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L’Éducation ou « l’Orgueil de vivre haut » - L’École des Roches

Cette lettre fictive est la deuxième d’une série de trois. Vous pouvez retrouver les deux autres ici :

II. L’École des Roches ou la fabrique des hommes

L’École des Roches est l’objet de notre deuxième volet. André Charlier, à la suite des pères du scoutisme français, a su tirer ce qu’il y a de meilleur dans la fraternité et la soif d’absolu qui caractérisent l’âge des jeunes hommes.

Cette école, fondée en 1899 sur le modèle anglais, vise l’excellence pour ses élèves. Né dans une famille anticléricale, André Charlier a toujours senti la présence divine au fond de son âme. Blessé de guerre, il devient professeur de littérature à l’École des Roches, en 1924, avant d’en devenir le directeur en 1941.

Il s’attache dès lors à développer l’intelligence de ses garçons, à éveiller les âmes et à former les caractères. Son ambition est d’aider ces jeunes hommes dans le combat qui se livre en eux entre « l’être faible, mou, sensuel et désordonné, et le vrai, joyeux et responsable, discipliné, pur et humble » selon la remarquable prière du Bienheureux Karl Leisner.

Comme au sein du scoutisme, les plus âgés, les Capitaines, veillent sur les plus jeunes, et reçoivent charge d’âme. « À la rigueur de la règle, André Charlier joignait toujours la souplesse dans son application, sachant bien que “les morales raides sont infiniment moins sévères que les morales souples” comme dit Péguy à la fin de la Note sur Bergson » commente Dom Henri [1].

Découvrons ici la lettre fictive d’un jeune engagé, ancien Capitaine de l’École des Roches, à André Charlier.


« Le 14 novembre 1943

Cher Monsieur,

Dans quelques heures, je rejoindrai ma compagnie. Demain, nous feront face à l’ennemi. Si je ne suis pas prêt à tuer pour la République, je suis prêt à mourir pour la France.

La peur me prend, et m’empêche d’ordonner correctement mes pensées. Les souvenirs de l’École m’offrent d’heureux moments. Je pense à la pièce de théâtre que nous avions joué, à l’hiver 39, alors que la guerre éclatait. Comment ne pas rire de l’allure de Pierre ? Son costume, son accent, son air ahuri étaient toujours la promesse de nombreux fous rires.

Je crève à l’idée de ne jamais revoir Paris. La Sainte Chapelle en premier lieu. Je ressens encore de tout mon être l’impression vertigineuse qui m’envahit, quand déjà troublé par la beauté discrète de la chapelle souterraine, j’entrais pour la première fois dans la grande chapelle. Je sus alors que les hommes étaient peu de choses, dépassées par une folie qu’ils saisiraient peut-être un jour.

Je pense également à la place Dauphine, derrière le Palais de justice où j’aimais tant aller respirer l’air pesant des prétoires. Cette place, au charme certain, me rappelait mon petit village de Vendée. Parcourant ses allées, je rêvais alors, un jour peut-être, d’y emmener l’être aimé.

Si je reviens de cette folie, j’aimerais réaliser ce rêve. Mais je tiendrai également à vous présenter celle que j’ai choisi, et à lui montrer l’École de mes plus belles années. Ah ! Que j’aimerais tant crier à toutes les femmes de cette terre : « Regardez ! Regardez ! Ici l’on éduque des hommes ! ».

Mes camarades de fortune sont bien loin des amitiés que j’ai pu tisser à l’École. Les gars, ici, sont si souvent grossiers, et démunis de toute espérance. Il me faut réunir toute l’énergie qu’il me reste pour tâcher aussi si souvent que je le peux, d’être le témoin d’un ordre plus fin et divin. Je m’efforce alors de requérir envers eux la même exigence dont vous faisiez preuve avec nous. Vos lettres me sont d’un grand secours. [2] Je les relis souvent.

Avez-vous des nouvelles de Nicolas dernièrement ? Je suis très inquiet. L’abbé Parrato m’a assuré il y a trois mois qu’il était en bonne santé, mais Jean dit l’avoir vu blessé. J’espère par ailleurs que votre épouse se porte bien, et vous charge de lui transmettre mes hommages les plus respectueux.

Monsieur, je voudrais vous remercier une nouvelle fois des années que vous avez consacré à me donner une structure morale, à m’apprendre à m’émerveiller, et à me donner. Qu’on me prenne la vie, restera le doux sentiment d’avoir été fidèle à la plus belle idée de celle-ci.

Que le Seigneur bénisse l’École des Roches,

Je vous embrasse très respectueusement,

Amalric Lagalletière  »

Foulques de Hilgarde
Cette lettre fictive est la deuxième d’une série de trois. Vous pouvez retrouver les deux autres ici :

[1Dom Henri, André Charlier, Le prix d’une œuvre, Ed. TerraMare, 600 p.

[2André Charlier,Lettres aux Capitaines, Ed. TerraMare, 2010, 255 p.

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