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[EX-LIBRIS] Qui est Charlie ? La double méprise d’Emmanuel Todd

Le démographe Emmanuel Todd, structuraliste proche de l’école des Annales, spécialiste des systèmes familiaux, a la réputation d’être parfois très perspicace : il avait notamment prévu l’effondrement de l’URSS dès 1976 [1]. Défenseur du protectionnisme, il a placé au cœur de son combat une opposition sans concession au traité de Maastricht de 1992 et à la monnaie unique qu’il rend responsable d’un délaissement, par les élites politico-médiatiques, des préoccupations des classes sociales populaires. Il a enfin plus récemment défendu [2] la thèse selon laquelle le monde arabo-mahométan aurait déjà amorcé une évolution vers la modernisation politique, sociale et économique, conduisant au renversement du système archaïque existant, en insistant notamment sur le cas de la Tunisie. Cette thèse a paru confortée par le signal de départ du « printemps arabe », donné dans ce dernier pays en décembre 2010 et M. Todd fut dans un premier temps plébiscité pour sa prescience. On sait ce qu’il en est ensuite advenu.

Dans son dernier ouvrage, Qui est Charlie ? : Sociologie d’une crise religieuse [3], il analyse le mouvement social surgi postérieurement aux attentats de janvier 2015. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette analyse a déplu en haut lieu [4]. Ne serait-ce que pour cette raison, cet essai écrit sur un ton tour à tour passionné et provocateur mérite l’attention de tous ceux que le discours officiel autour de ces événements n’a pas convaincus.

Loin de marquer une rupture dans sa pensée, Qui est Charlie ? offre un condensé des positions précitées de l’auteur, dont le message essentiel porte sur le rôle positif, voire messianique, que joueraient selon lui pour l’avenir de la France les populations issues de l’immigration et singulièrement, parmi ces dernières, celle issue du Maghreb mahométan. Emmanuel Todd ne se cache pas d’avoir un parti pris : « Je suis moi-même un Français typiquement assimilationniste, qui voit dans la fusion de tous les immigrés dans la culture centrale du pays un destin souhaitable [5]) ».

Ce présupposé immigrationniste n’a rien d’original, tant il est largement partagé dans le milieu politico-médiatique. Mais il est adossé à une interprétation qui lui est propre du paysage sociopolitique français actuel, étayée par une analyse, par région, des systèmes familiaux dominants dont il a fait sa spécialité, qui convainc parfois, rend perplexe plus souvent et agace aussi à l’occasion.

Le basculement dans l’incroyance, démultiplicateur de l’inégalité ?

Selon lui, l’effondrement de la pratique religieuse en France entre 1960 et 1990, — qu’il estime être passée de 33 pour cent à 6 pour cent sur cette période, — a conduit à l’émergence d’une idéologie de substitution [6] induisant un recul, pour la première fois depuis la Révolution, de l’égalité comme objectif des politiques publiques [7]. Il observe en particulier que la carte de la pratique religieuse est, jusqu’en 1990, la plus fiable pour prédire l’alignement politique stable des régions mais que les rapports de force qui avaient paru figés depuis la Révolution étaient déjà, à cette date, en train de se modifier, le rapport à l’égalité survivant à la déchristianisation généralisée et modifiant le jeu politique. En combinant égalitarisme et irréligion, Todd établit une carte du « score global d’égalité » [8], qui lui semble plus pertinent pour la France de 2015.

Le résultat de l’effondrement tardif du catholicisme est la généralisation de l’incroyance :

« La vérité religieuse de la France de 2015, c’est une incroyance comme il n’ en a jamais existé dans l’histoire. » [9].

Or il s’agit là d’un phénomène sans précédent. Emmanuel Todd soutient, à juste titre, que le discours laïciste actuel est anti-historique : il faut référence à un passé qui n’a jamais existé, même postérieurement à la Révolution :

  • le Bassin parisien et la façade méditerranéenne, dans lesquelles les structures paysannes familiales étaient égalitaires, se sont détachés de l’Église dès le XVIIIe siècle ;
  • la constellation catholique périphérique (comme il appelle les autres régions), caractérisée par des structures familiales inégalitaires, a basculé dans l’incroyance beaucoup plus tard, entre 1960 et 1990.

L’auteur observe que les régions catholiques périphériques sont caractérisées par des résultats scolaires meilleurs, des taux de chômage plus bas, des reconversions économiques plus réussies [10] et une population active plus docile, ce qui s’accommode mieux selon lui avec « la phase capitaliste actuelle » [11].

C’est la crise de la zone centrale égalitaire, clairement moins bien lotie dans tous ces domaines, qui a permis aux idées des zones périphériques de triompher : en effet, « le capital n’aime pas ces régions d’indiscipline sociale et de contestation de classe » [12].

Le catholique zombie, acteur pivot du jeu politique

C’est selon M. Todd cette constellation « inégalitaire » qui a fourni les rangs de la manifestation du 11 janvier 2015 , à laquelle seule une partie de la nation était là : il manquait la France populaire, alors que les classes moyennes, décrites par Emmanuel Todd comme « fondamentalement égoïstes et répressives » [13] étaient massivement représentées [14].

