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Les Gendarmes en colère : chronique d’un malaise sans nom

Mais que se passe t-il chez les gendarmes ?

Cela pourrait être le titre d’un film étalant les nouvelles péripéties du maréchal des logis chef Cruchot et de l’adjudant Gerber de la légendaire brigade des gendarmes de Saint-Tropez, mais hélas la réalité est tout autre...
Car depuis quelques mois déjà, le sentiment de colère ne semble pas épargner cette institution d’élite pluriséculaire qu’est la Gendarmerie Nationale héritière de la Maison du Roy et de la Maréchaussée de France.

Le Sénat dans un rapport public « Quel avenir pour la Gendarmerie ? » de 2007 et 2008 [1] soulignait déjà un malaise au sein de la Gendarmerie Nationale durant l’été 1989, ébranlé par les évènements de l’été 1988 qui virent la mort de quatre gendarmes en Nouvelle-Calédonie. De nombreuses lettres anonymes envoyées au commandement soulignaient la pénibilité du travail notamment quant aux horaires de travail et d’astreinte, à la qualité des logements de fonctions et déjà au manque de considération de la part de l’État et de la population française. Cette première crise fut résolue par des « états généraux de la gendarmerie », et le lancement d’une « rénovation du service public de la gendarmerie », qui se traduisit par une réforme profonde de l’organisation, des conditions de travail et des mécanismes de concertation au sein de la gendarmerie.
Une nouvelle fois au début des années 2000 et plus précisément en décembre 2001, la Gendarmerie a manifesté son mécontentement face au contexte marqué par le mise en place des 35 heures par le gouvernement Lionel Jospin mais également l’insuffisance des effectifs, la vétusté des locaux et des matériels ainsi que le décrochement social et indiciaire des personnels. Même si la crise de décembre 2001 a pu être résolue, elle semble avoir laissé un grand traumatisme au sein de la gendarmerie et un certain ressentiment de la part des armées.

Si la Gendarmerie a pu se maintenir dans le paysage français depuis le Moyen-âge et traverser des périodes aussi riches que sombres de notre histoire telles que le fut la Révolution Française ou les divers changements politiques du XIXe siècle et de la IIIe république c’est notamment parce qu’elle a su faire preuve d’une grande capacité d’adaptation et de souplesse, caractéristique de ce corps militaire. Le caractère militaire de l’institution constitue d’ailleurs un atout tant dans la discipline dont elle fait preuve que dans la formation sérieuse qu’elle offre et le professionnalisme avec lequel elle remplit sa mission de maintien de l’ordre public. Sa connaissance du terrain et sa proximité avec la population en font à juste titre un corps particulièrement doué et sans égal.

Hélas aujourd’hui, voici que la Gendarmerie connaît un malaise peut-être plus grave que les crises qu’elle a déjà traverser. Le général de corps d’armée Bertrand Soubelet, alors Directeur des Opérations et de l’emploi de la Gendarmerie Nationale, dans son audition près la commission parlementaire de « Lutte contre l’insécurité » à l’Assemblée Nationale [2] en décembre dernier dressait une fois de plus un constat alarmant sur la vétusté des matériels, l’insuffisance numérique des effectifs, le manque de reconnaissance qui compromettent de plus en plus la mission qui leur est assignée. Il ressortait également de cette audition l’incohérence des politiques pénale et judiciaire du gouvernement face à la délinquance toujours grandissante. Le général Soubelet rapportait à juste titre que « les gendarmes sont de plus en plus inquiets car on prend plus soin des auteurs que des victimes. » Dans une autre audition auprès de la même commission le général de corps d’armée Pierre Renault [3] revenait encore sur la vétusté des matériels avec une moyenne de 22 ans pour les hélicoptères Ecureuil, 40 ans pour les VBRG (Véhicule Blindé de la Gendarmerie Nationale) et une moyenne située entre 13 et 20 ans pour les vedettes des unités nautiques littorales et fluviales [4]. Même si une politique de modernisation des matériels a été lancée, le remplacement de ces derniers est parfois lent au regard de l’urgence de la situation actuelle.

D’autre part les récents évènements de Sivens ont une fois de plus mis au jour l’absence de soutien du gouvernement et le manque de considération de celui-ci pour l’institution. Et le général d’armée Denis Favier, Directeur Général de la Gendarmerie Nationale, qui avait courageusement soutenu ses troupes suite à ces évènements [5], se trouve aujourd’hui dans le collimateur du gouvernement dont certains membres avaient été agacés par sa réponse. Charismatique, chef responsable, apprécié de tous, le général Favier semble encore unir derrière lui les gendarmes de tous bords. Si un éventuel départ est a envisager, c’est bien l’institution qui semble menacée car la colère des gendarmes risquerait bien d’exploser…


[1Rapport d’information, Quel avenir pour la Gendarmerie ? http://www.senat.fr/rap/r07-271/r07-271.html

[4Voir Avis n°256 de la Commission de la Défense Nationale et des Forces Armées de l’Assemblée Nationale http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/budget/plf2013/a0256-tVIII.pdf

[5Après Sivens : Quand Hollande et Cazeneuve veulent la peau du général Favier, directeur de la Gendarmerie… http://adefdromil.org/33235

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