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Fêter les saints puis commémorer les morts

Le titre de cet article fut choisi avant l’annonce du reconfinement et des sordides actualités marquées une nouvelle fois par la fureur mahométane sur le sol de notre patrie. Pourtant, il exprime assez bien la réalité que nous éprouvons actuellement. Car oui, il est nécessaire de fêter nos saints qui ont aussi, pour certains d’entre-eux, subi le martyre des islamistes et nous ont par leur attitude ineffable laissé un témoignage d’abnégation, de combativité et de courage face à l’épreuve. Oui, il est aussi nécessaire de commémorer nos morts, ceux de notre famille, ceux de notre Nation, ceux qui sont morts de l’épidémie et ceux qui sont morts de la peste islamique.

En effet, l’Église a pour habitude liturgique de fêter ses saints le 1er novembre et ses morts le lendemain. La Toussaint est bien connue des français en tant que jour férié signifiant souvent le chômage d’un jour normalement travaillé. Les catholiques pratiquants ou moins pratiquants la connaissent bien sûr mais au point malheureusement de mettre de l’ombre sur la fête suivante consistant à célébrer les morts. Pourquoi l’Église militante, c’est-à-dire l’Église en action sur terre fête-t-elle l’Église triomphante en la personne de ses saints et l’Église souffrante composée des âmes en voie de purification et ayant le regard tourné vers la sanctification ? La réponse à ces deux questions fera logiquement l’objet de deux parties.

Fêter les saints

La Toussaint est une fête relativement tardive puisque, d’origine irlandaise, elle est popularisée dans l’Angleterre du VIIIe siècle. L’empereur Louis le Pieu l’institue dans tout l’Empire en 833. Son existence est attestée à Rome au Xe siècle. La fête de tous les saints est depuis lors célébrée partout avec une grande solennité précédée d’un jeûne préparatoire et d’une vigile. La vigile qui avait pour but de demander devant la cour des saints le pardon des péchés et d’implorer leur intercession a été supprimée en 1955.

Comme le réclame l’Introït de la messe repris de celui de la messe de Sainte Agathe (5 février) : « Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd’hui est celle de tous les Saints. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu. » Cette réjouissance n’est que justice car comment imaginer que l’Église ne récompense pas ses combattants de la foi [1]. « Il ne faut pas s’étonner que le même Dieu, créateur du ciel et de la terre, donne, en vue du royaume des cieux, de plus grands préceptes, après en avoir donné de moindres pour celui de la terre. » [2] Ces combattants, qui ont tous soit enduré le martyre et ses atroces souffrances corollaires, soit éprouvé d’horribles tentations ou des misères spirituelles, soit affronté le mépris du monde ou livré bataille intellectuelle aux erreurs de leur temps, sont rétribués par la vie éternelle.

L’apocalypse de St Jean note : « Je vis une grande multitude, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue ; ils se tenaient devant le trône et en face de l’Agneau, vêtus de robes blanches, et ils avaient des palmes dans leurs mains. Et ils criaient d’une voix forte, et disaient : Le salut est à notre Dieu, qui est assis sur le trône, et à l’Agneau. » Les saints sont donc à l’honneur lors de la Toussaint afin de donner du courage à l’Église militante dans sa quête du salut. Si tout le monde peut être sauvé à condition de vivre une vie dans la crainte filiale de Dieu, le niveau de gloire dans les cieux dépendra de la part que nous avons prise au sacrifice du Christ sur cette terre. Il y a donc bien égalité dans l’accès au ciel mais inégalité dans la gloire des cieux. Comme le rappelle Saint Matthieu dans l’Évangile de la Toussaint :

« Heureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu ! Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux ! Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux. »