La distribution relative des manifestants permet à M. Todd, qui s’appuie sur la carte de l’intensité des manifestations [15], de déduire que les Charlie sont majoritairement des cadres supérieurs et catholiques« zombie », les milieux populaires et immigrés étant réduits au silence.

Ces catholiques« zombie » [16] (issus de la constellation périphérique catholique mais ayant abandonné toute pratique catholique) sont au cœur de la sacralisation de l’euro que M. Todd adosse, dans une espèce de binôme métaphysique, à l’islamophobie  [17]. Selon Emmanuel Todd, ils auraient voté pour le traité de Maastricht non en tant que catholiques, mais en traitant l’intégration européenne, qui fut une idée socialiste, comme un Dieu de substitution.

Un nouvel opium du peuple ?

L’analyse d’Emmanuel Todd semble, en première analyse, se nourrir d’un paradoxe :

  • d’une part, il nie que les motivations religieuses soient un déterminant des auteurs des différents attentats terroristes, en apparence d’inspiration islamiste, commis en France ;
  • de l’autre, il soutient que l’état d’esprit caractérisant ce qu’il est convenu d’appeler les « Charlie » s’apparente au rite d’une religion de substitution.

La contradiction n’est qu’apparente. Selon Emmanuel Todd, en effet, la République a horreur du vide. Étayée jusqu’au vingtième siècle finissant par la cohabitation des deux France, laïque et catholique, le basculement dans l’incroyance généralisée la rend schizophrène, à la recherche d’une religion de substitution :

« L’inexistence de Dieu, conception hautement raisonnable, ne résout pas la question des fins dernières de l’existence humaine. L’athéisme n’aboutit qu’à définir un monde dépourvu de sens et une espèce humaine sans projet. » [18].

Pour M. Todd, l’échec, selon lui avéré, de ce qu’il appelle « l’utopie monétaire » a contraint les élites qui, seules, en bénéficieraient, à l’ériger en religion de substitution :

« Nous ne devons pas négliger la dimension métaphysique de la fixation. » [19].

Il n’y ainsi aucune différence, pour le libre-penseur Todd, entre un catholicisme qualifié par Marx d’opium du peuple et son succédané européiste — et la transcendance mahométane (mais pas son impact sociétal, comme nous le verrons) étant à ses yeux à tous égards aussi disqualifiée que la catholique, il tient toute motivation qui s’en réclamerait pour inexistante. On est pareillement dans le domaine du mythe et, de surcroit, les bénéficiaires sont les mêmes qui perpétuent ainsi leur « domination ».

Comme dans un cercle vicieux, la sacralisation de l’euro est à la fois cause et effet d’un mauvais choix aux conséquences économiques catastrophiques : la politique économique du Parti socialiste, reprise au demeurant par la droite, calquée sur celle de l’Allemagne qui produit 35 pour cent d’enfants en moins, conduit « mécaniquement » à exclure les agents économiques les plus vulnérables , qui sont les derniers arrivés [20].

L’euro et l’islamophobie, dogmes jumeaux de la religion néo-républicaine

Or, pour qu’on puisse parler de religion, surtout lorsque, comme ici, elle n’a d’existence que dans les analyses des sociologues, encore faut-il pouvoir cerner non seulement ses rites — la manifestation du 11 janvier — mais aussi ses dogmes. Emmanuel Todd s’y emploie avec la minutie méthodologique implacable qui le caractérise ; mais ce faisant, il est contraint de quitter l’objectivité qui entoure ses analyses démographiques. M. Todd se situe en effet dans un anticléricalisme primaire, voire caricatural, le ton du livre, quand il décrit le catholicisme, étant sur le fond implacable : « Rome, monstre obscurantiste, était arc-boutée contre le progrès et l’éducation, encourageant partout la soumission au prêtre » [21].

La notion même de foi lui est étrangère, et il semble presque récuser la possibilité de son existence :

« Un milieu se perpétue largement par des phénomènes mimétiques qui n’ont rien à voir avec une foi intense » [22].

Pour M. Todd, « le phénomène Charlie ne peut […] être compris que dans son rapport au religieux » [23]. Les deux principaux dogmes de la religion néo-républicaine sont l’hostilité au mahométanisme et une adhésion qui cantonne au mystique à l’euro :

  • l’européisme d’abord, réduit au statut de dogme parce que, selon l’auteur, « vidée de sa croyance en Dieu, la culture catholique a inventé l’euro » [24] ;
  • la xénophobie et singulièrement l’islamophobie ensuite, dont il attribue la paternité et donc la responsabilité aux classes privilégiées, affirmant qu’elle migrerait vers le haut de l’échelle sociale, parce que les couches moyennes et supérieures française ont un besoin pathologique de détester quelque chose ou quelqu’un [25].

Plus largement, les valeurs que Emmanuel Todd associe à cette néo-religion, en sus de l’islamophobie, sont un socialisme d’un genre nouveau ; la décentralisation ; une politique monétaire masochiste ; la dénaturation de la République et enfin l’antisémitisme.

Le mouvement « Charlie », une surréaction ?

