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Réjouissez-vous sans cesse !

27 avril 2018 Boniface

C. D. Friedrich, Dorflandschaft bei Morgenbeleuchtung, Berlin.

«  Frères, soyez toujours joyeux dans le Seigneur ! Je vous le répète : soyez joyeux. Que votre modération soit connue de tous les hommes : le Seigneur est proche . » (Philippiens IV, 4-7)

Que le christianisme, par la grandeur de son message et son appel au sacrifice, oblige le chrétien à la gravité et à la sobriété, c’est une évidence. Pourtant, les Écritures et les Docteurs nous rappellent souvent qu’il faut se réjouir dans le Seigneur et demeurer joyeux. Le paradoxe se résout si nous considérons la joie comme une aide dans notre lutte, la récompense de notre sainteté, et l’effet de la présence de Dieu.

Une joie pour vaincre

La joie est un auxiliaire précieux pour le chrétien dans sa lutte quotidienne pour la sainteté. Elle trouve son principe dans l’espérance et la foi, et nous protège du découragement, de l’abattement et du désespoir. Elle nous garantit aussi d’un zèle trop ardent. N’a-t-on jamais vu des fidèles très scrupuleux, jusqu’à l’obsession, s’imposer une piété trop dure ? À bien des égards, cette rigide exactitude est un piège que le démon nous tend pour nous dégoûter du service de Dieu, en nous le rendant si pénible qu’il nous devienne insupportable. Il ne faut pas se tourmenter soi-même par excès de piété ! La prière doit être un réconfort avant d’être une épreuve. Aucun homme ne peut supporter un long combat sans quelques réjouissances, sans quelques répits. La joie est l’un de ces répits.

Les Écritures nous y exhortent : dans les tourments et les tentations, réjouissez-vous ! D’abord parce que c’est un moyen de supporter l’épreuve ; ensuite parce que c’est le signe de notre élection et de notre récompense future. Dès le commencement de son Épître, Jacques nous appelle à n’être « qu’un sujet de joie, mes frères, dans les épreuves de toute sorte qui tombent sur vous » (I, 2). Saint Paul, s’adressant aux Corinthiens, nous demande « une grande constance dans les tribulations, dans les détresses, dans les angoisses, sous les coups, dans les prisons, dans les désordres, dans les fatigues, dans les veilles, dans les jeûnes », comme si nous étions « tristes, nous qui sommes toujours joyeux ». (2 Co., VI, 1). Dieu lui-même, sur la montagne, nous promet une joie immense lorsque nous serons persécutés pour notre foi : « Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c’est bien ainsi qu’on a persécuté les prophètes, vos devanciers. » (Matthieu V, 10-12).

C’est pour cette raison que, devant les tribunaux où ils étaient proscrits, dans les prisons obscures où ils étaient enfermés, au milieu des tourments que la cruauté des tyrans leur faisait subir, les martyrs étaient comblés de joie. Leur tristesse aurait fait le triomphe de leurs ennemis : ç’aurait été la défaite du saint, et la victoire du Malin. Au contraire, la joie des martyrisés faisait le supplice et la honte des persécuteurs. En effet, ce n’est pas triompher de la vertu des hommes que de les faire mourir ; mais c’est en être vaincu que de ne pouvoir fléchir leur constance. Les solitaires au milieu des déserts, les anachorètes et les ermites, aux prises avec les tentations les plus violentes, goûtaient pourtant les douceurs de la joie, que les puissants de ce siècle ne connaissaient pas dans l’opulence de leurs richesses, le faste des cours et la faveur des princes.

La joie, si elle est spirituelle, et si elle n’est pas mélangée à un plaisir temporel, est bien de Dieu. Dieu lui-même, nous dit saint Thomas d’Aquin, connaît la joie et l’amour, « avec cette différence qu’elles n’existent pas en lui, comme elles existent en nous, sous le mode de passions [1] ». Et si le Christ n’est pas montré par les Écritures en train de rire, c’est que la plénitude de sa perfection le mettait au-dessus des imperfections humaines, et le rire en est une. En effet, le rire est une manifestation corporelle assez grossière de la joie, ce qui ne pouvait convenir au Christ. En outre, il est aussi l’attribut traditionnel du Diable : dans l’hagiographie, le possédé et les démons ont le rire facile. Mais le rire étant inséparable de notre condition, un rire innocent ne saurait évidemment être condamnable, parce que nous ne sommes pas des dieux ni des anges.

