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Sermon de l’abbé Patrick Faure - Dimanche 12 mai 2013 « Jeanne d’Arc et le redressement de la France »

Cette homélie de l’abbé Patrick Faure est publiée sur le R&N avec son aimable autorisation.

Jeanne d’Arc et le redressement de la France

Solennité de Sainte Jeanne d’Arc

Dimanche 12 mai 2013

forme extraordinaire

Mes frères [1],

Comme chaque année, la forme extraordinaire de la liturgie catholique célèbre la solennité de sainte Jeanne d’Arc le deuxième dimanche de mai, pour coïncider avec la fête civile à laquelle plusieurs d’entre vous viennent de participer. Je leur souhaite la bienvenue dans cette paroisse de saint-Eugène sainte-Cécile, du diocèse de Paris. Le deuxième dimanche de mai a été retenu par la loi du 10 juillet 1920 pour commémorer la levée du siège d’Orléans accompli sous la conduite de la Pucelle le 8 mai 1429.

La richesse du personnage de Jeanne est telle que la plupart des composantes politiques de la France ont pu ou peuvent encore se réclamer d’elle. Sa sainteté reconnue par sa canonisation en 1920, sa réussite à faire sacrer le roi Charles VII à Reims, ou encore sa proximité avec les ordres mendiants et sa sollicitude envers les soldats malheureux, y compris du camp ennemi, sont autant de grandeurs qui réunies dans sa personne font d’elle l’image vivante d’une France réconciliée avec elle-même et revenue de ses divisions les plus profondes.

Cela étant, la richesse du personnage de Jeanne est connue par la richesse des sources historiques incomparables que sont les archives de ses deux procès, celui de sa condamnation qui s’achève en 1431 au bûcher de Rouen, et celui de sa réhabilitation, 25 ans plus tard en 1456. La science historique la plus sérieuse connaît beaucoup de choses sur la Pucelle d’Orléans. Et cette connaissance expose aux regards de tous une épopée fulgurante que Jeanne a toujours référée clairement et explicitement à l’action de Dieu, et plus précisément à la volonté du Christ « le Roi du ciel ».

Dans la vie et la carrière de Jeanne, le surnaturel n’est pas une option. C’est un fondement déclaré, un principe actif et permanent. Le rationalisme, même patriotique, occupé à sculpter la figure de Jeanne en rationalisant scrupuleusement ses visions, ses voix, ses prouesses et sa stature de chef de guerre, n’est tout simplement pas scientifique au regard des témoignages transmis par les archives ou au regard des analyses d’experts militaires d’hier et d’aujourd’hui. Avoir entre 17 et 19 ans, venir d’un milieu rural à la frontière d’une petite enclave de France perdue en Lorraine, ne savoir ni lire ni écrire, et prédire dès Domrémy le sacre de Reims, dès Vaucouleurs, la levée du siège d’Orléans, dès le procès de Rouen la libération de Paris avant 7 ans, et prédire aussi dès l’examen de Poitiers, puis à nouveau la veille même qu’elle n’arrive, la blessure reçue au corps au-dessus du sein, le 8 mai à la levée du siège d’Orléans, voilà qui échappe à la raison raisonnante, et qui oppose la résistance des faits à la résistance de l’irréligion.

Qu’on le veuille ou non, Jeanne est d’abord et avant tout bonne chrétienne, croyante et saisie par l’irruption de Dieu dans sa vie toute simple. Il est remarquable que ses amis et ses ennemis s’accordent à dire qu’elle était ignorante et simple, hormis le fait de guerre où elle était supérieurement experte [2]. D’autres femmes sont connues depuis l’Antiquité qui sont devenues chef d’armée sans avoir été préparées au métier des armes. Mais ces femmes brillantes et exceptionnelles ont toutes été contraintes à la guerre pour défendre leurs droits.

Jeanne au contraire est allée à la guerre alors qu’aucun intérêt personnel ne l’animait. Elle a été guidée par une force surnaturelle. Elle a quitté sa famille, son village, ses amis pour chasser les anglais du royaume et faire sacrer le roi. Elle s’est imposée comme l’inspiratrice suprême des combats et de la victoire [3].

Mais s’il est, en amont des exploits militaires, un terrain plus fondamental encore et plus nécessaire sur lequel Jeanne a d’abord combattu, un terrain sur lequel son action s’est montrée au-dessus de la nature humaine, c’est bien le terrain du redressement moral et religieux des français. A Charles VII elle fait promettre d’amnistier toux ceux qui auront été contre lui, et de s’humilier assez pour bien recevoir ceux qui viendraient à lui, pauvres ou riches, amis ou ennemis [4]. Au clergé elle a montré constamment que les ordres mendiants étaient préférables à une hiérarchie séculière qui, à l’époque, était peu recommandable [5]. Au milieu des soldats elle a remis en honneur l’exercice de la religion et déclaré la guerre aux vices : ne l’a-t-on pas vu casser son épée sur le dos d’une des femmes de mauvaise vie qui accompagnaient les soldats ? Elle n’aurait jamais admis dans l’armée que des gens de sa compagnie fissent le moindre vol [6]. Toutes ces mesures de redressement ne manquèrent pas de produire de très grands résultats du point de vue militaire. La combativité des troupes s’accrut considérablement. Mais surtout, les populations civiles qui jusque là redoutaient autant les armées amies que les armées ennemis offraient désormais à ces troupes qui s’abstenaient des violences habituelles un accueil favorable et décisif. Car, dans cette guerre de libération, il s’agissait, au moins autant, d’entraîner les populations à se déterminer que de reconquérir des provinces par les armes [7]. Où l’on voit que la puissance du spirituel sur le temporel passeconcrètement par le redressement religieux et moral des personnes et des corps constitués de la nation.

