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[COLONNES INFERNALES] du lundi 2 XII 2013

Chers amis,

Aujourd’hui, nous sommes tous croates, mais les journaux ne vous le diront pas. Voici votre réinformation du jour. N’oubliez pas d’écouter les bulletins de Radio Courtoisie.

1. Référendum croate : ou des inconvénients de la démocratie vus par les démocrates

Les lecteurs du R&N savent que nous ne nous rendons guère suspects d’idolâtrie démocrate : la force du nombre ne peut transformer l’erreur en vérité. Tout au plus peut-elle marquer l’adhésion du plus grand nombre à l’erreur — mais cela ne la rend jamais désirable en face de la vérité. Mais il arrive aussi, comme hier en Croatie, que la majorité soit dans le vrai.

À l’inverse, les démocrates tiennent naturellement leur système pour parfait, et se défendent toujours fort mal des effets non-désirés qu’il produit. Dans une optique quasi kantienne — et donc déjà suspecte, — ils tiennent pour juste ce qui est le plus largement reçu et admis, et non ce qui se conforme à la loi naturelle. Ce système est d’essence totalitaire dans la mesure où toute délibération majoritairement acceptée acquiert force de droit. Ses tenants n’étant pas contestables, ses produits ne le sont pas non-plus.

Dès lors, que répliquer, lorsque l’on est l’Immonde ou l’Aberration, que l’on relaie mot pour mot la même dépêche de l’AFP et que le référendum tenu en Croatie fait triompher la loi naturelle sur les déviances socialisantes du « mariage » ganymède ?

Les vieilles recettes sont toujours les meilleures : la décision serait illégitime puisqu’elle a été prise avec un faible taux de participation. Résurgence du légitime face au légal ? Mais puisque, en régime démocratique, est légitime tout ce qui est légal et uniquement ce qui est légal, un référendum légalement conduit ne peut être contesté.

Autre parade, les électeurs auraient été bernés par l’ombre froide d’une « Église catholique particulièrement influente ». Faut-il interdire le droit de vote aux catholiques ? Si on le fait sur la base du manque de discernement qu’occasionnerait la foi, alors il faut l’interdire à tous les militants politiques (à commencer par les journalistes), mais aussi aux démocrates, qui ont une foi aveugle dans leur système mais n’apportent jamais la preuve raisonnable de son efficacité.

On apprend enfin avec contrition, des termes du chef centrogauchiste de Gouvernement Milanovic, que le scrutin organisé était « triste et insensé ». La schizophrénie sublimée : il eut été préférable que le référendum fût festif et raisonnable, sans doute. Ce festivisme, nouvel étalon de mesure de la légitimité, est décidément bien sinistre : à l’image de ses promoteurs.

2. Jean-Luc Mélenchon, faux-rebelle des médias et vrai prestidigitateur

Ce devait être la marche qui éclipserait les bonnets rouges, ce mouvement social qui a le tort d’unir dans un même refus du socialo-jacobinisme les ouvriers et leurs patrons. L’échec de la « révolution fiscale » de Jean-Luc Mélenchon est difficile à dissimuler. Ce dernier, qui n’a pourtant pas hésité à revendiquer 100 000 participants (7 000 pour la Préfecture de police), a suscité l’hilarité sur les réseaux sociaux après la publication d’une image montrant le bidonnage médiatique qui présidé à son interview… sur la très droitière chaîne de télévision TF1.

Mais évidemment, cette monstrueuse construction devient, sous la plume de Samuel Laurent, « une construction assez classique de l’information télévisée ». Bel aveu.

La ficelle était donc si grosse que les médias de l’oligarchie, au premier rang desquels l’Immonde, se sont obligés d’en parler. Mais que le lecteur se rassure : l’indulgence qu’on leur connaît pour le révolutionnaire d’opérette était bien de mise. Ainsi sur les chiffres. Alors que ceux de la Préfecture de police étaient systématiquement mis en avant lors des manifestations du printemps dernier, cette fois-ci, les autorités de l’État sont contredites par le journaliste de l’Immonde envoyé sur place : et d’avancer de façon péremptoire le chiffre de 20 000 à 30 000 personnes, qui ne se base naturellement sur aucune donnée précise.

