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Mariage ganymède : à l’heure du Gay d’Orsay

Quelles seraient les conséquences d’une loi sur le « mariage pour tous » pour la diplomatie française ? Cette question semble à première vue futile, mais au regard de certains Etats poussés par les médias et les groupes de pression LGBT à promouvoir leur choix de société dans le monde, il convient de se pencher sur des précédents de l’histoire récente.

Pays-Bas : VRP du militantisme gay

Le Royaume des Pays-Bas légalisa le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe en 2001, lorsque les libéraux, unis aux socialistes dans une coalition parlementaire, profitèrent de l’absence aux affaires du parti chrétien-démocrate. Lorsque celui-ci revient au pouvoir l’année suivante, le parlementarisme et les affres des coalitions l’empêchèrent de revenir sur cet acquis sociétal. La seule riposte du calviniste tempéré Jan Peter Balkende, Premier ministre de 2002 à 2010, fut de délivrer une clause de conscience pour les bourgmestres refusant de célébrer ces unions.

La loi néerlandaise sur le mariage homosexuel ne fut cependant pas étendue aux îles des Caraïbes dépendant de la Couronne : Aruba, Curaçao, Sint Maarten (partie néerlandaise de l’île Saint Martin partagée avec la France), Bonaire, Sint Eustatius et Saba, eu égards aux traditions locales et à la dévotion chrétienne des habitants. Cependant, les autorités de la métropole tentèrent de mettre à bas les résistances, et obligèrent Aruba de se conformer à la Charte du Royaume en 2007 : les mariages homosexuels contractés aux Pays-Bas seront valides dans l’île. Le 10 octobre 2012, le Parlement imposa une modification du code civil des Caraïbes néerlandaises, obligeant Bonaire, Sint Eustatius et Saba à autoriser le mariage homosexuel sur leur sol... Ce qui est vécu comme un coup de force néocolonialiste par les populations locales.

Outre leurs possessions dans les Caraïbes, les Pays-Bas se sont donnés pour mission de distiller la promotion de l’homosexualité au sein de leur ancienne colonie du Surinam, où l’ambassade néerlandaise a participé à l’organisation de la première Gay Pride de Paramaribo [1] le 11 octobre 2011. Dans d’autres pays, la diplomatie néerlandaise travaille conjointement avec celle de l’Union européenne, de la Suède et parfois de la France pour promouvoir le militantisme LGBT. En Israël, eut lieu le 8 décembre 2011 à Tel Aviv une grande soirée en l’honneur de la communauté gay locale, organisée par la délégation de l’UE et l’ambassade des Pays-Bas, où l’ambassadeur Caspar Veldkamp affirma la volonté de son pays de « détruire les préjugés », sur fond de musique techno...

Devant la montée de l’hostilité des immigrés musulmans envers le militantisme gay, les services d’immigration néerlandais ont choisi d’assumer, en proposant aux candidats étrangers un film de présentation des Pays-Bas qui fait l’apologie de l’homosexualité et du nudisme [2]. Mais l’identification LGBT du pays commence à lui nuire, notamment en Indonésie, ancienne colonie islamique, où les diplomates néerlandais évitent le sujet. Lorsque Jan Peter Balkende se rendit sur place en 2006, il prit soin de dire qu’il avait voté contre le mariage entre personnes de même sexe au Parlement, pour ne pas compromettre les chances des entreprises néerlandaises.

Royaume-Uni : aide contre minorités LGBT

En novembre 2011, le Premier ministre conservateur David Cameron déclara à la BBC vouloir couper les vivres aux Etats « homophobes » dépendant de l’aide britannique. Cette décision était l’épilogue du sommet du Commonwealth de Perth, en Australie, où de nombreux pays africains refusèrent de dépénaliser l’homosexualité, comme le leur demandait le Royaume-Uni.

Ironie de l’Histoire, les 41 Etats membres du Commonwealth menacés par Londres ont hérité du système judiciaire victorien du XIXe siècle punissant les comportements homosexuels. Principaux visés : le Nigéria, dont la puissance pétrolière permet d’ignorer les sanctions, l’Ouganda, où les homosexuels étaient mis au pilori par des projets de lois spéciaux à leur encontre entre 2010 et 2011 [3], la Tanzanie et le Ghana.

Les réactions ne se sont pas fait attendre : « Nos valeurs morales et notre culture prendront toujours le dessus même si nous restons pauvres » a répondu Bernard Membe, ministre des Affaires étrangères de Tanzanie, qui a par ailleurs refusé l’accréditation d’un diplomate occidental ouvertement homosexuel. De leur côté, les associations gays locales n’en demandaient pas tant : « Dans un contexte général de violation des droits humains, où les femmes sont presque aussi vulnérables que les LGBT, où la santé et la sécurité alimentaire ne sont pas garantis pour chacun, mettre à part les problèmes LGBT renforce l’idée que les droits des LGBT sont spéciaux et hiérarchiquement plus importants que les autres droits » écrivent celles du Ghana à David Cameron.

Bref, pour les beaux yeux de la communauté gay britannique, le torchon brûle entre Londres et ses anciennes colonies, et les victimes collatérales sont les personnes sur place.