Commémorer les morts

Après avoir fêté joyeusement ses saints, l’Église pense charitablement aux âmes en voie de sanctification c’est-à-dire à celles retenues dans le Purgatoire pour purger les fautes vénielles et payer les peines temporelles associées au péché. « Il est des fautes insuffisamment graves pour fermer sur notre tête les portes du ciel et ouvrir sous nos pieds le gouffre infernal, mais qui pourtant doivent recevoir, ou ici-bas ou dans l’autre monde, le châtiment proportionné » [3]. Il s’agit donc de prier pour les âmes du Purgatoire afin de soulager leurs souffrances. Les théologiens donnent souvent cette image d’une âme subissant des brûlures incessantes tout en gardant la saine espérance de contempler un jour le visage de Dieu. Le 2 novembre, l’Église militante se souvient donc de ses fidèles défunts en transition douloureuse vers la béatitude éternelle. Comme le rappelle le Concile de Trente : « Les âmes du purgatoire sont secourues par les suffrages des fidèles, principalement par le sacrifice de l’autel. » Par le Saint Sacrifice de la messe, le prêtre présente le corps et le sang du Christ en vue de sauver les âmes, et notamment celles du purgatoire. Comme l’indique le Trait de la messe : « Absolvez, Seigneur, de tout péché, les âmes de tous les fidèles défunts. V/. Afin que, par le secours de votre grâce, elles puissent échapper à une sentence défavorable. V/. Et jouir, au contraire des splendeurs de l’éternelle béatitude. »

La commémoraison des fidèles défunts apparaît dans les liturgies latines au XIe siècle sous l’influence de la pratique bénédictine généralisée par Saint Odilon, abbé de Cluny. Comme le rappelle le Bienheureux Cardinal Schuster [4] :

« Nous connaissons l’édit de saint Odilon. Il est de 998 mais ne regarde que les monastères qui dépendaient alors de Cluny et dont le nombre atteignait plusieurs centaines, répandus en France, en Espagne et en Italie. Dans ce document, le pieux Abbé ordonne que le Ier novembre, après les vêpres solennelles, les cloches sonnent le glas funèbre et que les moines célèbrent au chœur l’office des défunts. Le lendemain, tous les prêtres doivent offrir à Dieu le divin sacrifice pro requis omnium defunctorum. Cet usage fut très favorablement accueilli, d’abord dans les différents monastères bénédictins, puis, peu à peu, dans les rituels diocésains, à Liège par exemple (1008), à Besançon, jusqu’à ce qu’il devînt un rite commun à toute l’Église latine. »

C’est sous l’influence du pape Benoît XV (1854-1922) que la dévotion envers les âmes du purgatoire s’est accentuée. En effet, il permit aux prêtres de célébrer trois messes le 2 novembre : une messe à une intention particulière, une messe dédiée aux morts de manière générale et une troisième messe pour pallier à la confiscation des biens de l’Église sous la Révolution qui avait anéanti les efforts des anciens en vue d’orner fastueusement les autels et les églises en hommage à leurs morts.

Il est bien dommageable pour les âmes contemporaines que la saine doctrine des fins dernières ne soit plus que trop rarement enseignée. Il est pourtant bien conseillé de méditer sur l’Enfer et la peine de damnation éternelle qui y est associée mais aussi sur les grandes souffrances liées au Purgatoire. Beaucoup d’âmes se sont sauvées par peur de l’Enfer mais aussi du Purgatoire. Faire croire aux catholiques que tout le monde sera sauvé ou qu’au pire ils iront au Purgatoire relève de l’irresponsabilité pastorale la plus totale sans compter que l’Évangile indique le contraire à de nombreuses reprises. En voici un exemple éloquent : « Seigneur, est-ce vrai que peu de gens seront sauvés ? Il répondit : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer et ne pourront pas. » (Luc 13 23-24)

En ces temps troublés, profitons de ces deux jours pour bien prier et méditer sur les vertus héroïques de nos saints qui ont su supporter tant d’épreuves et pour offrir nos prières, dans le cadre de cette « grande fête des pauvres âmes » selon l’heureuse expression de Saint Pie X, aux défunts de nos familles.

Karl Peyrade

[1Sermon de saint Béde le Vénérable, moine anglais.

[2Sermon de saint Augustin, évêque.

[3Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum.

[4Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum.

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