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[ÉDITORIAL] Faut-il douter de l’art contemporain ?

Les Historiens de l’art ont une fâcheuse tendance à créer des catégories systématiques pour cataloguer les mouvements artistiques suivant des périodes de l’Histoire… L’Histoire ne peut se défaire de la période artistique qui l’influence, guide le geste de l’artiste, tant à à l’échelle organique (constitution de la matière) que dans la qualité essentielle (sens profond) de l’œuvre qu’il créée. Mais déconstruite, l’Histoire est désormais jaugée à l’aune de son échéance immédiate ; depuis la fin de la seconde guerre mondiale, une sorte d’irrésistible mouvement influe le spectateur à adopter une « posture consciente » vis-à-vis de l’ouvrage, réflexion factice imposant un examen ontologique obligé, plein d’une vanité mortifère. C’est dans ce cadre, s’abritant docilement à l’ombre d’une prêche humaniste dénuée de sens, que l’art « contemporain » prend corps.

La désertion du sens : une dialectique usée

Sans plus s’interroger sur la nature de l’art, seul son caractère actuel autorise la reconnaissance de l’ouvrage. Abandon de son sens profond, de cette manne de transcendance immortalisée dans la matière par la seule virtuosité de l’artiste… A l’heure où la vieille dialectique (usée) de la désertion du sens n’en finit plus d’essaimer son poison, le progrès fait loi : la légitimité de l’innovation tant répétée depuis Duchamp, mais privée de l’acte de subversion ultime du fou génial, est devenue inaudible. La subversion passéiste est devenue désormais systématique. L’aboutissement de deux siècles de projection nihiliste est grossièrement illustrée… C’est une sorte de manifeste, sommant le spectateur de se plier à une inéluctable « interaction » avec l’œuvre - un « dialogue » (sic) - imposé par le devoir de bonheur auquel on n’a d’autre choix que de se conformer. Désormais, on « interroge l’œuvre » plutôt que d’être happé par ces puissants traits de génie des artistes, fruit d’une émulation exprimée à l’échelle tant sensible qu’essentielle… L’indiscipline duchampienne ne pouvait être estampillée. La reprise qu’en fait depuis une centaine d’années « l’artiste » contemporain relève au mieux de l’ignorance crasse, au pire de l’opportunisme malléable du « créateur », obéissant au bon gré d’un mécène s’évertuant toujours à distinguer un Degas d’un Warhol…

Un art subventionné...par le secteur privé

De fait : quiconque s’intéresse à cet « art » actuel ne peut honnêtement ignorer le marché sous-jacent qui l’anime ; « Murakami est un artiste Arnault », lance insidieusement Jean-Jacques Aillagon au détour d’une émission de télévision… [1] On entend déjà les concerts de voix s’insurger : « au même titre que Le Brun ou le Sueur étaient des ‘’artistes Louis XIV’’ ! ». A cette différence : les peintres d’alors œuvraient pour le Beau et à l’expansion de la magnificence royale… Là où les concepteurs d’ouvrages contemporains éludent la nature figurative de l’art - reflet de la nature, relativisent la nécessaire prouesse technique dont elle se doit de faire preuve et ne sont, désormais, uniquement tributaire du degré de maîtrise technique d’un intervenant tiers, reflètent les goûts de castes élitistes, ignorantes, dont la vulgarité ne semble avoir d’égale mesure que la vénalité.

C’est dans la perspective de porter un regard attentif à l’expression artistique contemporaine que le Rouge et le Noir va débattre de l’art contemporain. « Dans notre monde de certitudes, seul l’art contemporain permet de douter. Ouf ! », aime à déclarer (sérieusement ?) le ploutocrate directeur du Théâtre du Rond-Point, Jean-Michel Ribes. Laissons donc le lecteur douter…

Aloysia Biessy

[1Émission de « Ce soir ou jamais », Frédéric Taddeï, France 2, 27 septembre 2010.

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