France : opportunisme et politiquement correct

En avril 2010, alors que le cardinal Bertone, secrétaire d’Etat du Vatican, est attaqué par la presse occidentale pour avoir « comparé » homosexualité et pédophilie, le porte-parole du Quai d’Orsay déclare : « la France rappelle son engagement résolu dans la lutte contre les discriminations et les préjugés liés à l’orientation sexuelle et l’identité de genre ». Face à cette prise de position isolée en Europe, la presse italienne avance une hypothèse : le candidat au poste d’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège en 2008 a été refusé par le Vatican car il était ouvertement homosexuel. Il s’est donc vengé, en poussant son ministre de tutelle à intervenir.

Cependant, cette déclaration correspond à une orientation choisie par la diplomatie française sous Nicolas Sarkozy en faveur de la cause LGBT à l’étranger. En mai 2009, la France était ainsi, avec les Pays-Bas, le principal pays organisateur du Congrès mondial sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre qui se tenait en Norvège. Paris y annonçait la création d’un fond international pour les organisations gays. En novembre 2011, l’ambassade de France en Israël réserva le meilleur accueil au « pèlerinage » des associations homosexuelles religieuses de France (Beit Haverim pour les Juifs, David & Jonathan pour les chrétiens, H2MF pour les musulmans).

En 2007 fut créée un pôle LGBT au sein du ministère des Affaires étrangères, l’ALGO, beaucoup plus modeste que le lobby qui officie au sein du Département d’Etat américain, GLIFAA.

La France participa également aux pressions conjointes avec l’Union européenne, l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas et l’Espagne sur la Serbie, pour qu’une Gay Pride se tienne à Belgrade en 2010, avec les résultats que l’on sait [4]. Le Français Vincent Degert, chef de la délégation de la Commission européenne à Belgrade, défilait en tête du cortège. La tenue d’une Gay Pride était présentée aux Serbes comme une des conditions de leur adhésion à l’Union européenne, mais devant la duplicité des Etats membres, Belgrade a fait annuler les manifestations de 2011 et 2012.

Avertissement sans frais

Ces quelques exemples devraient suffire pour éclairer les promoteurs du « mariage pour tous » : l’homosexualité militante telle que l’Occident veut bien l’entendre ne se décalque pas dans le reste du monde, qui lui est généralement hostile. Or sa promotion diplomatique, loin d’améliorer les situations des personnes homosexuelles sur place, contribuent à attiser la haine homophobe et la méfiance des cultures locales envers l’Occident.

Achevons notre panorama par une lettre envoyée début octobre au ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius par une ressortissante française de Jérusalem :

Monsieur le Ministre,

Je vous écris (...) pour vous exprimer mon profond désaccord concernant votre projet de loi sur le mariage homosexuel et l’adoption.

Je souhaite par ce courrier apporter ma pierre de réflexion dans ce débat, si tant est qu’il y en ait un. (...)

Je vis actuellement au Moyen-Orient à Jérusalem. Mon appartement est situé entre le quartier juif, arabe et chrétien. Je suis donc au cœur de ces trois religions, et plongée quotidiennement dans la culture Proche-orientale. Chaque jour, je mesure davantage, et encore plus avec les événements de ces derniers mois, combien nous, Occidentaux, sommes - en partie - responsables de la radicalisation de l’Islam. Les musulmans ont de plus en plus peur de cet Occident dans lequel ils se reconnaissent de moins en moins. Beaucoup d’entre eux, mais aussi des juifs et des chrétiens, voient maintenant la France, comme un pays perdant toutes valeurs morales et repères familiaux ou éducatifs. Certains musulmans « modérés » qui faisaient confiance à la modernité de la France et qui fuyaient le radicalisme d’un certain Islam, reviennent en arrière.

Il faut bien réaliser que les lois comme celles que vous comptez mettre en place en France participent activement, soyez-en certain, à cette radicalisation. « Le monde Occidental légitime le mariage homosexuel ! », vous rendez-vous compte du choc que cela représente pour ces cultures ?

Je suis fière de la France, de ce qu’elle a construit jusqu’à aujourd’hui. Je mesure en tant que femme au Moyen-Orient combien la modernité de notre pays a du bon, mais je mesure aussi les dangers de cette course effrénée à une liberté qui sort de son cadre et consiste maintenant à assouvir les moindres désirs de certains lobbies. Ayons en tête que toute personne est infiniment respectable, mais que tous ses désirs ne sont pas à autoriser et encore moins à légiférer.


[1La ville où Voltaire situe la rencontre entre Candide et l’esclave noir mutilé.

[3Là encore, paradoxal retour de bâton : les Ougandais furent « sensibilisés » par des missionnaires évangéliques américains, qui évoquèrent la « décadence » des Etats-Unis engendrée par le mouvement LGBT. Plus la diplomatie américaine chercha à empêcher le vote de lois anti-gays en Ouganda, plus la population s’irrita contre la « perversion » néocolonialiste. Les homosexuels occidentaux, de leur côté, rient ou frémissent d’horreur devant l’homophobie populaire en Ouganda récriminant contre « le droit de l’homme » des Occidentaux : http://www.youtube.com/watch?v=euXQbZDwV0w

[4Un millier de manifestants gays furent protégés par trois mille policiers contre une foule de hooligans déchaînés, tandis que l’Eglise orthodoxe serbe faisait défiler six mille manifestants des classes populaires contre la Gay Pride. 141 personnes furent blessées, dont 121 policiers, 207 personnes furent arrêtées et les dégâts s’élevèrent à un million d’euros.

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