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[FN] Sébastien Chenu démystifie la droite nationale

Les inconditionnels du Front National avaient un argumentaire bien rodé : nous sommes les seuls à défendre les valeurs morales. L’UMP ? Un ramassis de traîtres et de bobos. D’ailleurs, il n’y a qu’à voir la place accordée à NKM. Sens Commun ? Une récupération des braves gens de la Manif Pour Tous opérée par des jeunes ambitieux en quête de postes au sein de l’UMP. Non, vraiment, seul le Front National méritait le brevet de bonne conduite, d’entièreté, et donc était seul digne de recevoir les suffrages de ceux qui tenaient aux valeurs morales.

Et puis, il y a eu la nomination de Sébastien Chenu, ex-UMP, ex-dirigeant de Gaylib [1], pro-mariage homosexuel et souverainiste, au sein du Rassemblement Bleu Marine. Cette nomination n’aura surpris, en définitive, que les naïfs ou les aveugles. Le FN est fréquenté depuis sa création par des cadres et militants homosexuels, certains très proches de Jean-Marie Le Pen. Le parti s’est toujours contenté du minimum sur les questions morales, du PACS (contre lequel il n’a guère manifesté) à l’avortement (le Menhir répétait toujours en privé qu’abroger la loi Veil, comme certains cadres le laissaient entendre, ne servirait qu’à « délocaliser l’avortement en Belgique »). L’essence du FN, c’est le combat contre l’immigration et la perte de souveraineté. C’est sur cette base que s’agrègent un mille-feuille de chapelles idéologiques contradictoires. Rien de nouveau, donc. La tendance gay au FN va cependant en s’accentuant, avec la peur de l’islam, qui fédère tous les mécontents. C’est la tactique du populisme néerlandais et scandinave : la défense de notre mode de vie hédoniste, y compris LGBT, contre l’islam [2]. Selon Didier Lestrade, ex-pilier de la communauté gay parisienne, auteur de Pourquoi les gays sont passés à droite, certaines fédérations provinciales du FN seraient composées pour moitié de militants homosexuels. Par ailleurs, l’électorat frontiste, n’en déplaise au petit milieu catho-tradi, est massivement déchristianisé et indifférent sur les questions morales.

Avec Florian Philippot, le FN met le paquet sur le souverainisme, et achève de mettre au placard les valeurs morales. Il est rejoint, paradoxalement, par l’aile rivale de Marion Maréchal-Le Pen, qui assume les thèses « identitaires » du « Grand Remplacement ». Pour les tenants de la « remigration », l’urgence est civilisationnelle, contre l’islam, et moins sur les valeurs morales. Ils ne veulent pas « faire du Christine Boutin ». Il n’y a qu’à interroger un à un les dirigeants du FN : chacun à une position différente sur le mariage homosexuel, qui va de l’acceptation du fait accompli à la volonté de l’abroger.

La réalité, c’est que le FN fait comme le UKIP britannique : face au mariage gay, et à tout autre dérégulation sociétale, comme l’euthanasie, il se contente de dire qu’il s’y oppose. Il envoie au charbon quelques figures qui identifieront le parti à la contestation, et le feront apparaître aux yeux des opposants comme plus crédible que la droite classique. Mais il ne s’engage pas outre mesure. Résultat, il fait d’une pierre deux coups : il rallie les opposants, comme ceux qui y sont indifférents, voire favorables.

Certains ont pu se sentir déçus. Ils ont appelé à la mobilisation : le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien. Une maxime qu’ils récupèrent pour eux, mais refusent évidemment à Sens Commun ou aux amis de Jean-Christophe Fromantin à l’UDI.

La vérité rend libre : si certains souhaitent s’engager en politique, il leur faut comprendre qu’il n’existe pas de parti idéal.
Et si certains s’imaginaient que le FN était le seul et unique mouvement intègre, il leur faut se rendre à l’évidence. C’est un parti de voyous, comme les autres, avec des rapports de force internes, des querelles intestines, des victoires et des échecs de lignes concurrentes. Sébastien Chenu a donc le mérite de démystifier ce qu’on appelle pompeusement la « droite nationale ».


[1Microgroupe qui a quitté l’UMP en janvier 2013, aujourd’hui réfugié à l’UDI.

[2Même s’il est légitime de penser, depuis un ou deux ans, que ce populisme pro-gay et anti-musulman pourrait évoluer. Ainsi de Geert Wilders aux Pays-Bas, défenseur des homosexuels, qui ne communique guère plus sur ce sujet.

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