Fra Angelico, L’Annonciation, 1426.

Une joie spirituelle

D’où vient cette joie que les saints conservent même dans les pires tourments, jusqu’à leur trépas ? Elle ne peut trouver son lieu que dans l’âme, et son principe qu’en Dieu. David chante souvent dans les Psaumes son malheur et sa joie, sa tristesse et son bonheur : c’est de l’éloignement ou de la proximité de Dieu que proviennent ces états si contradictoires. David supplie ainsi Dieu de se montrer, de manifester sa gloire, de protéger son âme dans son tabernacle. Les Psaumes de louange sont sans doute les plus significatifs quant à cette joie parfaite qui ne peut venir que du Seigneur :

Beaucoup disent : « Qui nous fera voir le bonheur ? » Fais lever sur nous la lumière de ta face, Yahweh ! Tu as mis dans mon cœur plus de joie qu’ils n’en ont au temps où abondent leur froment et leur vin nouveau. (Psaume 4, 7-9).

Cette joie est un incendie d’amour, elle inonde l’âme du fidèle et devient, dès lors, impossible à contenir : elle se communique nécessairement. David ne peut qu’appeler les hommes, la nature, le monde entier, à louer Dieu avec joie ! Voici un petit florilège :

Justes, réjouissez-vous en Yahweh et soyez dans l’allégresse ! Poussez des cris de joie, vous tous qui avez le cœur droit ! (Ps. 32, 11)

Chantez avec allégresse en l’honneur de Dieu, notre force ; poussez des cris de joie en l’honneur du Dieu de Jacob ! Entonnez l’hymne, au son du tambourin, de la harpe harmonieuse et du luth ! Sonnez de la trompette à la nouvelle lune, à la pleine lune, pour le jour de notre fête. (Ps. 81, 2-4)

Chantez à Yahweh un cantique nouveau ! Chantez à Yahweh, vous habitants de toute la terre ! Chantez à Yahweh, bénissez son nom ! Annoncez de jour en jour son salut, Racontez sa gloire parmi les nations, ses merveilles parmi tous les peuples. Car Yahweh est grand et digne de toute louange, il est redoutable par-dessus tous les dieux, car tous les dieux des peuples sont néant. Que les cieux se réjouissent et que la terre soit dans l’allégresse ! Que la mer s’agite avec tout ce qu’elle contient ! Que la campagne s’égaie avec tout ce qu’elle renferme, que tous les arbres des forêts poussent des cris de joie, devant Yahweh, car il vient ! (Ps. 96, 1-13)

Poussez vers Yahweh des cris de joie, vous, habitants de toute la terre, faites éclater votre allégresse au son des instruments ! Célébrez Yahweh sur la harpe, sur la harpe et au son des cantiques ! Avec les trompettes et au son du cor, poussez des cris de joie devant le Roi Yahweh ! Que la mer s’agite avec tout ce qu’elle renferme, que la terre et ses habitants fassent éclater leurs transports. Que les fleuves applaudissent, qu’ensemble les montagnes poussent des cris de joie (Ps. 98, 4-8)

Pour le chrétien, la joie est d’abord spirituelle donc intérieure. Elle est une joie sobre et sublimée. Quand une assemblée entière est agenouillée face à l’autel où s’accomplit le mystère du Sacrifice, dans un recueillement silencieux, les âmes exultent et l’Église est dans la joie. Il n’est pas nécessaire de montrer sa joie par des comportements désordonnés et excessifs, surtout quand ceux-ci prennent place au sein de la liturgie. C’est malheureusement une tendance trop répandue dans l’Église occidentale depuis le concile Vatican II : l’envie de rompre avec une Église trop rigide, trop froide, a amenés beaucoup de fidèles à s’abîmer dans des liturgies fantaisistes et des pratiques délirantes où « la joie » tient lieu de prétexte à un sentimentalisme festif. Or la fête n’est pas le corollaire de la joie. La vraie joie n’a rien d’une frénésie vulgaire ou d’une excitation fiévreuse. Quand David parle d’instruments de musique et de cris de joie pour louer le Seigneur, il décrit par analogie l’état d’ivresse de l’âme quand elle connaît son Seigneur. Mais la joie reste spirituelle, donc recueillie et sobre : elle est une exultation de l’âme, c’est-à-dire un tressaillement intérieur.

