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De la contemplation silencieuse

24 janvier 2013 Paul du Rel

Ce serait me faire manquer de charité que de voir dans les lignes qui suivent une critique trop amère des bonnes âmes qui fréquentent nos musées. Que le lecteur le sache, elle est juste amusée, car enfin « c’est le propre des œuvres vraiment artistique d’être une source inépuisable de suggestions [1].", ce qui est rassurant quant à la qualité de nos expositions.

Ce que j’aime le mieux, quand j’ai la chance d’aller fouler les allées de nos musées parisiens, c’est admirer la foule. Parfois-même, par quelque jour chance, je parviens à me glisser, non sans avoir savamment joué des coudes, assez près l’écouter. Ah…M’y voilà enfin ! J’y suis ! Je l’entends, je la vois ! Je la vois, cette personne que patiemment je traque depuis plusieurs minutes. Comme à chaque fois, mes yeux vont enfin pouvoir s’extasier d’horreur. Que ce soit la parisienne branchée et sa troupe, l’étudiant en art échevelé, le provincial cultivé, c’est toujours la même chose.
Les lunettes à verres ronds ont été tirées. Elles se tendent avec fluidité vers la toile. Et, après quelques rapides mouvements d’ébauches s’arrêtent enfin, suspendues, pour reprendre aussitôt leurs arabesques. Ces mouvements sont rythmés, cadencés, mesurés. Ils suivent la longue psalmodie qui sort de la bouche de son triste chef d’orchestre. Prêtez l’oreille amis, on y apprendra sûrement quelque chose. De toute façon vous n’avez pas le choix.
Ça y est ! Je me tortille de joie : l’herbe peinte par Courbet n’est pas de l’herbe mais une interprétation métaphysique de l’espérance ; les couleurs chez Gauguin, qui ne sont jamais les bonnes, sont le reflet de ses pensées intimes ; Picasso est romantique ; Delacroix un « bon » peintre ; et David royaliste…
Heureusement qu’on nous explique. Imaginez sinon, pauvre plèbe que nous sommes. Inculte nous n’aurions décidemment rien compris à cette exposition. Il est heureux que la philanthropie existe encore. Ce n’est pas comme ces gens qui silencieux, statufiés, ne crachent pas mots de ce qu’ils voient, de ce qu’ils savent. Égoïstes ! Infâmes ! Ils contemplent qu’ils nous disent…Vraiment, Jean-Claude Brisville avait raison : « Musées. Réservoirs de beauté dont s’écoule sans tarir jamais le murmurant ruisseau de la bêtise. ».

Isidore


[1Charles Baudelaire, L’art romantique.

24 janvier 2013 Paul du Rel

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