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Le Mans, souviens-toi de sainte Scholastique !

28 octobre 2019 lysenfleur ,

Sœur de saint Benoît, patronne du Mans vénérée par ses habitants depuis plus de onze siècles, Sainte Scholastique illustre une piété populaire que l’Église doit continuer d’incarner dans la vie diocésaine et le quotidien des provinces.

Dans la petite ville de Nursie, aux confins de l’Ombrie et de la Sabine, naquirent vers 480 deux jumeaux : Benoît et Scholastique, au sein d’une famille pieuse issue de l’aristocratie. Consacrée très vite au Seigneur, Scholastique demeure longtemps dans le giron de son père Euproprius tandis que son frère Benoît, après des études de droit et de lettres classiques à Rome, décidé à la solitude, prend l’habit à Subiaco. En 529, il quitte sa retraite pour s’établir au Mont-Cassin. Scholastique le suit de près ; d’un rayonnement tout à fait étonnant, elle rassemble de nombreuses vierges autour d’elle pour fonder un monastère soumis à la règle de son frère au bas de la vallée du Liris. La petite demeure pour les colombes, Palumbariola, était née. Une fois par an, Benoît et Scholastique s’assemblent et, les jours suivant leur dernière réunion, en 543, Benoît contemple l’âme de sa sœur sortir de son corps et monter au ciel sous la forme d’une colombe. Quatre jours plus tard, après avoir inhumé sa sœur dans un sépulcre préparé en l’abbaye du Mont-Cassin, le fondateur de l’ordre des Bénédictins rejoint à son tour le Père. Unis sur la terre et désormais au ciel, tant dans la tradition spirituelle que dans des siècles d’iconographie, leurs gloires se font mutuellement un écho éternel. Dom Guéranger, refondateur de Solesmes et restaurateur de l’ordre des Bénédictins en France, adressera à la sainte et à ses sœurs le mot charmant : « N’étaient-elles pas de véritables colombes, ces vierges semblables à celles que l’Époux désigne sous ce nom dans le sacré Cantique ? »

Statue de sainte Scholastique, église de la Visitation
A Sainte Scholastique,
Patronne de la cité,
Hommage de reconnaissance
6 août 1944

A la fin du VIIe siècle, sans doute entre 686 et 707, des Français originaires de l’Orléanais et du Maine rapportèrent dans l’Ouest les restes de saint Benoît et de sainte Scholastique dont les dépouilles avaient été laissées à l’abandon suite aux invasions du Mont-Cassin par les Lombards au VIe siècle. Saint Benoît fut porté à vénération à Fleury-sur-Loire, près d’Orléans, tandis que sainte Scholastique hérita du Mans au cœur du monastère que saint Béraire venait de faire élever entre les remparts gallo-romains et la Sarthe. Placé sous le vocable de saint Pierre, il ne tarda pas à prendre celui de sainte Scholastique. Cependant, Rome menaçait déjà d’excommunication les larcineurs mais Manceaux et Orléanais gardèrent les reliques qu’ils défendirent ensuite contre les Normands. Une partie importante du corps de sainte Scholastique repose désormais à Juvigny, alors dans le diocèse de Trèves, par ordre de Richilde, impératrice d’Occident et seconde femme de Charles Le Chauve. L’autre part est toujours aujourd’hui conservée en la collégiale Saint-Pierre-la-Cour, au Mans, jouxtant le palais des comtes du Maine.

Dans les siècles, sainte Scholastique bénéficia d’une attention particulièrement importante des Manceaux qui lui accordèrent une confiance absolue devant tout type d’événements. A l’heure des incendies, l’on présentait la châsse devant les flammes qui reculaient immanquablement. Les reliques de la sainte étaient régulièrement promenées à la requête des magistrats municipaux – selon une procédure qui traversa les siècles [1] – pour requérir la pluie ou la faire cesser, ou en 1572, pour avoir « la continuation du beau, hillaire, pacifique et sérénissime temps pour la conservation de la bonne et heureuse paix » [2], pour le succès des armées du Roi en 1635, pour endiguer la prolifération des chenilles en 1680 ou pour la fin de la contagion des élevages de bestiaux en 1747. En 1944, c’est à sainte Scholastique que l’on attribue la sauvegarde du Mans, libérée le 8 août 1944, peu avant sa date de destruction prévue. Cet assemblage de dévotions particulières mêlées de traditions locales que l’on retrouve dans de nombreuses villes de France permirent, bien au-delà du Mans, de conserver une pratique religieuse caractérisée par la participation de tous à l’unité de la religion romaine, et en même temps d’incarner la foi vivante.

Ainsi, sainte Scholastique marqua durablement la ville du Mans et plus largement le Maine : ses monuments jusqu’à sa statue trônant place de la République, adossée à l’église de la Visitation ou l’ancien monastère des Bénédictines de Laval, et la vie de la population ainsi que des magistrats qui développèrent, au fil du temps, le culte de la patronne. De la petite demeure des colombes à son ultime retraite au cœur du Maine, sainte Scholastique et ses petites sœurs, sans oublier son frère dont les pierres toutes bénédictines se dressent à Solesmes pour dernier clin d’œil, demandent aujourd’hui aux Mancelles et aux Manceaux de se souvenir d’elle, eux qui la chérirent tant, de la prier souvent, de lui accorder des processions populaires, ferventes, et de contempler la main invisible du Dieu qui la rendit immortelle.

lysenfleur

[1Dom B. Heurtebize et R. Triger, Sainte Scholastique, patronne du Mans. Sa vie, son culte, son rôle dans l’histoire de la cité, 1897, p. 347

[2Ibid, p. 347

28 octobre 2019 lysenfleur ,

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