En outre, les Docteurs nous conseillent d’associer à cette réjouissance spirituelle une crainte qui nous maintienne dans la juste voie de Dieu. En effet, sans joie, nous désespérons ; mais trop joyeux, nous devenons imprudents et présomptueux. Surtout, une joie mal contenue peut nous plonger dans un sentiment de sécurité et de légèreté. Or la joie ne doit pas nous rendre insouciants, mais nous donner l’envie de continuer à progresser et à rester vigilant. À progresser d’abord : dans cet élan spirituel qui nous mène à Dieu, l’epectase, la joie joue un rôle moteur. Saint Thomas d’Aquin, commentant l’Épître aux Philippiens, explique qu’ « il est, en effet, nécessaire à quiconque veut avancer dans le bien, de goûter la joie spirituelle ; (Proverbes XVII, 22) : "La joie de l’âme rend le corps plein de vigueur, etc...  ». La joie soulage l’effort de notre combat spirituel et nous gonfle de désir pour Dieu. Elle accompagne aussi notre progrès intellectuel : les étudiants le savent bien, quand nous comprenons une nouvelle chose, et que nous grandissons en connaissance, nous sommes joyeux. Dans l’Introduction à sa Somme contre les Gentils, saint Thomas d’Aquin explique encore comment doit se comporter la raison humaine devant la vérité de la Foi : il est utile que l’esprit humain s’exerce à de telles raisons, si débiles qu’elles soient, pourvu que l’on ne s’imagine pas comprendre ou démontrer, car dans le domaine des réalités les plus hautes, c’est une joie très grande de pouvoir, humblement et faiblement, apercevoir quelque chose [2] ».

D’autre part, la joie nous permet de rester vigilants. Elle est comme un remède contre le sommeil de l’âme. Le Christ nous invite à veiller et à rester vigilants. Le chrétien est dans un état de guerre perpétuelle : la sécurité ne peut exister pour lui tant qu’il vit en ce monde. Sur terre, l’Église est militante. Saint Augustin défend l’idée d’une « exultation tremblante », une joie contenue par la crainte, afin d’éviter que « l’homme, en s’attribuant ce qui revient à Dieu ne le perde et ne soit réduit à ce qu’il a en propre [3] ». L’alliance de la joie et de la crainte ne doit donc pas surprendre : « Servez le Seigneur avec crainte, réjouissez-vous pour lui avec tremblement (Ps 2, 11) ». La crainte est là pour que les avertissements que le Seigneur nous a donnés ne restent pas vains. N’oublions pas : « Bien que l’âme humaine, en effet, soit réellement immortelle, elle n’en a pas moins, elle aussi, sa propre mort. Si nous la disons immortelle, c’est qu’elle ne cesse, sous une forme quelconque, si atténuée soit-elle, ni de vivre ni de sentir », mais elle est mortelle en ce qu’elle peut, de son propre mouvement, cesser de vivre de la vie de Dieu. C’est la mort pour le corps lorsque l’âme se sépare de lui. Et c’est la mort pour l’âme quand elle se sépare de Dieu [4] .

Guido Reni, Saint Joseph et l’Enfant, 1640.

Une joie permanente

Saint Paul, s’adressant aux Thessaloniciens, exhorte en des ordres très courts : Semper gaudete. Sine intermissione orate. Spiritum nolite extinguere. « Soyez toujours joyeux. Priez sans cesse. N’éteignez pas l’Esprit. » (I Thessal. V, 16-19) De fait, une prière permanente ne peut avoir comme effet qu’une joie permanente. Qui n’a que Dieu en pensée est toujours dans la joie. C’est le principe de la prière monologique, dite aussi Prière du cœur, par laquelle se répète inlassablement le nom de Jésus pour permettre sa naissance dans le cœur de l’orant. La mystique orthodoxe a particulièrement mis en valeur cette forme de prière permanente et ses effets sous le nom d’hésychasme [5]. Le Psalmiste nous le dit très simplement, et cette sobriété est d’une grande beauté : memor fui Dei et delectatus sum, “Je me suis souvenu de Dieu, et je me suis réjoui.” (Ps. 77, 4) [6]. La réminiscence nous met en présence de l’objet aimé : nous le possédons alors, et notre joie est sans limite [7]. Et cette présence est possible parce que l’âme est capable de Dieu.