Situant le genèse de ce basculement des élites vers la sacralisation de l’euro au moment du référendum perdu sur le traité de Lisbonne, en 2005, M. Todd relève la coïncidence de date avec les émeutes qui secouèrent peu après les banlieues. Il insiste sur la parfaite francité des émeutiers des banlieues, dont l’acte ne traduirait selon lui rien de plus qu’un désir de reconnaissance. Il soutient qu’alors qu’aucune motivation religieuse n’avait été imputée aux émeutiers de 2005, les frères Kouachi et Amedy Coulibaly seraient eux aussi, malgré les apparences à commencer par leurs propres affirmations, des Français comme les autres, produits de la société française et non pas de véritables mahométans, mais des fous. (Notons qu’il ne fait ici que s’aligner sur les discours officiels qui s’acharnent à présenter systématiquement les auteurs d’attentats islamistes comme des forcenés.)

Sans aller jusqu’à affirmer que les attentats de janvier 2015 seraient des événements banals, il souligne au passage que comme il n’y a eu à cette occasion « que » dix-sept morts [26], la France aurait donc à cette occasion surréagi et que cette surréaction ne peut s’expliquer que par des motifs irrationnels et donc, dans sa façon d’appréhender les choses, religieux.

Le « bon » et le « mauvais » blasphème

L’anticléricalisme de l’auteur, bien qu’il soit en apparence dirigé tous azimuts, est en réalité à géométrie variable, ce qui le conduit à faire du « droit » au blasphème une définition étonnante, pour un catholique :

« Le droit au blasphème sur sa propre religion ne devrait pas être confondu avec le droit au blasphème sur la religion d’autrui, particulièrement dans le contexte socio-économique difficile qui est celui de la société française actuelle : blasphémer de manière répétitive, systématique, sur Mahomet, personnage central d’un groupe faible et discriminé, devrait être, quoi qu’en disent les tribunaux, qualifié d’incitation à la haine religieuse, ethnique ou raciale. » [27]

Selon Emmanuel Todd, il y a donc une bonne et une mauvaise façon de blasphémer : « Voltaire, au contraire de Charlie, ne dénonçait pas la religion des autres. Il blasphémait sur la sienne et sur celle dont elle était issue. » [28]

Dans cette acception areligieuse, qui invente de toutes pièces un « bon » et un « mauvais » blasphème, ce substantif est largement vidé de son sens : pour un catholique, seul un ensemble de paroles sacrilèges, au sens chrétien même le plus large, peut être qualifié de tel. Les propos désobligeants à propos d’une fausse religion ne sont, au pire, qu’un manquement à la prudence ou à la bienséance. C’est dire que pour les catholiques, les caricatures de Charlie hebdo, tant qu’elle sont dirigées contre la religion mahométane, n’ont rien d’offensant, puisque aussi bien un faux culte n’a aucun droit, intrinsèquement, au respect.

Ainsi, on est obligé de souligner, bien que ce ne soit pas le sujet de Qui est Charlie ?, qu’il n’y a aucune raison pour un catholique, autre que le légitime désir (qui n’a rien à voir avec le blasphème) de ne pas offenser gratuitement son prochain, de réprouver les caricatures anti-mahométanes de la rédaction de Charlie hebdo. Cette dernière a en effet été ciblée par les frères Kouachi uniquement à cause de ses caricatures de Mahomet et non en raison de ses dessins anticatholiques, même si ces derniers ne se différencient de ceux dirigés contre Mahomet, ni par le nombre, ni par le degré d’outrance.

Il est important aussi, pour comprendre cette différence de perception, de noter que pour les catholiques, le blasphème est à distinguer du sacrilège : moquer la religion par des écrits ou des dessins n’a pas la gravité qu’aurait, par exemple, la profanation des vases sacrés dans les églises ou des espèces eucharistiques [29]. Ces phénomènes se produisent malheureusement de façon routinière en France, sans que les pouvoirs publics, les médias, l’opinion ou même l’Église ne s’en émeuvent particulièrement. On peut douter qu’Emmanuel Todd ait même songé à se soucier de pareilles distinctions.

Un parti socialiste tout acquis à la cause de l’inégalité ?

L’émergence au sein de la classe dominante et d’une partie non négligeable des classes intermédiaires [30] de la culture « Charlie » conduit selon Emmanuel Todd à une inversion paradoxale des valeurs portées par les formations politiques.

C’est cette démonstration qui constitue sans doute, dans ce pamphlet iconoclaste, l’élément le plus convainquant.

L’auteur insiste sur le rôle pivot des classes intermédiaires, qu’il appelle les MAZ : classes moyennes, personnes âgées, catholiques zombies. Il estime, toujours données cartographiques à l’appui [31], que l’effet, dévastateur pour elles, de la sacralisation de l’euro aurait modifié en profondeur les socles socio-régionaux des différentes formations politiques à partir des années 1990. Ce phénomène aurait abouti à ce que « le Parti socialiste [soit] désormais ancré à droite et […] la droite flotte dans l’espace français sans trop savoir ce qu’elle est » [32].