3. Pour l’Immonde, le pouvoir doit écouter la rue... si c’est en Ukraine

Bonne nouvelle : il semblerait que les tartufferies de l’Immonde ne manqueront jamais de se renouveler. Rappelons-nous combien les éditos, les tribunes, les enquêtes et les études se sont enchaînées des semaines et des mois durant dans ses colonnes infernales pour soutenir un gouvernement acculé face à des manifestations à l’ampleur jamais atteinte, et in fine déclarer que la rue ne devait pas dicter sa volonté au pouvoir.

Les grands révisionnistes gazetiers se sont visiblement mis à l’ouvrage pour ravaler leur morgue collaborationniste nauséabonde. Dans un processus similaire, voyant la rue se dresser contre le gouvernement, mais cette fois-ci en Ukraine, on peut gager très cher que pas un se lèvera pour défendre les autorités, fussent-elles comme en France dans leur droit le plus strict à mieux connaître que le peuple ce qui est bon pour lui. Mieux, l’Europe devrait « faire savoir haut et fort qu’elle soutient les aspirations européennes pacifiques du peuple ukrainien ». De traces des violences qui ont émaillé les manifestations à Kiev ce weekend ? Nulle part. Dans l’esprit d’un journaliste, l’idéal européen — qui est surtout son idéal cosmopolite libertaire — vaut mieux que des faits servilement matériels.

4. L’Aberration, gazette du drogué moyen

L’avantage, lorsque l’Aberration se lance dans une enquête sur les drogues, est double.

Premièrement, le terrain d’enquête est déjà connu et à disposition, puisqu’il s’agit du lectorat lui-même — ce que confirme un passage de l’article fort instructif :

Son but, « donner la parole à ceux qui connaissent le mieux les drogues : les consommateurs », explique Adam Winstock, le psychiatre londonien à l’origine du questionnaire lancé dans 17 pays. L’enquête offrira une idée des pratiques, loin des tabous, des fantasmes et des préjugés. C’est pourquoi vous êtes invités à y participer.

Deuxièmement, sous couvert de récolte de données, le résultat de ces travaux sont d’ores et déjà connus :

La GDS [1] veut récolter « des faits, pas des opinions » [...]. Pour cela, estime Winstock, il faut en revenir à ce qui motive les usagers au départ : la recherche du plaisir.

Autrement dit, les préjugés sur les drogues sont écartés, mais pour laisser place à... un préjugé, le sacro-saint « plaisir » si cher à nos sociétés habitées par l’esprit de jouissance.

Mieux encore, à qui aurait un doute sur la capacité d’une enquête sur les drogues — qui se veut objective — à rejeter l’usage des drogues, livrons ce postulat épistémologique, forgé par le prétendu chercheur : « Si on veut engager la conversation avec des gens sur leur usage de drogues et comment en réduire les risques, il faut commencer par accepter l’aspect positif de leur pratique ».

Tout va bien.

5. Le narcissisme de l’Immonde s’affiche

On a trouvé la première source de valeur ajoutée du système médiatique français : se regarder le nombril, activité qu’il produit mieux qu’aucun autre agent économique et avec une efficacité inégalée parmi la concurrence (pourtant féroce chez les hommes politiques, les célébrités et les intellectuels). L’Immonde en donne une nouvelle illustration aujourd’hui dans le haut de la page d’accueil de son site, où l’on nous avise d’un record historique : le nombre de... recommandations Facebook visant un article en ligne, à l’intérêt d’ailleurs très manifeste.

L’onanisme intellectuel se porte bien, merci pour lui.

Le Rouge & le Noir veille,

Florimond & Carl Moy-Ruifey


[1Global Drug Survey, ou Enquête internationale sur les drogues.

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