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Sainte Thérèse, carmélite pour la charité

Je veux chercher le moyen d’aller au ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d’inventions : maintenant ce n’est plus la peine de gravir les marches d’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement… Il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus… L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au ciel ce sont vos bras ô Jésus !

Histoire d’une âme, Manuscrit C
Née pour la sainteté

Thérèse Martin naît à Alençon le 2 janvier 1873 et meurt à Lisieux le 30 septembre 1897. Ses parents Louis et Zélie Martin sont respectivement horloger et dentelière, deux métiers de patience et de minutie. Ils appartiennent à la petite bourgeoisie aisée et catholique d’Alençon et éduquent leurs filles dans la foi. Ils ont neuf enfants : quatre meurent en bas âge et les cinq autres deviennent religieuses.Quatre entreront au Carmel de Lisieux, dont Thérèse, et une sera Visitandine au Mans.

Ainsi s’accomplit la prière de Zélie Martin lorsqu’elle était jeune fille : « Mon Dieu, puisque je ne suis pas digne d’être votre épouse comme ma sœur, j’entrerai dans l’état de mariage pour accomplir votre volonté sainte. Alors, je vous en prie, donnez-moi beaucoup d’enfants et qu’ils vous soient tous consacrés ».

A la fois très connue et mal connue, sainte Thérèse de Lisieux est pourtant considérée comme l’une des plus grandes saintes de France. Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face en religion, la petite Thérèse est canonisée en 1925. L’Église proclame Thérèse patronne des missions et patronne secondaire de la France pour deux raisons. La première parce que l’institution constate que l’activité contemplative de la sainte était tournée vers l’apostolat missionnaire et que cela était –et demeure– primordiale. En effet, sainte Thérèse invite à prier pour les vocations mais aussi pour les conversions, comme en témoigne celle du criminel Pranzini [1], pour laquelle Thérèse priait chaque jour étant petite. La seconde raison concerne l’influence bénéfique que la sainte a eue sur la France.

Puis, le pape Jean-Paul II déclare sainte Thérèse Docteur de l’Église en octobre 1997. Sur la raison de sa nomination en tant que Docteur de l’Église, le Père Louis Cesbron, chapelain du sanctuaire Sainte Thérèse dans le XVIe arrondissement de Paris rapportait les propos qui suivent dans un entretien avec nos confrères d’Aleteia [2] en 2017 : « Je dirais qu’elle a développé particulièrement tout ce qui concerne l’amour de Dieu pour les petits et la réponse à cet amour, c’est Dieu qui se penche, et c’est Dieu qui vient en même temps élever vers lui celui qui essaye de dire son amour pour Lui à travers les toutes petites choses de la vie. Vous avez l’exemple trop connu de sainte Thérèse qui jette des fleurs : on s’arrête malheureusement trop aux fleurs. Ce ne sont pas de simples fleurs, ce sont toutes ces petites choses de la vie, qui la parsèment, et qui donnent autant d’occasions d’aimer. »

Une sainte mal connue

Si l’on connaît mal Thérèse, c’est sans doute parce que cette sainte est pétrie de contrastes : son langage est pauvre et elle parle comme un enfant, mais ses réflexions sont édifiantes. Elle résume son existence à une cellule dans un carmel, mais son témoignage est mondialement connu et son message ne s’éteint pas à sa mort. Turbulente et capricieuse étant enfant, elle témoigne de sa sagesse une fois adulte. Elle n’hésite pas à se confronter à sa hiérarchie mais respecte les ordres donnés.

Sa mission au carmel

Au Carmel de Lisieux, Thérèse était responsable des novices. Elle savait faire preuve d’une grande autorité malgré son jeune âge. Pour elle, il est important d’orienter son cœur à cœur avec le Christ comme un petit enfant : elle incitait ses novices à être « des imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés » [3]. De plus, en guidant chacune des religieuses vers une étude approfondie de l’Évangile, elle se montrait digne descendante des grands mystiques de tradition carmélitaine, à savoir sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de La Croix.

Sainte dans la souffrance

On imagine souvent sainte Thérèse comme étant niaise et dont les écrits s’adresseraient à des jeunes filles buvant de la grenadine [4]. Pourtant, il n’en est rien. Bien au contraire, Histoire d’une âme fut écrit avec son sang, comme se plaît à l’écrire Gilbert Cesbron, intellectuel de la deuxième moitié du XXe siècle dans sa pièce Briser la statue. Il y raconte la vie au Carmel de Thérèse et cherche à casser cette image d’Epinal qu’on prête à la sainte.

Car il faut savoir que sainte Thérèse a beaucoup souffert. A quatre ans, elle perd sa Maman. Avant le décès de sa mère, elle souhaitait que celle-ci meure « pour arriver très vite au Ciel dans les bras de la sainte Vierge ». Bien qu’elle soit persuadée que sa Maman est au ciel, cette certitude ne suffit pas à la consoler. Elle choisit donc une seconde Maman en la personne de sa sœur Pauline. Mais cette dernière entrera au carmel en octobre 1882, soit cinq ans après le décès de Zélie Martin. Puis c’est au tour de sa sœur aînée Marie d’entrer au carmel en 1886. Autant de séparations qui sont douloureuses pour la petite Thérèse.