Emmanuel Todd parle peu de la droite traditionnelle, dont on sent qu’elle ne l’intéresse guère, mais dont il relève que la carte de son électorat correspond de façon croissante aux régions des systèmes familiaux égalitaires [33]. La carte de la croissance du Parti socialiste, en revanche, a droit à toutes ses attentions : elle ressemble de plus en plus à la carte du catholicisme, traduisant un glissement vers la gauche de l’ancien électorat catholique de droite. Ce phénomène, selon lui anthropologique et déconnecté de ce qu’il appelle la « politique consciente » [34], aurait déposé au cœur de la gauche un « bagage mental inégalitaire » [35]. Il va jusqu’à affirmer que le Parti socialiste aurait basculé dans un différentialisme trouvant ses racines dans le vichysme, ne tenant pas vraiment à ce que les noirs, les Arabes et les juifs deviennent des Français comme les autres, étant rassurés lorsqu’ils affichent les symboles de leur différence [36].

En politique étrangère l’évolution est selon lui vichyste également : l’égalitarisme de l’époque gaulliste a fait place à un différentialisme dans lequel l’Allemagne, supérieure, doit être imitée et obéie et le monde arabe, inférieur, modernisé ou relégué [37].

Une curieuse tendresse pour le Front national, « vrai » parti républicain

Quant au Front national, M. Todd n’est pas le premier à relever qu’il est venu se substituer, dans les terres de tradition anticléricale, au Parti communiste qui faisait office de « grande Église rouge » [38], et que socialement il attire les couches sociales correspondant à l’éducation primaire (dix pour cent de la population) ou secondaire (45 pour cent), les couches supérieures restant pour l’instant imperméables à sa séduction [39]. De façon plus originale, il soutient que le parti présidé par Marine Le Pen serait aujourd’hui porteur d’une « xénophobie assimilationniste » qui entend exclure l’étranger afin de préserver la cohésion de la Nation — et donc, paradoxalement, égalitaire.

L’auteur note ainsi que le vote en faveur de ce parti se déplace des régions de l’Est vers le Centre égalitaire dès les années 1990, la xénophobie changeant dans le même temps de visage, l’islamophobie (bourgeoise et inégalitaire, donc impardonnable) se substituant à l’arabophobie (populaire et égalitaire, donc pardonnable à défaut d’être bonne) [40].

La dérive ininterrompue vers la gauche empruntée par le Front national depuis qu’il est présidé par Marine Le Pen s’appuierait donc, si M. Todd a raison, sur un socle démographique cohérent. Il n’a sans doute raison qu’en partie, car subsiste au sein du Front national actuel une aile conservatrice, philosophiquement plutôt inégalitariste et économiquement libérale, qui n’entre pas vraiment dans le moule, obsessionnellement europhobe, que voudrait donner à ce parti Qui est Charlie ? et n’est par ailleurs pas en phase avec la direction populiste incarnée par Florian Philippot.

Il se dégage de Qui est Charlie ?, en définitive, une certaine considération, pour ne pas dire de la tendresse, pour le parti de Marine Le Pen. L’ayant absout de tout soupçon d’inégalitarisme europhile, — dont on a compris qu’il le tient pour être le péché contre le Saint-Esprit, — il semble à la limite d’en attendre qu’il contribue à ériger la société parfaitement uniforme et égalitaire dont il rêve :

« L’affirmation par les dirigeants du FN que leur parti est républicain n’est pas une absurdité » [41].

Ou encore :

« Le choc émotionnel résultant de l’horreur du 7 janvier [2015] a offert la possibilité d’une réaffirmation de l’idéologie qui domine la France : libre-échange, État social, européisme et austérité. Ce qui est nouveau, et réellement troublant, est l’obsession de l’islam, le discours laïciste frénétique qui se répand dans la moitié supérieure de la pyramide sociale, et qui est beaucoup plus inquiétant, au fond, que l’incrustation du vote FN dans les milieux populaires » [42].

En définitive, c’est du Front national, ou du moins de ses électeurs, qui viendrait selon M. Todd le salut ! On comprend ici pourquoi le livre a provoqué un tel tollé dans l’establishment politico-médiatique :

« La France peut redevenir elle-même avec l’aide de l’Islam et des électeurs du Front national » [43].

Une vision proche du déni de réalité de l’assimilation des immigrés extraeuropéens

Autant l’analyse d’Emmanuel Todd sur la recomposition du paysage politique français convainc partiellement, autant il semble s’acharner contre l’évidence sur le sujet de l’assimilation des immigrés, qui se produirait selon lui facilement et même, pour ainsi dire, automatiquement au bout d’une génération environ :

« À la deuxième ou à la troisième génération, le descendant d’immigré, quel que soit son système familial originel, adopte celui de la société d’accueil […] Le territoire, autant que la famille, transmet ses valeurs. » [44].

À l’appui de cette affirmation que tout dans le vécu des Français au contact de l’immigration extra-européenne actuelle semble contredire, l’auteur avance peu d’arguments. Son raisonnement semble essentiellement fondé sur l’observation, tirée de ses travaux antérieurs de démographe, que les provinces françaises conservent leurs coutumes, y compris dans les grandes villes, malgré les brassages de population (il s’agit ici de Français de souche venant habiter une autre région que celle dont ils sont originaires) qui y surviennent au cours des siècles et se poursuivent à l’époque contemporaine.

