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[VÉGANISME] Le véganisme à la lumière de la discipline ascétique chrétienne

Il n’est pas imprudent d’avancer que la question alimentaire est un thème central à toute pensée religieuse. Chaque religion possède soit des interdits alimentaires, ou au contraire des pratiques alimentaires imposées, ou encore des rituels alimentaires liés à ceux des sacrifices. Source et condition de la vie, la nourriture devait logiquement, dans le paganisme des nations, être l’objet d’une attention toute particulière de la part des hommes soucieux de se ménager la bienveillance de leurs idoles. Les formes intellectualisées, plus tardives, de ces religions développèrent souvent des interdits liés à des questionnements moraux. Ainsi, des formes de végétarisme plus ou moins souples existent depuis longtemps dans des pensées religieuses ou philosophiques se fondant en cela sur un refus de la violence et de l’acte de donner la mort. Quant au judaïsme, la religion révélée par Dieu dans le cadre de Son ancienne alliance, il comporte un code alimentaire reposant sur des valeurs symboliques qui a pu en étonner plus d’un. La religion mahométane, plus tard, reprendrait de manière assez myope certains de ses articles, en en gardant moins la complexité que la rigidité.

Les premiers exemples de régimes véganes, c’est-à-dire excluant tout produit d’origine animale, sont en revanche particulièrement récents à l’échelle de l’humanité, pour des raisons que les nutritionnistes et biologistes rappellent souvent : un tel régime ne peut être soutenu que dans un contexte mondialisé où l’on peut faire venir de partout sur la planète la totalité des aliments nécessaires pour compenser les carences en certains éléments qui proviennent, dans une alimentation traditionnelle, des aliments d’origine animale. Aucune pensée religieuse ou philosophique de l’histoire n’a donc fait appliquer un régime végane, d’après notre connaissance de notre passé.

On peut cependant noter que l’ascèse chrétienne, telle qu’elle est pratiquée par les plus endurants des croyants depuis les premiers temps, ressemble de très près à un régime végane. Dans les codifications byzantines, le système suivant apparait :

Régime omnivore Par défaut ; entre un tiers et la moitié de l’année
Suppression de la viande Semaine de la Tyrophagie (qui précède le début du Grand Carême)
Suppression des œufs et produits laitiers Les jours de grandes fêtes qui tombent sur une période normalement jeûnée
Suppression du poisson Les mercredis et vendredis de la période pascale ; les samedis et dimanches en carême ; Jeudi Saint
Suppression du vin et de l’huile Les quatre carêmes (respectivement pour Noël, Pâques, les saints apôtres Pierre et Paul, et la Dormition) ; tous les mercredis et vendredis de l’année ; la veille de la Théophanie ; le jour de la Décollation de saint Jean Baptiste
Xérophagie (consommation de fruits, légumes cuits à l’eau, noix, sans épices) Version de la discipline précédente souvent appliquée dans les monastères
Jeûne intégral Vendredi Saint et Samedi Saint ; certains moines jeûnent intégralement les lundis, mardis et mercredis de chaque semaine du Grand Carême

On observe ainsi que le régime suivi environ deux cents jours par an est celui de la privation de viande, d’œufs et de produits laitiers, de poisson, de vin et d’huile. En pratique, un chrétien qui suit strictement la discipline byzantine est donc « végane » pendant plus de la moitié de l’année. On notera à cet égard que la discipline appliquée pendant longtemps dans le monde latin était à peu près équivalente, jusqu’à connaitre de sérieuses modifications à l’ère contemporaine. Partant, il n’est pas inutile de s’interroger sur la signification que recouvre une telle pratique.

Il est évident que l’on ne peut pas qualifier au sens plein le régime alimentaire présenté ici de végane : on peut y manger de la viande une partie importante de l’année (dans sa célèbre homélie pascale, saint Jean Chrysostome invite d’ailleurs tous les fidèles à manger du veau gras qui a été préparé), et le sacrifice d’Abel, agréé par Dieu, était celui des prémices de son troupeau ; le Christ Lui-même, après Sa résurrection, ainsi que le rapporte saint Luc, mangea un poisson avec Ses disciples, ce qui signifie bien qu’il n’y a pas d’interdit total sur la consommation d’êtres vivants. Les apôtres insistèrent d’ailleurs sur l’abolition du code alimentaire hérité de l’ancienne alliance. En outre, on peut noter que le miel n’est jamais proscrit dans les textes qui font autorité, ce que l’on peut rapprocher du fait qu’il faisait partie du régime extrêmement austère adopté par saint Jean le Baptiste au désert. Même dans les monastères, où l’interdit le plus rigoureusement appliqué est qu’on ne mange jamais de viande, le poisson est fréquemment sur les tables : distinction impensable dans une démarche réellement végane. Enfin, que l’huile et le vin (c’est-à-dire l’alcool) figurent parmi les interdits les plus fréquents montre aussi qu’il ne s’agit pas, dans le christianisme, de s’en tenir à une abstention de tout produit animal.