Maître Eckhart a beaucoup parlé de cet état d’union de l’âme avec Dieu et, corollaire, de cette joie mystique qui saisit l’âme pour qui l’éprouve. Il existe en effet un “château fort” dans l’âme, une « puissance qui n’est touchée ni par le temps, ni par la chair, qui émane de l’esprit et reste dans l’esprit et est absolument spirituelle. Dans cette puissance, Dieu se trouve totalement, il y verdoie et fleurit dans toute la joie et toute la gloire qu’il est en lui-même. Cette joie est tellement du cœur, elle est d’une grandeur si inconcevable, que nul ne saurait l’exprimer pleinement avec des mots. Car le Père éternel engendre sans cesse son Fils éternel dans cette puissance, en sorte que cette puissance collabore à l’engendrement du Fils et d’elle-même en tant que ce Fils, dans l’unique puissance du Père [8] . » Pour que cette joie soit goûtée, pour que l’âme puisse laisser déployer cette puissance où Dieu se trouve toujours, le chrétien doit « vider » son âme de tout ce qui n’est pas Lui. Il doit déshabiter sa volonté et laisser Dieu l’envahir. C’est le véritable sens de la pénitence et de la « pauvreté d’esprit » :

« L’âme dénuée de toutes choses et n’ayant plus rien de commun avec quoi que ce soit n’accueille rien de moins que Dieu lui-même dans l’étendue et la plénitude de son être. Et les maîtres disent que cette unition, cet influx et cette jouissance ne se laissent comparer à rien pour ce qui est du plaisir et de la délectation. C’est pourquoi Notre-Seigneur annonce avec tant de force dans l’Évangile : « Bienheureux sont les pauvres en esprit ». Pauvre est celui qui n’a rien. « Pauvre en esprit » signifie [être vide]. Si tu veux donc trouver pleine consolation et joie entière en Dieu, veille à rester vide de toutes les créatures [9]. »

Dans cette puissance de l’âme, Dieu se trouve en permanence, et c’est pour cette raison que la joie est toujours là, près de nous, prête à être cueillie. Il faut l’approcher, la saisir, et comprendre qu’elle est offerte à tous ceux qui aiment le Seigneur plus qu’eux-mêmes. La joie possible devient joie totale et permanente :

« Ne vous effrayez pas. Car cette joie est proche de vous, elle est en vous ! Aucun de vous n’a l’esprit assez grossier, ni l’intelligence assez faible, aucun n’est assez éloigné de Dieu, pour ne pouvoir trouver cette joie en lui, telle qu’elle est en vérité, avec son plaisir et sa connaissance, avant même de sortir de cette église, voire en cet instant où je prêche encore ! Il peut la trouver, la vivre et l’avoir en lui tout aussi véritablement que Dieu est Dieu et que moi je suis homme [10] . »


[1Saint Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, I, 90, L’existence en Dieu du plaisir et de la joie n’est pas incompatible avec sa perfection. « Il y a certaines passions, qui ne convenant pas à Dieu en tant que passions, ne comportent pourtant dans leur nature spécifique rien de contraire à la perfection divine. Telles sont la joie et le plaisir. La joie porte sur le bien présent. Ni en raison de l’objet, qui est le bien, ni en raison de la manière dont elle se comporte à l’égard de cet objet, possédé en acte, la joie, de par sa nature spécifique, n’est contraire à la perfection divine. On voit clairement par là qu’il y a proprement joie et plaisir en Dieu. […] La joie et le plaisir, c’est une sorte de repos de la volonté dans son objet. Or Dieu se repose souverainement en lui-même, objet premier de sa volonté, comme ne manquant absolument de rien en lui-même. Dieu, dans sa volonté, trouve donc souverainement en lui-même sa joie et son plaisir. Le plaisir est une certaine perfection de l’action, comme l’enseigne clairement le Philosophe au Xe livre de l’Éthique : elle parfait l’action comme la beauté la jeunesse. Or Dieu, dans son acte d’intellection, possède la plénitude de l’action. Si donc notre propre activité intellectuelle est, en raison de sa perfection, une source de plaisir, l’acte d’intellection de Dieu le sera en plénitude. […] Qu’il y ait en Dieu joie et plaisir, l’autorité de l’Écriture l’atteste. Il est dit au Psaume XVI : Il y a dans ta droite des délices éternelles ; au Livre des Proverbes : la Sagesse divine, qui est Dieu, comme nous l’avons montré, de dire : Je me réjouissais chaque jour, jouant en sa présence ; et en saint Luc : Il y a joie au ciel pour un pécheur qui fait pénitence. Le Philosophe lui-même enseigne au VIIe livre de l’Éthique que Dieu se réjouit sans cesse d’un unique et simple plaisir. »