Il constate que même l’égalitarisme de la région parisienne n’est pas entamé par les migrations venant de la périphérie, jusqu’à ce que Paris devienne une ville-monde à la fin du vingtième siècle. Ce dernier détail suffirait pourtant précisément à lui faire voir que son raisonnement, appliqué à des brassages de population de Français de souche entre eux voire avec des immigrés d’origine européenne, ne vaut pas forcément pour ceux dont la culture, la religion et les mœurs sont éloignés, voire aux antipodes des nôtres. Dans un des passages les plus surréalistes de son ouvrage et sans s’en rendre compte, Emmanuel Todd présente même, sur un mode ironique, une France qu’il présente comme caricaturale et fantasmée, sans manifestement se rendre compte que ce qu’il nous décrit correspond déjà, dans certaines parties du territoire, à la réalité :

« Un raisonnement par l’absurde nous permet de comprendre que […] des valeurs familiales fortement imprimées dans les esprits aboutiraient, avec des niveaux élevés de migration, à une désintégration des territoires et à l’impossibilité que se perpétue tout système familial. Si les valeurs familiales étaient, en conformité avec un modèle “psychanalytique”, logées en profondeur dans le cerveau des enfants, les migrations porteraient au cœur des sociétés d’accueil des familles imperméables à l’assimilation. La multiplication des immigrés aboutirait à la création d’îlots divergeant sans cesse davantage de la culture originelle du lieu. Ces îlots peuvent donner l’impression d’exister un instant, mais Little Italy ou Chinatown ne furent que des pistes d’atterrissage. […] Les immigrés, toujours et partout, ont pour destin, si la société d’accueil ne le leur interdit pas, de devenir des citoyens du lieu.[…] L’échec de l’assimilation, s’il a lieu, est toujours le fait de la société d’accueil, jamais du groupe immigré. » [45].

M. Todd, — lui même issu d’une famille juive distinguée, arrivée en France vers 1791 et assimilée depuis longtemps, — estime que les mahométans vivant en France sont en tous points comparables aux juifs de la fin du XIXe et du début du XXe siècles, « fondus comme ils l’étaient dans les autres peuples, depuis longtemps Français, Allemands, Anglais, Russes bien plus que juifs. » [46]. Leur coller une étiquette « mahométan » [47] serait selon lui un acte raciste au même titre que l’étiquette « juif ». Au demeurant, pour lui, « comme les juifs européens vers 1930, les musulmans n’existent pas » [48]. Il est tellement déterminé à démontrer que les mahométans se sont intégrés aussi bien que sa propre communauté d’origine que tous les moyens, même la mauvaise foi la plus éhontée, sont bons à prendre dans ce but :

  • ainsi le fait que les mahométans appartiennent à des catégories sociales diverses fournirait la démonstration de cette prétendue « inexistence » ou du moins qu’ils ne seraient pas un groupe [49] ;
  • la soudure avec la société française serait clairement en bonne voie du fait du taux élevé des mariages mixtes [50] ;
  • le taux très élevé de pratique religieuse chez les mahométans vivant en France est quant à lui balayé péremptoirement, en en attribuant la responsabilité à la « société globale » (sic) qui « vous met dans le sac portant l’étiquette musulman », ce qui serait la seule raison qui expliquerait que les immigrés maghrébins continuent (ou recommencent) à pratiquer cette religion [51] ;
  • la déculturation brutale produite par la confrontation avec « les valeurs individualistes de la société industrielle et post-industrielle » aurait enfin produit chez les immigrés mahométans des effets comparables (fragilité familiale, difficultés éducatives, alcoolisme) que la première révolution industrielle chez les ouvriers anglais du XIXe siècle, poussant ces derniers dans les bras des sectes protestantes.

Le mahométanisme, facteur contributeur du retour souhaité à l’égalité

Le point d’orgue de la démonstration vient lorsque Emmanuel Todd nous affirme que contrairement au catholicisme, rétrograde et coupable d’avoir freiné l’alphabétisation [52], le mahométanisme contribuera à ériger son utopie égalitariste.

Il nous invite alors, « au risque d’exaspérer Charlie, qui associe désormais l’identité nationale française au droit de blasphémer Mahomet » (sic) à « réfléchir à ce que l’Islam peut apporter à certains Français » [53]. Selon lui, en effet, la religion de Mahomet serait en réalité elle-même « égalitaire » :

  • d’abord, le mahométanisme contiendrait « une puissante valeur d’égalité des hommes » [54] et serait donc une « chance » pour la France ; les mahométans ont ainsi une forte prédisposition (à 80 pour cent) à voter à gauche [55] ;
  • les mahométans sont ensuite « plus proches de la tradition française centrale que ne le sont les provinces catholiques zombies ou l’idéologie républicaine » et par conséquent, « la culture arabe et musulmane transformée pourrait bel et bien contribuer au rétablissement d’un véritable républicanisme en France » [56] ;
  • les maghrébins des banlieues auraient « fait les neuf ou les dix dixièmes du chemin vers une conception égalitaire des statuts de l’homme et de la femme » [57] ;
  • l’auteur va enfin jusqu’à affirmer que dans les banlieues, « l’assimilation des valeurs familiales et idéologiques françaises est trop (sic) avancée » [58].

