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La fédération One of Us : un combat pour le réel

« Ce lancement n’est pas un évènement de plus dans la vie européenne : c’est l’embryon d’une nouvelle prise d’attitude personnelle vis-à-vis de la défense de la vie, engagement que nous revendiquons  ». Jaime Major de Oreja, Président d’Un de Nous, prononce en ce samedi 12 mars 2016 le lancement solennel de la première Fédération pour la défense de la vie. Aux balcons de la salle Gaveau, mille deux cent européens, drapeaux aux couleurs de One of Us, sont réunis pour célébrer l’évènement. Un enthousiasme bienveillant accueille des représentations hongroises, italiennes, espagnoles, slovaques, ... La délégation française, quant à elle, irradie. Fière d’en être à l’initiative, elle rend hommage à cet homme, d’une exemplaire humilité, à laquelle elle doit de se battre toujours : Jérôme Lejeune. « Nous sommes en train de réaliser son souhait, celui de réunir les forces de l’Europe pour la vie », annonce avec vigueur Jean-Marie le Méné, Président de la Fondation Lejeune.

Le suicide de la civilisation européenne

Enthousiasme n’est pas ravissement béat. Énoncer les origines du véritable suicide initié par les législations familiales et des mesures tant eugénistes que transhumanistes constitue une mise en lumière nécessaire pour comprendre l’actuelle «  crise de valeurs » (Ojera) traversée par la civilisation européenne. Au détour de trois tables-rondes, on aborde le scandale des réseaux du planning familial, l’eugénisme moderne, l’omniprésence du transhumanisme...

A l’origine du suicide : l’avortement

En Occident, l’avortement est à l’origine d’une chute de la démographie considérable [1] . Ses associations promotrices s’érigent en éclaireurs vigilants, porte-étendard de la liberté de la femme. Années 1910 : la libéralisation des mœurs aux États-Unis bat son plein. Margaret Sanger, fondateur de la ligue de contrôle des naissances, met au monde le futur Planned Parenthood, explique Sophia Kuby, Directrice du Plaidoyer d’ADF International à Bruxelles. Contrôle des naissances qui consiste en «  l’élimination des inadaptés » [2] : le ton est lancé. Avec un plaidoyer eugéniste, le Planned Parenthood cherche à restreindre la population à dessein, sur des critères qualitatifs. A termes, une ébauche internationale du mouvement voit le jour : c’est l’International Planned Parenthood Federation (IPPF).

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L’impact de l’IPPF en Europe : synthèse des antennes en 2013. © Ippf.org

Leur fierté ? Fournir des « services », voire, lorsqu’il s’agit d’avortements, faire « bénéficier » les femmes de « soins  » (sic). Avec cent-vingt-six millions de dollars en 2014 (chiffres officiels), l’IPPF lève des fonds considérables ; parmi eux, les subventions gouvernementales se voilent pudiquement la face sur l’absence de réglementation que revendique la fédération vis-à-vis de l’avortement, ou l’éducation sexuelle agressive proposée aux très jeunes enfants ...

L’euthanasie, la sélection « moderne »

Eugénisme militant, conjoint à l’entreprise de banalisation de l’euthanasie. A l’échelle législative, le « suicide assisté » est établi : on considère l’alimentation par voie artificielle comme un traitement, qui peut à tout moment être arrêté... Jérôme Triomphe, avocat du tristement célèbre Vincent Lambert, s’insurge : « Léonetti (ndlr. rapporteur de la loi éponyme sur l’euthanasie) a indiqué qu’il y avait eu 70 000 arrêts de traitement depuis 2005..... Nous avons en France un grand nombre d’euthanasies officieuses  » ! Officieuses, officielles... La préoccupation ne semble même plus se porter vers l’institutionnalisation ou non de telles pratiques : en Belgique, la synthèse de quatorze ans d’euthanasie légale propose un constat factuel. 1800 morts depuis 2013, dont 15% d’individus ne se trouvaient pas en phase terminale...Parmi eux, cinquante à soixante personnes en état de « souffrance psychiques »... Sans compter le nombre d’euthanasies non déclarées, qui s’élève selon le Docteur Benoît Beuselinck à hauteur de 30 %. « Pour autant, cette loi est érigée en progrès : c’est une prévention du suicide nous dit-on  », ironise sombrement le cancérologue.

Transhumanisme : l’eugénisme omniprésent

Cette sélection de l’homme, jaugée à l’échelle de ses aptitudes, est à nouveau soulevée par la latente question de la Gestation pour autrui. Considérant la femme comme un moyen de production, l’enfant comme un esclave, « la GPA fait de l’enfant un être hors sol, qui ne s’inscrit plus dans une génération », déplore Ludovine de la Rochère, Présidente de la Manif Pour Tous. Pire : selon elle, elle engendre une forme de transhumanisme, donnant l’illusion d’augmenter l’homme en faisant illégitimement croire à deux pères qu’ils peuvent être garants d’un enfant qu’ils achètent...
Déconstructivisme, antispécisme, évolutionnisme : à l’origine du transhumanisme, ces trois bases philosophiques mettent en lumière toute l’actualité de cette notion. Prenant le pas sur la sélection naturelle, et faute de pouvoir réaliser un homme augmenté, il provoque l’élimination de l’homme dit diminué . « Désormais, une population disparaît non pas à cause d’un tremblement de terre, mais à cause d’une politique de santé, rendant mortelle une pathologie qui ne l’est pas », assène Jean-Marie le Méné à la tribune. Le constat est sans appel : le transhumanisme repose sur un marché vorace, dont l’inéluctable marche ne pourra être arrêtée sans une intercession de la part des défenseurs de la vie.

Le combat du réel

Face à tant d’alarmants constats, le désespoir est cependant proscrit. Philippe de Villiers, invité d’honneur, interdit un auditoire transporté de céder à la tentation du découragement. Car « demain, il restera des familles, isolats de résistance, qui créeront une société de réfractaires », clame-t-il. Certes, la puissance des chantournements de langage, justifiant la mort institutionnalisée en de doux termes, a causé du tort. « Suicide assisté, interruption volontaire de grossesse, ... » : tant de détournements sémantiques dont l’assistance n’est plus dupe. Si puissantes que furent ses conséquences, les invocations sans racines resteront à l’image d’un écho fugace. Et ainsi, Jean-Marie le Méné de souligner : « Nous nous battons pour le réel. Nous ne perdrons jamais la bataille du réel  ».

Aloysia Biessy


[1On en veut pour preuve la hausse de 4.7 % du taux d’avortement de 2012 à 2013 en France, passant de 207 000 enfants avortés à 217 000. La gratuité de la procédure dite « d’IVG » depuis le 31 mars 2013 en serait l’une des causes premières. Voir : Pourquoi le nombre d’IVG a augmenté en 2013, le Figaro, 11 juillet 2014.

[2“Assist the race toward the elimination of the unfit”. Birth control and racial betterment, février 1919. Birth Control Review, Bibliothèque du Congrès, 131:0099B.

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