En effet, la démarche adoptée durant le Carême se double d’un impératif quantitatif [1] : les Pères conseillent à leurs disciples de toujours manger un peu moins qu’il n’en faudrait pour se rassasier ; et la xérophagie, voire sa version extrême, qui consistait en Palestine à ne manger que quelques racines trouvées à même le sol, manifestent bien que c’est avant tout l’alimentation comme plaisir qui est visée [2]. Cela est proprement incompatible avec le mode de vie végane tel qu’il se développe aujourd’hui, avec des recettes copieuses et ambitieuses, qui tentent parfois d’imiter avec plus ou moins de succès le goût des aliments fabriqués à base de produits animaux. L’idéologie végane insiste au contraire fortement sur le bien-être, qu’elle se propose simplement de combiner à une démarche considérée comme éthique. On pourra même trouver que l’impératif donné par le Christ de ne jeûner qu’en secret est diamétralement opposé au bruit que font souvent les adeptes du véganisme autour de la vertu morale qui procède selon eux de leur démarche.

Il est vrai cependant que, parmi les motifs fréquemment invoqués dans l’hymnographie qui entoure le jeûne durant le Grand Carême [3], celui du retour au Paradis, dans lequel les animaux vivaient en harmonie ensemble autour de l’homme, et où la mort n’avait pas de prise, est fréquent. Cela est vrai aussi, dans une moindre mesure, du monachisme, dans lequel toute consommation de viande est interdite (à de très rares exceptions près, notamment en cas de maladie, pour refaire les forces du moine) même si, comme nous l’avons vu, le poisson et les autres produits animaux ont leur place sur les tables. Adressée à tous les fidèles, qui demeurent entièrement libres de l’appliquer [4], et qui l’appliquent selon leurs possibilités, en accord avec leur confesseur, cette discipline est un élément parmi d’autres qui visent à la fois à anticiper le monde transfiguré et ressuscité, réconcilié en Jésus Christ (dans lequel, selon le prophète Isaïe, « le loup et l’agneau paîtront ensemble » [5]) et dans lequel le cycle de la vie et de la mort aura disparu, et à entrer dans une démarche de pénitence et d’austérité pour se préparer à la joie de Pâques.

L’hymnographie byzantine insiste souvent sur l’inversion du cycle du plaisir et de la douleur : à l’acte sexuel succède l’enfantement dans la douleur, et aux sept vaches grasses du rêve de Pharaon [6] succèdent les vaches maigres, symbole de famine. Souvent, le péché d’Adam et Eve est présenté comme de la gourmandise, et la transgression est associée à une incapacité à se retenir de manger, car manger est une image de l’assouvissement des désirs, et de la domination sur le monde qui entoure l’être humain. Ce cycle, dans le monde chrétien, est inversé : à l’effort et à l’ascèse succéderont les joies du Paradis. Ainsi, là où les sept vaches maigres suivaient les sept vaches grasses, depuis la venue du Christ et la Rédemption, autour de la fête de Pâques, sept semaines de réjouissances (la période qui va jusqu’à la Pentecôte) succèdent à sept semaines de privations (les six semaines de la sainte Quarantaine et la Semaine Sainte [7]). À la fois comme anticipation du Paradis et combat spirituel pour la sanctification, le Carême est donc bien plus qu’une démarche éthique, mais il est vrai qu’on peut y voir, comme en filigrane, une tension vers l’abolition du cycle de la vie et de la mort, qui est toujours vu, dans le christianisme, comme une conséquence directe du péché ancestral, qui fit rentrer la mort dans la création, là où Dieu avait voulu l’homme immortel.

