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D’étranges coutumes dans les chrétientés celtiques antiques

25 décembre 2012 Jean Herbottin

Des femmes celtes dans le ministère liturgique - Lettre « Viri venerabilis »

Au début du VIe siècle, trois évêques de l’ouest de la Gaule, Licinius de Tours, Mélaine de Rennes et Eustache d’Angers, ont rappelé qu’il est interdit aux femmes de participer de manière active à la célébration de l’office divin. Les évêques, alarmés par des pratiques étranges de certains prêtres bretons, adressèrent à deux d’entre eux cette lettre pleine de reproches [1]. Le mythe des « Diaconesses », qui a fait couler beaucoup de salive à nombre de progressistes, est ici bel et bien remis en cause...

Viri Venerabilis

Les évêques Licinius, Melanius et Estochius, aux prêtres Lovocatus et Cathiernus. Leurs Seigneurs les plus bénis et Frères en Christ.

Nous avons appris par le compte-rendu de cet homme vénérable, le prêtre Speratus, qu’en transportant certains autels [2], vous ne cessez de faire un circuit dans les résidences sur les territoires de différentes villes et on rapporte que vous célébrez la messe avec des femmes appelées « Conhospitae », dont vous admettez la présence au sacrifice divin. C’en est au point qu’elles tiennent le calice quand vous distribuez l’Eucharistie en votre présence et qu’on suppose qu’elles administrent le sang du Christ à l’assistance [3].

La nouveauté et la superstition que démontre cet acte dont nous n’avions encore jamais entendu parler ne nous chagrine pas peu parce que, une telle horrible secte, qui n’avait jamais existé en Gaule, à moins qu’on ne nous prouve le contraire, semble émerger à notre époque. Les Pères orientaux l’ont dénommée Pépodianisme, se basant sur le fait que Pépodius était l’initiateur de ce schisme. Du fait que ces gens sont supposés avoir des femmes en tant qu’associées au sacrifice divin, les Pères ont prescrit que quiconque s’attacherait à cette erreur serait déclaré séparé de la communion ecclésiastique.

Nous pensons donc que votre charité devrait être admonestée, d’avoir dans l’amour du Christ, au nom de l’unité ecclésiastique, et de l’intégrité de la foi catholique, pour que dès que les pages de cette lettre vous atteindront, se fasse un arrêt immédiat des pratiques susmentionnées, c’est à dire que ces autels dont nous avons parlé qui, nous n’en doutons pas, ont été consacrés, qui sont réservés aux prêtres, soient débarrassés de ces femmes que vous appelez conhospitae, dénomination que l’on ne dit pas et que l’on n’entend pas sans un frisson de l’esprit parce qu’elle disgracie le clergé et qu’un nom tellement détestable jette la honte et l’horreur dans la religion bénie.

En accord donc avec les statuts des Pères, nous prescrivons à votre charité non seulement que ces minables sortes de femmes ne polluent plus les divins sacrements en les administrant illégalement, mais également, qu’à l’exception d’une mère, d’une tante maternelle, ou d’une petite fille, si qui que ce soit souhaite avoir quelqu’un pour cohabiter son le toit de sa petite cellule, il sera empêché de franchir le seuil de la sacro-sainte église par une décision canonique [4].

Il faut donc, très chers frères, que vous vous amendiez très vite, si ce qui nous a été rapporté des affaires mentionnées ci dessus est vrai. En effet, pour vos âmes et pour l’édification des gens, il est urgent de rectifier très rapidement des pratiques tellement contraires à l’ordre ecclésiastique, de peur que la persistance de cette obstination ne vous amène à une confusion plus grande, et que nous ne devions venir à vous avec les verges apostoliques pour le salut de votre âme, si vous refusiez la charité et vous vous livriez à Satan dans les ruines de la chair.

Voici ce que signifie « être livré à Satan » : Lorsque quiconque a été séparé du troupeau ecclésiastique à cause de son propre péché, il n’y a aucun doute qu’il sera dévoré à la fois par les démons et les loups rapaces. De la même manière, nous rappelons aussi l’avis de l’évangéliste quand il dit « Si nous membres nous scandalisent », c’est à dire, si qui que ce soit dans l’Eglise catholique entre dans l’hérésie, « il est dès lors plus utile que ce membre isolé qui souille toute l’Eglise, soit coupé plutôt que l’Eglise entière soit amenée à la ruine ».

Que ces quelques mots que nous avons dits parmi beaucoup d’autres soient suffisants. Donnez beaucoup d’efforts à la communion de charité et prenez soin de vous remettre avec la plus grande dévotion sur la route royale dont vous vous étiez écarté un peu de sorte que, ensemble, nous tirions profit de votre obéissance et que nous nous réjouissions que vous soyez sauvé grâce à notre intervention.

Paysan breton


[1« Lovocat et Cathiern, bretons du temps de saint Melaine », ]Revue de Bretagne et de Vendée 7 (1885), pp. 5 - 8.]

[2La pratique bretonne des prêtres itinérants était alors très fréquente

[3C’est là une pratique diaconale. Aujourd’hui, quand la commuion est donnée sous les deux espèces, c’est le diacre qui présente le calice aux fidèles

[4Dans la chrétienté celtique, il arrivait que les prêtres non moines fussent mariés, mais le clergé monastique étant prépondérant, le célibat des prêtres était presque déjà généralisé

25 décembre 2012 Jean Herbottin

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