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Mgr Gaume : Plan d’une bibliothèque classique chrétienne

Dans son livre Le ver rongeur des sociétés ou le paganisme dans l’éducation publié en 1851, Monseigneur Gaume propose de réinstaurer un véritable enseignement chrétien, et notamment en substituant les auteurs païens par les saintes écritures et une littérature chrétienne s’opposant ainsi aux "classiques" grecs. Alors que la polémique concernant la réforme du collège bat son plein, le Rouge et le Noir vous propose un extrait du chapitre XXIX "Plan d’une bibliothèque chrétienne" [1] résumant - très - rapidement la pensée de l’auteur. Nous vous invitons fortement à lire cet opuscule qui fait preuve d’une actualité frappante. Vous pourrez le trouver gratuitement sur la Bibliothèque Saint Libère

« Élever les enfants dans l’esprit de la société dont ils sont les fils et dont ils doivent être les continuateurs : telle est la première loi que le bon sens indique à chaque peuple. Élever chrétiennement les membres d’une société chrétienne est l’application nécessaire de celte grande loi. L’éducation se fait par la transmission des idées ; la transmission des idées se fait par la parole écrite ou parlée. La parole écrite, la seule dont nous nous occupons ici, se fait par les livres qu’on met entre les mains de l’enfant, dont on le force à se nourrir pendant plusieurs années, qu’on lui explique avec soin, qu’on lui présente comme modèles, qu’on l’oblige à savoir par cœur, de manière a les reproduire dans son langage, et à les invoquer au besoin comme confirmation de ses pensées et de ses jugements. Tous les peuples ont compris l’influence décisive de cette parole écrite sur les destinées de l’avenir. Les chrétiens ont participé comme les autres, je dirai plus que les autres, à ce bon sens qui fait dépendre les idées et les mœurs publiques de renseignement donné à la jeunesse. Jaloux de conserver intact le dépôt sacré de la religion, ils ont éloigné avec une sollicitude extrême des lèvres des générations naissantes la coupe, si brillante qu’elle fut, qui pouvait contenir du poison. Cette conduite est une loi : sous peine de périr, il faut que nous y revenions.

 » Or, nous l’avons vu, les seuls livres classiques, mis aux mains de la jeunesse par nos pères, sont : les saintes Écritures, les Actes des martyrs, et les ouvrages des Pères et des docteurs de l’Église. Leur admirable sagesse se montre ici sous deux traits bien glorieux. Chrétiens avant tout, et reconnaissant l’existence d’une littérature chrétienne, comme on reconnaît en ouvrant les yeux l’existence du soleil, ils voulaient que leurs enfants, destinés à être chrétiens comme leurs pères, apprissent d’abord la langue et la littérature de la société chrétienne.

 » De plus, ils savaient que l’éducation est l’apprentissage de la vie. Pour eux, la vie était chose sérieuse. Elle était une lutte continuelle, une lutte gigantesque, une lutte à mort contre le mal. Sous peine d’être vaincu et malheureux en deçà et au-delà du tombeau, tout chrétien doit être un héros. Rien ne leur paraissait plus propre à former de leurs enfants des héros, que les puissants enseignements sortis de la bouche de Dieu lui-même ; que les exemples héroïques de leurs aïeux ; que les sublimes encouragements de ces docteurs immortels, de ces saints de l’Orient et de l’Occident qui parlent avec la triple autorité de la science, de l’éloquence et de la vertu. [...]

 » Fortement nourris de la sève chrétienne, leurs adolescents obtenaient la permission de parcourir le monde païen ; d’interroger ses hommes, ses arts, ses monuments, ses mœurs et ses lois. Les nouveaux Hébreux pouvaient alors visiter l’Égypte, non-seulement sans courir le danger de devenir ses esclaves, mais encore avec la juste confiance de s’emparer de ses richesses, afin de les faire servir à l’ornement du tabernacle. Ainsi, se trouvaient conciliés et l’intégrité de l’esprit chrétien et le complet développement de la science. On le voit, pour nos pères tout commençait, tout finissait par la religion. Telle est, pour mille motifs, la marche à laquelle il faut impérieusement revenir.

 » D’abord, pour les peuples, quels qu’ils soient, la religion est tout. Le livre qui l’enseigne doit être le premier entre les mains de l’enfant, le dernier entre les mains du vieillard. Excepté dans nos temps modernes, qui ne sont tombés dans le chaos que pour l’avoir méconnue, toujours et partout cette vérité fut comprise et pratiquée. [...]

 » Or, pour les nations chrétiennes, l’Évangile est tout : il est leur vie intellectuelle, morale, domestique, civile, politique, littéraire, artistique, scientifique. Dans cet immense océan de lumière, elles doivent vivre comme le poisson dans la mer. L’Église catholique, leur mère, ne cesse de proclamer cette grande vérité. Pas une de ses assemblées solennelles, où elle ne place sur un trône brillant le livre des oracles religieux et sociaux. Cependant, il faut le dire, depuis plusieurs siècles l’Évangile n’est rien, ou presque rien dans notre éducation publique. Comment s’étonner qu’il ne soit plus rien ou presque rien dans les idées et dans les mœurs ? Comment s’étonner, en d’autres termes, que nous cessions d’être chrétiens ? Ou revenir ou mourir.

 » De plus, l’étal actuel du monde ne permet, sur ce point, ni retard ni concession. La formation rapide de deux grandes unités, l’unité du bien et l’unité du mal, reines sans rivales de l’avenir, n’est plus un problème pour personne. Élevé à sa dernière puissance, le mal se formule aujourd’hui par une négation absolue. Une négation absolue ne peut être combattue que par une affirmation également absolue. Le catholicisme, le catholicisme dans toute son intégrité, le catholicisme professé par des martyrs, peut seul lutter contre la société du mal. Mais une seule chose peut ramener dans toute sa vigueur et dans toute sa pureté le catholicisme au sein de l’Europe, c’est une éducation fortement catholique. Une éducation semblable n’est possible qu’avec des classiques chrétiens. [...]

 » On voit que nous ne sommes point des novateurs : les novateurs sont ceux qui ont introduit le paganisme dans l’éducation ; ni des hommes à imagination, et disciples de notre sens privé : les hommes à imagination sont ceux qui prétendent conserver chrétiennes les générations qu’ils saturent de paganisme et auxquelles ils laissent ignorer le christianisme ; les disciples du sens privé sont ceux qui, méprisant et la pratique constante des âges de foi et les prescriptions de l’Église universelle, imposent leurs théories comme des règles infaillibles. [...]

 » Ou il ne reste plus aucun moyen de ramener l’Europe à cette forte unité de foi qui pendant dix siècles lui valut la puissance, la paix, la gloire ; à ces principes tutélaires d’obéissance et d’abnégation sans lesquels nulle société n’est possible ; ou il faut convenir que le moyen proposé est le seul vraiment efficace. Qu’il soit mis en œuvre franchement et universellement, et bientôt c’en est fait du socialisme, du communisme et de toutes ces formidables erreurs qui menacent de nous reconduire au chaos. Vous aurez rendu l’éducation chrétienne ; et l’éducation, ne l’oubliez pas, c’est la société, c’est l’avenir : car c’est l’homme tout entier en deçà et au-delà du tombeau. » [2]

Illustration : St Jean-Baptiste de La Salle, saint patron des enseignants et des éducateurs

Hubert d’Abtivie

[1Page 395 du PDF

[2Ce dernier passage est issus du chapitre XXX et est la conclusion du livre

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