La résurgence de l’antisémitisme, élément d’une « partie de billard sociologique » dont est coupable lui aussi Charlie

Reste à traiter une zone d’ombre qui n’est pas la moindre de Qui est Charlie ? : la troublante sous-estimation de la dimension antisémite de l’évènement et le traitement que fait Emmanuel Todd de la montée de l’antisémitisme dans les banlieues.

L’auteur a raison de relever l’absence de prise en compte de la dimension antisémite des attentats, alors même qu’assassiner des gens simplement parce qu’ils sont juifs est plus grave que d’assassiner une rédaction engagée dans un combat [59].

L’antisémitisme des mahométans des banlieues, dont M. Todd ne conteste pas la réalité, est mis par lui sur le même plan que l’arabophobie des classes moyennes et expliqué par le besoin de trouver un bouc émissaire sans aucune référence au conflit proche-oriental.

C’est une fois encore « Charlie », un Charlie auquel on n’aurait quand même pas prêté de tels pouvoirs, que Emmanuel Todd rend responsable de l’antisémitisme mahométan :

« Charlie a réussi, au terme d’une gigantesque partie de billard sociologique, à mettre en danger les Français juifs en maltraitant les Français musulmans » [60].

France terre promise, ou fin de la France ?

L’exaspération que provoquent chez l’auteur les « Charlie » atteint son comble au moment de conclure son ouvrage, sur une note franchement pessimiste : « Ma génération ne verra pas la terre promise. » [61]

L’islamophobie, dont la montée en puissance lui paraît un scénario très plausible, serait la cause du basculement dans le radicalisme de mahométans « paisibles », notamment dans les régions du Centre égalitaire. Il sous-entend ainsi que de graves troubles à l’ordre public ne sont pas exclure, tout en le déplorant, affirmant que l’on assisterait alors à la fin de la France :

« La France n’a tout simplement pas les moyens d’une telle confrontation. Elle n’a pu survivre à l’expulsion des protestants et à la guerre de Vendée que parce qu’elle était alors la première puissance démographique européenne. Mais il est évident qu’aujourd’hui, la réduction à un statut de citoyens de deuxième zone de 10 % de sa population jeune et la fuite probable vers le monde anglo-américain des plus doués d’entre eux marquerait la fin de la France en tant que puissance moyenne » [62].

Selon Emmanuel Todd, les juifs et les asiatiques quitteraient ensuite à leur tour la France, car « le racisme […] ne s’arrête jamais à telle ou telle catégorie » [63]. Et pour couronner le tout, les provinces feraient à leur tour défection (même si on ne voit pas très bien pourquoi). [64].

Une coalition des « jeunes éduqués en voie d’appauvrissement », des milieux populaires et des mahométans, venant « bousculer » les cadres, les vieux et les catholiques zombies vers l’acceptation de l’égalité, paraît à Emmanuel Todd le seul recours réalisable contre cette éventualité d’une dissolution du pays [65], sauvant une France qui « ne demeure une vraie puissance européenne qu’en vertu de sa diversité » [66]. Elle est de l’aveu même de M. Todd peu vraisemblable, entre autres raisons parce que l’augmentation de l’espérance de vie augmente mécaniquement le poids démographique des personnes âgées, conduisant à ce qu’il appelle une forme d’immigration « imprévue et incontrôlée » [67].

Un aveuglement à fronts renversés, conduisant à une double méprise

Résumer le raisonnement d’Emmanuel Todd est un exercice périlleux, tant sa colère contre « Charlie » le pousse dans des directions multiples, tantôt prometteuses, tantôt très tirées par les cheveux. En arrondissant les angles quelque peu, pour lui, l’hostilité au mahométanisme est clairement raciste, parce qu’elle est la « religion d’un groupe dominé », alors que la responsabilité du nouvel antisémitisme de ce groupe dominé, qu’il a le mérite de ne pas enfouir sous le tapis, ne peut être à ses yeux que celle du groupe « dominant ». Et pour M. Todd, tout ceci révèle le réveil inconscient d’un différentialisme raciste et antisémite resté enfoui dans la mémoire collective des catholiques devenus« zombies ». Cette évolution expliquerait l’émergence récente du multiculturalisme à l’anglo-saxonne au détriment du traditionnel assimilationnisme français.

Or, alors que la droite et l’extrême-droite seraient souterrainement liées par un fond anthropologique égalitaire, la gauche (notamment le Parti socialiste, qui « n’en finit pas d’être du côté des riches et des vieux, après avoir fait campagne pour la défense des pauvres et des jeunes » [68]) et l’extrême-gauche seraient associées l’une à l’autre par l’entremise de la valeur d’inégalité [69].

Par conséquent, Emmanuel Todd n’attend rien des partis traditionnels, hormis peut-être du Front national. Seul le mahométanisme honni des classes dominantes peut contribuer positivement, « dans certaines circonstances et dans certaines de ses variétés », à l’équilibre psychologique des individus, à leurs bons résultats scolaires et à leur intégration réussie dans la société française [70].