Dans son discours sur la gourmandise comme péché, la tradition byzantine va même plus loin : les homélies de saint Jean Chrysostome expriment souvent l’idée que l’excès d’aliments est une source de nuisances pour le corps, qui s’en trouve alourdi, et aussi pour l’esprit, qui ne peut, dès lors, se concentrer, lors des offices, sur la prière. Même hors des temps de carême, le grand archevêque de Constantinople recommandait donc à ses fidèles de s’abstenir de toute gourmandise, en ne prenant pas prétexte d’une absence de restriction dans le calendrier pour se livrer à des plaisirs de toute façon inutiles et propres à détourner de Dieu. L’alimentation vue comme un outil au service de la vie est sujette à des excès, comme tous les autres outils (l’argent, mais aussi la sexualité [8]) que Dieu a donnés à l’homme pour « croître et se multiplier ». C’est lorsque l’homme s’adonne à la jouissance effrénée et sans limite de ce qui n’est qu’un outil que l’on parle de péché, et la nourriture n’est pas une exception : ce péché, comme toujours, se répercute sur la totalité de la personne humaine, et engendre les désordres énumérés avec éloquence par saint Jean Chrysostome.

Il est certain, à cet égard, que notre société occidentale fait un usage excessif de la nourriture. Sans parler du gaspillage qu’engendre un modèle productiviste absolument pervers, on sait que la consommation notamment de viande est très largement supérieure à celle qu’exige un régime équilibré : là où chacun pourrait se contenter d’une ou deux portions par semaine, il n’est pas rare de voir des ménages proposer des repas contenant de la viande une à deux fois par jour. Cet excès, qui s’est répandu dans les dernières années à tout un marché de pays émergents, repose historiquement sur un mécanisme de prestige social, qui veut que consommer de la viande de manière très fréquente, comme le faisaient par exemple les cours d’Europe, soit un signe de richesse. Par suite, l’accoutumance à un tel rythme alimentaire, très rapide, fait qu’il est difficile de se déshabituer et de revenir à une consommation plus raisonnable. La médecine montre bien, pourtant, que cela est tout à fait faisable ; elle montre par ailleurs le lien qui existe entre la prolifération de certains cancers et la consommation massive de viandes rouges, surtout lorsqu’elles sont de la qualité exécrable que l’on trouve dans la grande distribution alimentaire.

Notre époque redécouvre par ailleurs les vertus thérapeutiques du jeûne. Hippocrate lui-même conseillait le jeûne comme moyen de soigner les petits maux, et l’on sait aujourd’hui qu’un jeûne intégral de trois jours, s’il est moralement éprouvant [9], permet de régénérer le système immunitaire. Il n’est pas impossible que le monde grec, directement héritier des enseignements des savants de l’antiquité, ait adapté cette pratique au calendrier chrétien. De fait, allant parfois jusqu’à l’excès de maigreur (qui correspond à l’adage ascétique qui veut que l’effort du moine consiste à faire de son corps un cadavre, pour anticiper la mort dans cette vie), le régime de privations tel qu’il existe tout au long de l’année dans la discipline byzantine est une arme d’une grande radicalité contre le surpoids et bien d’autres problèmes de santé.

Il ne peut pas, néanmoins, être question de présenter le jeûne chrétien comme un outil de régulation sanitaire : son but, dans le carême, est d’orienter le regard vers les réalités spirituelles (la lecture de l’Écriture et les offices constituant alors, selon les textes liturgiques, une nourriture qui remplace celle du corps), et d’accompagner la pénitence qui doit présider à la préparation de la fête finale (concernant le carême précédant la fête des saints Apôtres, ce jeûne est même considéré avant tout comme nécessaire pour se recentrer après les festivités qui ont suivi la fête de Pâques). En outre, si Hippocrate recommande des jeûnes ponctuels, et la médecine moderne des jeûnes réguliers de courte durée, la pratique de plusieurs périodes longues de quarante jours (deux fois dans l’année, voire trois lorsque Pâques arrive tôt dans l’année, et que le début du carême des saints Apôtres, qui dépend d’elle mais s’achève à date fixe, est précoce) selon les modalités que nous avons décrites plus haut, n’existent pas telles quelles dans l’histoire de la médecine. Si un équilibre sanitaire en procède, il ne peut être considéré que comme un effet secondaire, sachant, encore une fois, que le bien-être et l’idéal hygiéniste ne sont absolument pas des impératifs chrétiens.

