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[EUTHANASIE] Face au laïcisme, être chrétien et s’y opposer

En ce début d’année, le Rouge et le Noir se propose de réfuter un par un chacun des arguments phares des partisans de l’euthanasie.
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« Vous êtes contre parce que vous êtes chrétiens. Mais la France est une démocratie, c’est le Peuple qui décide, pas l’Église ! Vade retro ! », nous dit-on.

C’est un aphorisme que nous commençons à connaître.

Nos parents déjà l’entendaient lors des débats sur l’avortement, il fut repris pour discréditer les opposants au mariage ganymède, préparons nous à le réfuter pour la prochaine et funeste « réforme de société » qui nous est annoncée : l’euthanasie.

De prime abord, par cette antienne, son auteur prétend exclure toute argumentation fondée sur la Foi. Au nom de la laïcité, nouvelle « vérité révélée », dogme irréfragable de la République, la Foi devrait disparaître du champ politique et social. En France, le citoyen, en vertu d’une déclaration des droits de 1789, serait libre de croire ou de ne pas croire en Dieu, mais au nom de la laïcité, cette foi devrait rester dans l’ordre privé si bien que lorsque le citoyen s’exprime publiquement ou – pour les « laïcards » les plus intégristes –, dès lors qu’il entre dans la sphère publique, il doit cesser toute profession de foi. Pourtant, la dévotion de certains pour les déesses « Raison » et « Laïcité » prend l’allure d’une véritable religion que l’on ne peut remettre en question. Sempiternelles contradictions !

Le problème qui est donc posé est celui de l’athéisme d’état, de la laïcité républicaine. Quelles différences entre les acceptions républicaines et catholiques ? Quelles en sont les limites ? Quelle place pour la Foi dans le débat public ?

Laïcisme et anticatholicisme

« La peste de notre époque, c’est le laïcisme, ainsi qu’on l’appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles  ». – Pie XI [1]

Pour les républicains français – conformément aux philosophies politiques qui dominent aujourd’hui en Occident – la loi est l’expression de la volonté générale, c’est-à-dire de l’ensemble des citoyens, du peuple. Ce dernier est le souverain et aucune autorité ne lui est supérieure. Un tel système, s’il n’est pas incarné par des hommes animés du souci du bien commun, devient inévitablement totalitaire, car si une loi obtient la majorité requise, elle s’impose comme volonté du souverain, elle acquiert par-là même un caractère suprême, dogmatique.

Ainsi, le peuple souverain n’a de compte à rendre à personne, ni même à Dieu, et sa volonté se confond avec ce qui est juste et bon. Aucun recours n’est possible, le peuple souverain a tranché. Vox populi, vox Dei. L’homme a donc prit la place de Dieu, qui est banni de toutes les dimensions de la société.

« Valeur de la République », ce laïcisme est un des produits de la Révolution française. Voici, à titre d’illustration, les propos de Monseigneur Freppel, évêque d’Angers, à l’occasion du centenaire de 1789 : « La Révolution, c’est le règne social de Jésus-Christ qu’il s’agit de détruire et d’effacer jusqu’au moindre vestige. La Révolution, c’est la société déchristianisée ; c’est le Christ refoulé au fond de la conscience individuelle, banni de tout ce qui est public, de tout ce qui est social ; banni de l’État, qui ne cherche plus dans son autorité la consécration de la sienne propre ; banni des lois, dont sa loi n’est plus la règle souveraine (…) banni de partout, si ce n’est peut-être d’un coin de l’âme où l’on consent à lui laisser un reste de domination  ». [2]

L’acception catholique de la laïcité

Nous savons que la fin des chrétiens n’est pas ici-bas mais dans le Royaume des Cieux. En étant sans cesse à la recherche de Dieu, de la vérité et de la justice, le chrétien doit œuvrer pour qu’à travers ses actes, Dieu règne. Si le catéchisme ordonne la soumission aux autorités légitimes, nous sommes avant tout tenus de suivre l’enseignement de l’Église et ainsi de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles lorsqu’elles sont en contradiction avec notre conscience : « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » [3] Il est donc du devoir du chrétien d’agir pour le bien commun et d’obéir aux autorités seulement dans la mesure du possible.

La légitime et saine laïcité consiste en la distinction de l’ordre temporel de l’ordre surnaturel de la Foi, la Cité de Dieu. C’est Notre Seigneur Jésus Christ qui pose les fondements de la laïcité lorsqu’Il dit « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » [4]. Mais distinguer ne veut pas dire dissocier. Et c’est une nécessité pour l’Église, qui, chargée des âmes, doit intervenir dans toutes les questions économiques et sociales afin de faire entendre sa voix et propager sa conception de l’homme issue de l’Évangile et de sa Tradition : par là, elle va former des jugements moraux dans ces domaines. Par sa doctrine et sa sagesse, « elle propose des principes de réflexion, dégage des critères de jugement et donne des orientations pour l’action ». [5]

In fine, pour l’Église, l’euthanasie constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de l’homme et au respect de Son Créateur Notre Seigneur. Nous ne pouvons mener deux vies parallèles : l’une spirituelle, en conformité avec l’enseignement de l’Eglise, et l’autre publique où nous cachons notre Foi. Être Catholique le dimanche ne suffit pas : Sursum corda !

Pour vous servir,
– Hermine en Colère

[1Pie XI, In Quas primas, 1925.

[2Monseigneur Freppel, 1889, In La Révolution française, à propos du centenaire de 1789.

[3Ac 5,29.

[4Lc 20, 25

[5CEC §2423

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