Dans ce livre au plan baroque, écrit d’une main qu’on sent agitée par la colère, M. Todd alterne des analyses claires et étayées avec un aveuglement surprenant chez un homme aussi intelligent. Et en définitive, deux lacunes béantes ôtent toute pertinence concrète à son analyse : un refus absolu et dogmatique de prendre en compte, même à titre très subsidiaire, le rôle de la spiritualité, quel qu’en soit d’ailleurs l’application confessionnelle, d’une part ; et, d’autre part, son parti pris, peut-être inconscient, de ne pas même mentionner — encore moins d’étudier — la possibilité que la crise identitaire que vit la France, comme tous les autres pays européens, soit autre chose que la conséquence de retour en force des valeurs « inégalitaires » tant redoutées.

Ces deux lacunes conduisent Emmanuel Todd à se méprendre doublement : sur le destin et sur l’identité de la France. Son monde, nous l’avons vu, lui semble « dépourvu de sens ». Et pour lui, l’identité de la France, ce n’est pas ses traditions, savantes ou populaires, son mode de vie et encore moins son rôle de fille aînée de l’Église, tournée vers un destin surnaturel, fin raisonnable d’un roman national qui n’en fournit que les moyens, mais plutôt d’être une nation obsessionnellement égalitaire qui assimile de gré ou de force tout ce qu’elle attire chez elle. Utopie si funeste qu’on ne peut qu’espérer qu’elle restera cantonnée dans les savants confins des études consacrées à scruter, dans le moindre détail, les insaisissables « Charlie ».


[1Emmanuel Todd, La chute finale : Essai sur la décomposition de la sphère soviétique, Robert Laffont, 1976.

[2Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Le rendez-vous des civilisations, Seuil, 2007.

[4Une violente polémique est ainsi intervenue entre M. Todd et le Premier ministre que le premier avait comparé au maréchal Pétain ; Le Monde parle ainsi de simplisme ; Le Point d’imposture ; seul L’Express reconnaît qu’elles « ne sont pas toutes dénuées de vérité ».

[5Emmanuel Todd, Qui est Charlie ? : Sociologie d’une crise religieuse, op. cit., p. 192.

[6Ibid., pp. 31-32

[7M. Todd relève qu’un phénomène analogue s’est produit dans la partie protestante de l’Allemagne entre 1880 et 1930 (Ibid., p. 32), avec cette différence que contrairement au catholicisme, le protestantisme serait caractérisé par l’inégalité devant le salut.

[8Qui est Charlie ? : Sociologie d’une crise religieuse, op. cit., p. 49

[9Ibid., pp. 28-29.

[10Ibid., p. 114-115.

[11Ibid., p. 120.

[12Ibid., p. 123. Todd considère que la même distinction égalitaire/inégalitaire s’applique dans les autres pays, Allemagne, pays anglo-saxons, Japon, Corée étant inégalitaires et ayant réussi alors que les pays égalitaires (France, Italie, Espagne, Pologne) ont pris du retard. Le catholicisme zombie est en évidence en Flandre, en Vénétie, en Bavière, en Bade-Wurtemberg, en Pologne et constitue “l’armature réelle de la monnaie unique” (p. 127).

[13Pour comprendre comment M. Todd perçoit les « Charlie », on peut citer in extenso la description qu’il en fait : « La manifestation du 11 janvier fut grandiose. Ce serait une perte de temps que de reprendre tout ce qu’elle exprimait de positif selon ses acteurs : défense de la liberté d’expression, de la laïcité, ouverture au « bon islam » et au monde. Mais il suffit de concentrer notre attention sur les objectifs concrets de la manifestation pour atteindre ses valeurs latentes. Il s’agissait avant tout d’affirmer un pouvoir social, une domination, objectif atteint en défilant en masse, derrière son Gouvernement et sous le contrôle de sa police. L’identification au journal satirique Charlie hebdo révèle, quant à elle, la puissante dimension de rejet de la motivation manifestante. La République qu’il s’agissait de refonder mettait au centre de ses valeurs le droit au blasphème, avec pour point d’application immédiat le devoir de blasphémer sur le personnage emblématique d’une religion minoritaire, portée par le groupe défavorisé. »

[14Qui est Charlie ? : Sociologie d’une crise religieuse, op. cit., p. 19ff.

[15Ibid., p. 70.

[16Ibid., p 55

[17Il est important de bien comprendre la distinction que fait Emmanuel Todd entre catholicisme traditionnel et catholicisme zombie : ce dernier serait parfaitement incarné par François Hollande, fils d’un médecin catholique d’extrême-droite et d’une assistante sociale catholique de gauche : a contrario de l’adhésion au laissez-faire de ce dernier, le catholicisme traditionnel, résolument social, méprisait (on note que M. Todd s’exprime à l’imparfait) l’argent et encourageait chez les privilégiés un sentiment de responsabilité vis-à-vis des pauvres (Ibid., p.56).

[18Qui est Charlie ? : Sociologie d’une crise religieuse, op. cit., p. 64.

[19Ibid., p. 60.

[20Ibid.,p. 172.

[21Ibid., p. 120.

[22Ibid., p. 180.

[23Ibid., p. 106.

[24Ibid., p. 128.

[25Ibid. p. 17.

[26« Les 17 morts du 7 janvier furent-ils vraiment l’équivalent des 2977 morts du World Trade Center ? » (Ibid., p.16.)

[27Ibid., p. 15.

[28Ibid., p. 88.