Il n’en demeure pas moins qu’en appelant les fidèles à des privations si régulières, le résultat objectif de la discipline ascétique chrétienne est la réduction drastique de la consommation de chair animale comme de la plupart des produits issus des animaux. De même, en insistant sur la renonciation aux plaisirs de la table pendant une grande partie de l’année, cette discipline est aux antipodes du système qui a conduit dans ces dernières décennies à une production intensive de produits présentés comme luxueux, souvent d’agrément plus que de nécessité, qui sont désormais présents dans des quantités invraisemblables dans les marchés occidentaux. Il n’est que de voir la diffusion des fruits et légumes exotiques, considérés désormais comme des éléments constitutifs du régime alimentaire de base dans le monde occidental [10], mais aussi le chocolat, café et autres denrées anciennement onéreuses, que tout le monde peut se permettre désormais. La contrepartie de cela, bien évidemment, est la qualité désastreuse de ces fruits cueillis à peine formés, et dont le processus de maturation n’a plus rien à voir avec ce qui les a rendus goûteux par le passé ; de même, la composition à peine croyable de produits appelés « chocolat » et diffusés massivement par des marques industrielles dans les pays anglo-saxons, mais dont la teneur en cacao est honteusement faible. Les ménages pauvres ont, parait-il, « droit » au chocolat ; ils y ont à peine plus accès qu’il y a cent ans, quoique des entreprises qui se sont battues pour le droit d’appeler chocolat ce qui n’en est pas s’enrichissent continuellement en leur faisant acheter leurs produits.

Or, le même système s’applique aussi aux produits animaux : le fromage, pris en otage par les industriels, n’est plus qu’un ersatz dont le goût stéréotypé est produit artificiellement à l’aide de ferments ajoutés au lait caillé ; les œufs, produits à des cadences infernales (facilitées par l’enfermement des poules dans des hangars, où elles sont exposées à des éclairages réglés sur des cycles de dix-huit heures) parviennent sur nos marchés avec des coques trop fragiles et un jaune extrêmement pauvre. La viande elle-même, la bête étant vendue au poids et le plus vite possible, n’a pas le temps de s’imprégner de graisse et donc d’acquérir son goût ; et l’on découvre à peine que la viande d’une vache qui n’a jamais couru de sa vie (ce qui représente une part croissante de notre cheptel, et déjà la majorité de celui des États-Unis) n’a pas la consistance et donc la qualité de celle d’une vache qui a passé sa vie sur les prés. En rationalisant la production et en réduisant le vivant à de la masse alimentaire, le secteur industriel a tout simplement banni la qualité de ses produits, tout en remplaçant le goût perdu par des ajouts de sucres qui sont la première cause de l’épidémie d’obésité morbide qui se répand en Occident. Cela, en même temps que ces techniques ont transformé l’agriculture fermière, dans laquelle les animaux étaient soignés et aimés, en un enfer métallique et bétonné.

Ce sort qui est fait de nos jours aux animaux domestiqués que nous élevons depuis des millénaires ne saurait laisser un chrétien indifférent. S’il n’a jamais été question, pour un chrétien, d’affirmer que l’homme est l’égal de l’animal, ni même, comme nous avons pu le voir, d’interdire toute consommation de produits animaux, il n’en demeure pas moins que l’homme, selon le récit biblique de la Genèse, s’est vu confier l’intégralité du vivant par Dieu pour qu’il le garde et le dirige. C’est une insulte à notre mission que de modifier aussi brutalement la vie de ces animaux (les vaches ainsi exploitées vivent en moyenne quatre fois moins longtemps que leur espérance de vie normale, épuisées par les grossesses forcées et par les quantités invraisemblables de lait qu’on tire d’elles), et de les soumettre à des traitements qu’on peut qualifier de tortures. À cet égard, le travail de documentation réalisé par des agences qui promeuvent le véganisme (L214, notamment) est précieux, car il permet de rendre compte de ce que constitue le quotidien et la mort de ces animaux. Une telle négligence de la vie qui nous entoure n’est pas envisageable ; elle est le signe d’une société profondément déshumanisée, en ce qu’elle ne prend pas soin de ce qui lui a été confié.