[2Saint Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, I, 8. « Cette position se trouve confirmée par l’autorité de saint Hilaire, qui dans son livre sur la Trinité s’exprime ainsi à propos de cette vérité : Dans ta foi, entreprends, progresse, acharne-toi. Sans doute, tu n’arriveras pas au terme, je le sais, mais je me féliciterai de ton progrès. Qui poursuit avec ferveur l’infini, avance toujours, même Si d’aventure il n’aboutit pas. Mais garde-toi de prétendre pénétrer le mystère, garde-toi de plonger dans le secret d’une nature sans contours, en t’imaginant saisir le tout de l’intelligence. Comprends que cette vérité passe toute compréhension.

[3Saint Augustin, De Natura et Gratia, XXXII, 36.

[4Saint Augustin, La Cité de Dieu, XIII, 2, BA. Maître Eckhart dit encore : « Le péché en lui-même est la mort au sens propre, comme chute ou éloignement loin de Die, loin de la vie, loin de l’être. »

[5Saint Grégoire Palamas fut, entre autres, le grand théoricien de cette prière mystique. Voir Jean Meyendorff, Saint Grégoire Palamas et la mystique orthodoxe, Seuil. Voir également le célèbre et édifiant récit du Pèlerin russe. D’une manière générale, toute Philocalie met bien en évidence la puissance et les vertus de l’hésychasme. Remarquons également que le dhikr en islam, qui est une prière semblable fondée sur la répétition du nom d’Allah, et qui se pratique dans les communautés soufies, signifie « évocation », « souvenir ». La prière est en effet souvenir de Dieu, comme l’évoque la suite de l’article.

[6Saint Bernard de Clairvaux, dans un Chapitre (IV) dans son traité De l’Amour de Dieu, cité précisément ce Psaume à propos de “ceux qui trouvent de la consolation dans le souvenir de Dieu, et sont le plus propres à ressentir de l’amour pour lui » : « 11. Mais il est intéressant de voir quels sont ceux qui trouvent de la consolation dans le souvenir de Dieu. Ce ne sont pas les hommes corrompus qui irritent Dieu sans cesse et à qui il est dit : « Malheur à vous, riches, qui avez votre consolation (Luc., VI, 24), » mais ceux qui peuvent s’écrier avec vérité : Mon âme a refusé toute consolation (Psalm. LXXVI, 3) ; » nous les croirons volontiers, s’ils ajoutent avec le Psalmiste « Mais je me suis souvenu de Dieu et j’ai trouvé ma joie dans ce souvenir (Psalm. LXXVI, 4). » Il est juste, en effet, que ceux qui ne jouissent pas encore de la présence du bien-aimé, jettent les yeux sur l’avenir, et que ceux qui dédaignent de puiser quelques consolations au torrent des choses qui passent, en goûtent d’abondantes dans le souvenir de celles qui demeurent éternellement. Tels sont ceux qui recherchent le Seigneur et la face du Dieu de Jacob, au lieu de leurs propres intérêts. »

[7Pareillement, qui écoute la Parole de Dieu se réjouit toujours. Au moment de la Visitation et du Magnificat, dès qu’Elizabeth eut entendu la salutation de Marie, elle fut remplie de joie et de l’Esprit Saint ; elle dit alors : « Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car votre voix, lorsque vous m’avez saluée, n’a pas plus tôt frappé mes oreilles, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Heureuse celle qui a cru ! car elles seront accomplies les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur !" Et Marie dit : " Mon âme glorifie le Seigneur. Et mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur.’’ » (Luc I, 42-47)

[8Maître Eckhart, Sermon n°2, « Il est dans l’âme un château fort », Sermons et traités (A. de Libera éd.), GF, p. 233.

[9Maître Eckhart, Le Livre de la Consolation divine, Ibid., p. 144-145.

[10Maître Eckhart, Sermon 66, « Tous vous pouvez immédiatement ressentir la joie débordante de Dieu », Ibid., p. 358.

27 avril 2018 Boniface

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