[29La loi du 20 avril 1825 sur le sacrilège nous donne un exemple de ce qu’était encore, sous la Restauration, la gravité perçue de ce crime aux yeux d’une partie de l’opinion.

[30Les classes moyennes supérieures constituent 17 pour cent de la population française, les classes intermédiaires 25 pour cent, les classes populaires 57 pour cent, la classe dite « supérieure » ne dépassant pas 1 pour cent du total (Ibid., p. 92).

[31Ibid., pp. 59, 116, 117, 152, 164, 165, 169, 177.

[32Ibid., p. 23.

[33Ibid., pp. 162ff.

[34Ibid., p. 57.

[35Le PS est officiellement antiraciste, mais il a glissé vers le multiculturalisme, insistant sur le droit à la différence, « forme normale de la gestion post-catholique de l’immigré » (Ibid., p.170) qui ne marche qu’en période de prospérité, devant un système d’apartheid (« horizon vrai du multiculturalisme ») en période de crise. Il ne comporte plus que des restes d’universalisme « vrai » (Ibid., pp.170-171).

[36Ibid., p. 172. Quant au Front de gauche, il n’est pas assez radical économiquement pour Todd, qui en déduit qu’il s’agit d’un Parti socialiste « light », ce qui expliquerait son échec à attirer un électorat populaire de masse. Le Front de gauche serait néanmoins aussi, selon lui, essentiellement inégalitaire.

[37Ibid., p.128. Emmanuel Todd aborde également sous la forme d’une comparaison transnationale l’articulation entre autoritarisme et égalité, en réalité secondaire dans son raisonnement : la France serait un pays de liberté associée à l’égalité ; l’Angleterre, de liberté et d’absence d’égalité ; l’Allemagne, d’autorité et d’inégalité ; la Russie, enfin, d’autorité couplée à l’égalité. La France « Charlie » s’est selon lui éloignée de la Russie dont elle était proche sous de Gaulle, parce que ce qu’elles avaient en commun (l’égalité) s’est estompé en France, d’où le traitement particulier réservé à la Russie lors de la manifestation du 11 janvier 2015 (Ibid., p. 138).

[38Ibid., p. 122.

[39Toutefois, quand les revenus des « jeunes éduqués supérieurs », comme Todd les appelle, auront suffisamment baissé, ils seront à leur tour séduits par le vote Front national (Ibid., p. 114).

[40« Le concept d’islamophobie s’applique mal aux années 1980-1990. Arabophobie serait un terme plus exact. La “xénophobie universaliste” se préoccupe des différences concrètes, visibles, des mœurs et des manières. La “xénophobie différentialiste”, qui pense l’autre a priori différent, peut, elle, se passer de la réalité mais elle a besoin, pour désigner l’objet de ses attentions, d’une étiquette abstraite, idéalement religieuse. […] Le musulman a donc succédé à l’Arabe dans les représentations dominantes. » (Ibid., p. 155.)

[41Ibid., p. 161.

[42Ibid., pp. 227-228.

[43Ibid., p. 24.

[44Ibid., p. 141.

[45Ibid., pp. 143-144.

[46Ibid., p. 183.

[47Ou « musulman ».

[48Qui est Charlie ? : Sociologie d’une crise religieuse, op. cit., p. 186. Emmanuel Todd révèle sans le vouloir le peu d’attention qu’il accorde à ces questions d’identité qui, pour lui, n’existent pas ou n’ont pas lieu d’être, en affirmant faussement que Imad Ibn Ziaten, un des deux soldats victimes de Mohamed Merah à Montauban, serait mahométan alors qu’il était en fait catholique (Ibid., p. 187).

[49Ibid., p.187.

[50Ibid., p. 195.

[51Ibid., p. 190.

[52Le protestantisme et le judaïsme seraient a contrario progressifs, ayant « engendré des peuples de très haut niveau culturel » : « C’est sans doute la raison (non consciente) pour laquelle la majorité des Français, prisonniers de leur propre histoire, demeurent aujourd’hui incapables de percevoir positivement la religion. » (Ibid., p.208)

[53Ibid., p. 207. Emmanuel Todd prend quand même la précaution oratoire, sentant qu’il nage ici dans la mauvaise foi la plus totale, de préciser qu’il ne s’agit au fond « que d’élargir à certains autres systèmes religieux l’analyse proposée plus haut du catholicisme zombie, qui admettait non seulement le rôle négatif de l’Eglise dans bien des domaines mais aussi le rôle positif joué par la morale de coopération issue du catholicisme » (Ibid.p. 208).

[54Ibid., p. 210.

[55Ibid., p. 211.

[56Ibid., p. 216.

[57Ibid., p. 215.

[58Ibid., p.209.

[59Ibid., p. 108.

[60Ibid., p. 220.

[61Ibid., p. 243.

[62Ibid., p. 230.

[63Ibid., p. 230.

[64Ibid., p. 232.

[65Ibid., p. 238.

[66Ibid., p. 231.

[67Ibid., p. 239.

[68Ibid., p. 169-170.

[69Ibid., p. 176.

[70Ibid., p. 209. M. Todd appelle de ses voeux, — assez logiquement en somme compte tenu du postulat choisi, — un hypothétique mohométanisme zombie (Ibid., p. 210).

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