Comment ne pas voir, dès lors, qu’en jouant sur le point critique qui a précipité la crise éthique que nous vivons, c’est-à-dire sur la quantité nécessaire pour soutenir un régime excessif, empreint de vanité sociale, mauvais pour la santé, et nocif pour la planète, la discipline ascétique chrétienne se présente de fait comme une solution au problème que nous vivons. Sans ressembler à la manie prescriptive que l’on trouve dans le coran ou les autres textes sacrés mahométans, le christianisme ne se limite pas à un discours purement spirituel ; ou plutôt, son discours spirituel trouve naturellement des applications concrètes dans tous les aspects de la vie humaine, manifestant que la volonté de Dieu guide le chrétien dans chaque instant de sa vie, au-dedans comme au-dehors des églises. En appelant à la modération, et à une forme raisonnable de privation, l’ascèse chrétienne instaure de fait un mode de vie où l’abus alimentaire est à peu près absent. Rien, bien sûr, ne vient contraindre la personne à adopter un rythme alimentaire modeste et raisonnable, et donc garantir la réussite de cette démarche [11] : encore une fois, la pression sociale est un outil à bannir lorsqu’il s’agit de suivre la discipline de l’Église [12] ; cependant, il est peu probable que les agissements violents de quelques extrémistes du véganisme actuel soient une manière acceptable de faire accepter à toute une population les principes dont ils se réclament. En cela, l’Église agit comme elle l’a toujours fait : tout en laissant sa liberté à l’homme, elle lui recommande sans ambages de se conformer à ce que les apôtres nous ont laissé dans la Tradition, comme moyen de se dépouiller de ses passions et de ses pulsions pour devenir un être spirituel et se transformer à l’image du Christ. C’est le Christ, nouvel Adam, qui a reçu, comme l’annonça Marie-Madeleine, le rôle de « jardinier », de pasteur de la Création ; en se modelant à son image et en renonçant pour partie aux plaisirs de ce monde, l’homme se fait aussi « bon pasteur », et apprend à prendre soin de ceux que Dieu lui avait demandé d’amener à la perfection.


[1Sur le carême et le sens spirituel que lui donne la tradition byzantine, on lira avec profit le livre du père Macaire de Simonos-Pétra, Mystagogie du Grand Carême paru aux éditions Apostolia, source d’information précieuse pour cet article.

[2Les typika, textes de fondation d’un monastère, qui établissent entre autres les normes alimentaires pour la communauté monastique, prévoient pour le carême des plats particulièrement austères, voire une absence totale de plats cuisinés, remplacés par quelques fruits.

[3S’il est vrai qu’il y a, en sus du Grand Carême qui prépare à Pâques, trois autres carêmes dans l’année, seul le premier s’accompagne d’une modification profonde de la liturgie quotidienne, notamment par l’ajout d’une hymnographie extrêmement riche sur le sens du jeûne et de la préparation à la Fête des fêtes.

[4Fermement recommandée, et conditionnant souvent l’accès à la communion dans les monastères, cette discipline, comme toutes les autres dans la tradition chrétienne, ne saurait néanmoins être imposée de force aux fidèles.

[5Is 65, 25.

[6Gn 41.

[7Là où le comput latin exclut du compte des quarante jours de carême les dimanches, non jeûnés, le comput byzantin compte quarante jours depuis le Lundi Pur jusqu’au Vendredi de la sixième semaine, et la Semaine Sainte est à part. Cette séparation est manifeste dans l’hymnographie, consacrée à la pénitence pendant quarante jours, tandis que celle de la Semaine Sainte se focalise sur la montée du Christ vers la Passion et la Résurrection. Entre ces deux périodes, le Samedi de Lazare et le Dimanche des Rameaux font office de transition, et en quelque sorte de répit.

[8La distinction entre homme et femme est, selon l’exégèse courante du monde oriental, une réponse anticipée au péché sous l’arbre de la connaissance, qui devait condamner l’homme à la corruption.

[9C’est en général après trois jours que la sensation de faim disparait et que le corps, accoutumé, se met à vivre sur ses réserves.

[10Hautement ironique est, par exemple, l’ajout de l’avocat dans la recette des sushis, considéré comme la marque de fabrique des makis californiens : l’avocat pousse très peu aux États-Unis, mais a connu dans ce pays une popularité massive.

[11À bien des égards, le christianisme dit à l’homme que c’est lorsqu’il sera authentiquement chrétien que le monde ira mieux, par l’abandon fait pour Dieu de la passion humaine.

[12L’interdiction des laitages en Europe occidentale au Bas Moyen-Âge fut rapidement contournée par des systèmes de dispenses très élaborés et vénaux ; et l’on sut parfaitement requalifier en poisson un certain nombre de viandes servies à la cour des rois de France.

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