Mais cela étant, Jeanne, la première, vivait sous le régime de la conversion du cœur et des mœurs [8]. Son compagnon de la première heure, Jean de Metz qui dormait chaque nuit auprès d’elle déclarait ainsi au procès de réhabilitation qu’il n’eut jamais de désir ni de mouvement charnel, et qu’il était enflammé par les paroles de la Pucelle et par son amour de Dieu. Telle est la puissance que la grâce peut avoir sur la chair quand elle enflamme le cœur d’un amour noble et pur.

Mais par-dessus tout cela, le théologien Jean de Gerson écrit, quelques jours à peine après la victoire d’Orléans, que la grâce que Dieu nous donne dans la Pucelle ne doit être, ni pour elle ni pour les autres, un sujet de vanité, de querelle ou de vengeance du passé [9]. Cette faveur doit être reçue dans un esprit de mansuétude, de supplication et de reconnaissance, chacun devant, par ses efforts et par ses biens, contribuer au retour de la paix dans les foyers. Jeanne met en garde contre l’orgueil et la vengeance que susciteraient ses victoires, et recommande au contraire la reconnaissance envers Dieu et la tempérance envers nous-mêmes [10].

Mes frères, nous avons tous en tête nos listes plus ou moins longues d’envahisseurs qu’il faut chasser de France. Qu’il s’agisse de l’immoralité dans certains milieux de la finance ou de la vie publique, avec les disproportions qu’on sait entre les revenus les plus exorbitants et les revenus les plus modestes, ou qu’il s’agisse des idéologies dont la dernière née, la théorie du genre, empoisonne les esprits et menace les familles, une chose est certaine, c’est que le redressement moral de la France passera concrètement par son redressement religieux, ce que la mobilisation catholique actuelle semble esquisser dans la rue autant que dans les cœurs. Ce redressement ne demande pas une conversion forcée de ceux qui n’auraient pas notre foi. Mais il demande d’admettre que les racines catholiques de la France alimentent aujourd’hui une vitalité spirituelle qui n’est pas une pièce de musée. Toutes les religions et tous les courants de pensée qui fleurissent en France ne sont pas égaux devant son histoire. Et c’est la religion de Jeanne qui a sauvé la France, non seulement au XVe siècle, mais à plusieurs reprises dans les siècles suivants. Il y a là chez la fille aînée de l’Eglise une espérance bien enracinée sur laquelle les portes de l’enfer ne l’emporteront pas.

« L’exemple de Jeanne – disait le pape Pie XII en 1956 en s’adressant aux français - doit être spécialement éloquent pour vous, fils bien-aimés…Vous êtes les frères d’une héroïne, simple fille de votre peuple. Par sa vie… sa consécration… et son… sacrifice, elle enseigne à tous le chemin sûr, en ce siècle de sensualité, de matérialisme [et] de laisser-aller, qui voudrait faire oublier le sentier tracé par les héros les meilleurs. Il n’est pas rare qu’aux instants les plus critiques… le Seigneur envoie l’inspiration surnaturelle qui doit faire d’une âme le salut de son peuple. Levez donc les yeux, fils bien-aimés… regardez les grands exemples qui vous ont précédés… vénérez les saints qui [sont]… sur les autels… renouvelez votre profession de foi… et soyez sûrs que, ce faisant, vous répondrez à votre vocation d’hommes, de chrétiens, de Français. S’il arrive que souffle… le vent mauvais, si le mensonge, la cupidité, l’incompréhension trament le mal, s’il vous semble même devenir victimes à votre tour, regardez vos héros réhabilités et [levez] les yeux au ciel pour imaginer les légions de Jeanne d’Arc [revenant], bannières déployées, pour sauver la patrie et pour sauver la foi. »

Réjouissons nous donc, mes frères, ce matin de pouvoir honorer celle qui entretient dans nos cœurs la fierté d’être français, de vouloir le rester ou de le devenir, pour pouvoir dire à nos contemporains d’où qu’ils soient que le Christ Jésus est vivant, qu’il règne par ses anges et par ses saints, et que nous-mêmes pauvres pécheurs nous sommes de ses témoins, éprouvés mais comblés.

Abbé Patrick Faure

[1Par souci de concision et de sobriété, les passages en italiques ont été omis à l’oral

[2Colonel de Liocourt, La Mission de Jeanne d’Arc, Tome I, Le Plan d’Action, Nouvelles Editions Latines 1974, p.367.

[3Alain Bournazel, Jeanne d’Arc 1412-1431, Une passion française, Figures et Plumes, Paris 2009, PUF, p.100.

[4Liocourt I, p.298.

[5Liocourt I, p.297.

[6Liocourt I, p.300.

[7Liocourt I, p.300.

[8Colonel de Liocourt, La Mission de Jeanne d’Arc, Tome II, L’exécution, Nouvelles Editions Latines 1981, p.26.

[9Liocourt I, p.298.

[10Liocourt I, p.298.

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