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Lectures estivales

« Mais que faire ? Pyrrhus n’avait pas lu nos romans. »
RACINE, première préface d’Andromaque

Quoique désireux de nous instruire autant que de nous plaire, nos plus grands auteurs se sont toujours gardés de l’immédiateté de la littérature, et plus encore de la médiatisation de sa matière selon la morale. Aussi, dans leurs plus grandes œuvres, la mimesis n’est pas une simple imitation, la mise en intrigue n’obéit pas à la justice, les héros sont rarement des saints, la signification n’est pas transparente, et le texte n’est donc jamais performatif d’emblée. Même les auteurs les plus chrétiens renâclent à confondre tragédie et apologétique, comédie et protreptique.

Avaient-ils tort ? En tout cas, cette tension (entre la volonté d’enseigner et le refus d’exhorter) a formé l’une des plus grandes littératures sous le ciel. [1] Et c’est celle-là que nous avons sous les yeux.

Une gazette intégralement catholique — et donc vouée à rendre gloire à Dieu en toute chose — peut-elle perdre son temps à gloser des textes qui refusent l’annonce explicite et pragmatique de règne du Seigneur ? Quand bien même ces textes, par leur beauté, rendraient un culte à Celui qui en est l’auteur ; et quand bien même ils participeraient, comme le dit la formule célèbre, à sauver le monde ; faut-il encore ajouter du texte sur les signes qui prétendent dire le monde [2] ? Faut-il lire, et même se voir lire comme dans un miroir ?

C’est précisément parce qu’elle est spéculaire que la littérature nous intéresse : elle réfléchit, par son caractère mimétique, et distingue, par son caractère analogique. Elle nous rappelle notre condition de chrétiens, puisque pour l’instant, nous voyons dans un miroir, d’une manière obscure [3].

Mais que faire ? Pyrrhus ne lira certes pas nos articles, mais il en aurait certainement profité : il se serait alors connu comme anaphore, il aurait peut-être appris que le lecteur comme la littérature — et surtout le rapport qu’ils entretiennent — pointent tous vers une réalité qui nous dépasse [4].

Si le sable blanc, l’eau turquoise et le ciel bleu, qui font le quotidien des rédacteurs du R&N en villégiature, ne leur laissent pas croire qu’ils peuvent jouir [5] sans inquiétude d’un monde illusoirement connu, ils se donneront certainement la peine de lire, de passer par les signes, et d’accepter humblement cette médiation que leur incomplétude force, pour essayer peu à peu de connaître comme nous sommes connus [6]. Et de vous le faire savoir.

Si cependant les rédacteurs du R&N n’étaient pas assez productifs pendant leur otium estival, il vous serait aussi loisible de découvrir les ex-libris d’un jeune prix littéraire : le Prix Maintenon [7]. Leur recensions sont disponibles sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram).

Bonne lecture des lectures !

Les auteurs du XVIIe siècle - Constance de La Bernardie
« La corneille, sur la racine de la bruyère, boit l’eau de la fontaine Molière ».

[1Qu’on regarde seulement le dix-septième siècle en général, et l’œuvre de Racine en particulier.

[2Et même, à en croire Barthes, sur les signes qui renvoient au langage qui renvoie au réel...

[31 Co XIII, 12

[4Tant qu’elle ne ramène pas à soi, du moins.

[5AUGUSTIN, De la doctrine chrétienne, IV

[61 Co XIII, 12

[7Ce qui est un nom très engageant : Madame de Maintenon étant celle qui commanda à Racine ses deux dernières œuvres, Esther et Athalie.

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