l’abbé de Tanoüarn, ni Alain Escada, ni Béatrice Bourges n’ont pensé à le lui signaler, c’est que le catholicisme n’est pas, comme elle semble le croire, un naturalisme ni, au demeurant, une question d’image ou de relations publiques : au-delà et surtout au-dessus des lois naturelles, qu’une infidèle comme elle peut connaître, comme nous, par le simple exercice de la raison et donc avoir en commun avec nous, existe un ordre surnaturel composé d’un ensemble de vérités qu’il n’est possible de connaître que par la Foi.

Elle sera étonnée de découvrir qu’au cœur de cet ordre surnaturel, il n’y a pas le combat contre le gender, mais Dieu. Pas le faux dieu qui demande des massacres et égare qui il veut, mais le vrai, Celui qui s’est fait homme et qui, par amour pour elle, a été jusqu’à subir, en réparation de ses péchés et des nôtres, le sacrifice — dont les mahométans nient l’existence — de la Croix, celui-là même que l’abbé de Tanoüarn, assis à côté d’elle, renouvelle tous les jours à l’autel. Et la fin assignée par ce Dieu à l’homme n’est aucunement l’observation de lois morales que catholiques et mahométans auraient, dans l’esprit de Farida Belghoul, en commun : ces lois ne sont qu’un moyen ; la fin, elle, est le bonheur de voir Dieu dans sa vie future, et le seul canal pour y parvenir est Notre Seigneur Jésus-Christ, Celui dont les mahométans nient qu’Il soit le vrai Dieu.

L’alliance des croyants étant un mirage et la survie de la chrétienté d’Europe impossible si la croissance actuelle du mahométanisme devait se poursuivre, il y a encore, pour faire face à ce danger, l’arme la plus belle, la plus efficace et surtout la plus catholique — l’évangélisation :

Allez donc, et instruisez tous les peuples, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai commandées. (Mt., XXVIII, 19-20)

C’est peu connu, mais de nombreux mahométans se convertissent chaque année au christianisme, en Iran, en Afghanistan, en Indonésie et en Algérie notamment, malgré la cruauté avec laquelle la loi coranique punit cette démarche et la réticence de l’Eglise post-conciliaire à les accueillir. Même en France, de telles démarches sont fréquentes. Au lieu de s’afficher sur une plateforme avec elle en cautionnant par ce seul fait tant un impossible syncrétisme religieux que la passivité devant la menace civilisationnelle que représente la religion de Mahomet pour l’Europe, les catholiques sincères feraient donc mieux de s’occuper de l’instruction de Farida Belghoul dans la religion catholique et de la prier d’œuvrer à la conversion et au salut de ses coreligionnaires.


[1Jean Jacquart, François Ier, Fayard, 1994.

[2Coran, sourate 5, verset 72.

[3Ibid., sourate 5, verset 73.

[4Ibid., sourate 4, verset 48.

[5Ibid., sourate 4, verset 171.

[6Ibid., sourate 2, verset 191.

[7Ibid., sourate 9, verset 5.

[8Ibid., sourate 47, verset 35.

[9Ibid., sourate 35, verset 8.

[10Joseph Hours, « La conscience chrétienne devant l’islam », Itinéraires n° 60, p. 121.

[11Cité par le R.P. Henri Boulad, jésuite, directeur du Centre culturel jésuite d’Alexandrie et par Bernard Lewis, Le retour de l’Islam, pp. 446-496

[12R.P. Henri Boulad, ibid.

[13L’analyse citée recoupe les données statistiques de l’INSEE avec les chiffres que la Haute Autorité de Santé vient de publier dans un avis concernant le dépistage de la drépanocytose, maladie génétique touchant des personnes originaires d’Afrique (Afrique sub-saharienne et Maghreb), d’outre-mer, de certaines régions de la péninsule arabique, de l’Inde et du pourtour méditerranéen (en Europe sont concernées l’Italie du sud, la Sicile et la Grèce). En France métropolitaine, seuls les nouveaux nés dont les parents sont originaires de ces régions sont dépistés : le nombre des dépistages effectués correspond donc à peu de choses près au nombre des naissances issues de l’immigration non européenne. 271.887 dépistages ont été effectués en métropole en 2012, ce qui représente 34 % du total des naissances en France métropoitaine.

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