Le 9 avril 1888, Thérèse Martin entre au carmel de Lisieux. Là encore, les souffrances sont nombreuses et douloureuses : entre la tuberculose à partir de mai 1897 et les nuits de la foi où le démon viendra la tenter à plusieurs reprises, c’est une longue et terrible agonie que subit Thérèse. Elle se réveille en suffoquant, ressent comme des milliers de poignards qui lui transperce le corps, crache du sang, mais offre tout à Jésus, et ne dit rien à ses sœurs du carmel, afin de ne pas les inquiéter.

Une vocation menée pour Son amour

Toute sa vie est tournée vers l’amour qu’elle porte pour le Christ. Elle écrit notamment : « Je cours vers mon Jésus, je lui dis être prête à verser jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour confesser qu’il y a un ciel ». [5]

Thérèse invite chacun à vivre ainsi et nous apprend à croire en l’amour du Bon Dieu, à reposer toute notre confiance et notre espérance entre ses mains.Ainsi, nous découvrons que la sainteté de Thérèse consistait à aimer Dieu tous les jours de sa vie et à voir son amour dans les plus petites choses de la vie. De plus, sainte Thérèse est image d’humilité. Elle rappelait à ses novices qu’il est bien inutile de vouloir sans cesse gravir les montagnes alors que Lui nous attend au creux de la vallée.

La modernité chez sainte Thérèse

Philippe Vercoustre, dans son livre intitulé « Les grandes intuitions de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus » publié chez Téqui en 1984 [6], exposait ce propos : « Thérèse est profondément moderne parce qu’elle aide l’esprit et le cœur à mélanger les choses de la terre et les choses du ciel et la perception qu’elle a de Dieu, de son amour, aux comportements les plus concrets. On parle souvent de tension, dans le langage d’aujourd’hui, pour exprimer cette difficulté qu’a l’homme de vivre consciemment au niveau du spirituel. Thérèse nous offre un équilibre harmonieux. C’est la raison pour laquelle nous pouvons aisément la prendre comme maître de vie spirituelle ».

Seule la grâce de Dieu nous préserve du péché

Parce que nous sommes tous, en tant qu’homme, des pécheurs, nous devons suivre le projet de sainte Thérèse de Lisieux qui consiste à vivre de l’amour miséricordieux. Jean Daujat explique dans son livre Thérèse de Lisieux, la grande amoureuse [7] que le Christ n’est pas là pour nous juger mais nous sauver et que seule la grâce de Dieu nous préserve du péché. Il n’apporte pas de point nouveau en plus du message de l’Église et du Christ sur ce point, mais il justifie cette remarque ainsi : « Si Thérèse de Lisieux a eu pleinement conscience de n’avoir jamais commis aucun péché grave, elle insiste sans cesse pour dire que par elle-même elle aurait été capable de tous les crimes, y compris ceux de Pranzini, et qu’elle n’en a été préservée que par le don purement gratuit de la grâce rédemptrice de Jésus-Christ, donc par pure miséricorde, donc bénéficiaire de cette miséricorde tout autant que les plus grands pécheurs. » Concernant le péché, Thérèse disait cela : « Quand j’ai commis une faute qui me rend triste, je m’empresse de dire au Bon Dieu : mon Dieu, je sais que ce sentiment de tristesse, je l’ai mérité, mais laissez-moi vous l’offrir tout de même comme une épreuve que vous m’envoyez par amour. Je regrette mon péché, mais je suis contente d’avoir cette souffrance à vous offrir. »

La charité est la clef de sa vocation

La charité me donna la clef de ma vocation. Je compris que si l’Église avait un corps, composé de différents membres, le plus noble de tous ne lui manquait pas ; je compris que l’Église avait un Cœur et que ce Cœur était brûlant d’Amour. Je compris que l’Amour seul faisait agir les membres de l’Église, que si l’Amour venait à s’éteindre, les Apôtres n’annonceraient plus l’Évangile, les martyrs refuseraient de verser leur sang… Oui, j’ai trouvé ma place dans l’Église… Dans le Cœur de l’Église, ma Mère, je serai l’Amour.

Manuscrit B

Alors, parce que nous pouvons oser choisir la petite Thérèse comme modèle, soyons comme les novices de sœur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, soyons des petits enfants qui débordent d’amour pour le Bon Dieu et permettons à la sainte de réaliser pleinement sa vocation, à savoir de passer son Ciel à faire du bien sur la terre.

Charlotte de Kerennevel

[1Ce criminel se convertit en prison. Lorsque Thérèse était petite, elle priait chaque jour pour cela.

[2« Déjà 20 ans que sainte Thérèse a été proclamée Docteur de l’Église. Angélique Provost. 18 septembre 2017.

[3Ephésiens 5, 1

[4Image tirée de la pièce de théâtre « Briser la statue » de Gilbert Cesbron.

[5Manuscrit A

[7Éditions Téqui, 1986

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