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Le véritable esprit de Noël

Hans Memling, Adoration des mages

Le désiré des nations est enfin venu : il est couché dans une crèche de Bethléem, car Dieu a voulu naître dans une étable. Mais dans cet enfant nous reconnaissons notre Dieu, et nous L’adorons et lui offrons notre amour. Comme Pâques, qui est la finalité de cette naissance, la fête de Noël est une fête particulièrement joyeuse, car c’est le début de notre Rédemption. Toute la Création attend avec impatience la venue du Seigneur, et exulte à sa naissance : Montagnes, criez de joie ; arbres des forêts, applaudissez devant la face du Seigneur car il vient ! Cieux, écoutez ! et que la terre l’entende ! Que toute la Création admire et chante, mais toi surtout, ô homme ! [1]

La triple naissance du Christ

Chaque année, en ce jour béni, trois messes sont célébrées : la messe de minuit, celle de l’aurore et celle du jour. La Tradition y voit le symbole de la triple naissance du Christ : la naissance éternelle du Verbe dans le sein du Père ; la naissance temporelle de Jésus de la Vierge Marie, dans la chair ; la naissance mystique du Christ dans l’âme et le cœur des fidèles. Triple naissance du Verbe qui reçoit éternellement la nature divine de son Père, qui élève à lui l’humanité que lui donne dans le temps la Vierge, et qui s’unit au cours des siècles à nos âmes. Si Dieu s’est fait homme (mystère de Noël), c’est pour nous faire dieu (mystère de Pâques). Cette naissance spirituelle dans l’âme du chrétien est aussi la naissance du Corps mystique de Jésus. Avec Jésus nous naissons toujours plus à la vie surnaturelle, car la naissance du Chef est à la fois celle du corps.

Cette symbolique ternaire se décline : les trois messes de Noël peuvent être associées aux trois vertus théologales : la Foi (connaissance du Verbe), l’Espérance (attente de la Rédemption), la Charité (Amour). Elles peuvent aussi représenter les trois états de l’humanité, autrefois symbolisés par trois voiles cachant l’autel : avant la Loi (nuit), sous la loi mosaïque (aurore), sous la loi de grâce (jour). Enfin, la correspondance peut être trinitaire : le Père est Dieu dans l’éternité, l’aurore est la naissance, avec le Fils, et de cette relation d’amour naît le Saint-Esprit, le jour.

La naissance est une lumière – la belle expression espagnole dar la luz (signifiant « accoucher ») l’évoque bien. Noël, célébrant une triple naissance, est donc une fête lumineuse : la nuit représente l’éternité d’où surgit la lumière de l’Incarnation, le jour étant la Résurrection du Christ, qui est le soleil, et qui illumine notre intelligence. La messe du jour le chante qu’une grande lumière est descendue sur la terre : la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas comprise. La fête de Noël, à la date du 25 décembre, répond à celle du 25 mars et coïncide avec la fête que célébraient les peuples païens au solstice d’hiver pour honorer la naissance du soleil. Le Christ est le vrai soleil qui lutte contre les ténèbres de l’enfer et en triomphe. Noël est bien la fête de la lumière, et le temps de la Nativité ne s’achèvera qu’avec les cierges de la Purification.

La venue du Christ et de sa lumière se prépare durant l’Avent, car son arrivée dans le monde oblige le chrétien à une nouvelle vie. Il est prêt à guérir, et saint Bernard, prêchant à ses frères, les exhorte :

« 1. Mes Frères, je ne veux point vous laisser ignorer que voici maintenant le temps où Dieu vous visite ni surtout quel est l’objet de sa visite. Or il s’agit de nos âmes, non de nos corps. L’âme en effet, étant d’un ordre plus élevé que le corps demande, à cause de l’excellence même de sa nature, d’être le premier objet des sollicitudes de celui qui nous visite. D’ailleurs, étant tombée la première, il est juste qu’elle soit aussi relevée la première ; en effet, c’est l’âme qui a commencé par se laisser corrompre en se laissant aller au mal, et le corps ne s’est corrompu ensuite que pour expier sa faute. Enfin, si nous voulons être trouvés de vrais membres de Jésus-Christ, il faut évidemment que nous suivions notre chef et que nous ayons à cœur de réparer les brèches de nos âmes pour lesquelles il est déjà venu en ce monde et qu’il s’est d’abord appliqué à guérir. […] Voici celui qui ôte le péché du monde [le péché, qui n’est autre chose que la maladie de l’âme et la corruption de l’esprit] [2]. »

Charles Le Brun, Nativité

Et le Verbe s’est fait chair

La naissance charnelle du Christ marque le début du temps de l’Incarnation, son adventus [3], qui consiste dans l’union en Jésus du Verbe « engendré de la substance du Père avant tous les siècles  » avec l’humanité « engendrée de la substance de sa Mère dans le monde » (symbole de saint Athanase). Le Verbe fait chair est pour nous la parfaite manifestation de Dieu : c’est Dieu fait homme, qui nous révèle le Père. Sous les traits charmants de l’enfant que Marie a déposé dans la crèche, l’Église nous fait distinguer, comme par transparence, la divinité devenue, en quelque sorte, visible et palpable. « Qui me voit, voit le Père  », dit Jésus (Jean XII, 45). Et cette Incarnation fut une grande miséricorde à l’égard de la faiblesse de notre esprit. En effet, selon saint Thomas d’Aquin, rendre Dieu visible, c’est le rendre plus accessible à notre intelligence :

« 2. Ce qui tient à la divinité doit plus que toute autre chose, à le prendre en soi, éveiller l’amour et par suite la dévotion parce que Dieu doit être aimé plus que toute chose. Mais la faiblesse de l’esprit humain, de même qu’elle a besoin d’être conduite par la main jusqu’à la connaissance divine, veut que nous n’atteignions pas à l’amour sans l’aide de réalités sensibles, adaptées à notre connaissance. En premier lieu ce sera l’humanité du Christ, selon cette préface du missel pour Noël : “ En sorte que connaissant Dieu sous cette forme visible nous soyons par lui ravis en l’amour des réalités invisibles. ” Regarder l’humanité du Christ est donc le moyen par excellence d’exciter la dévotion. C’est comme un guide qui nous prendrait par la main [4]. »

L’Épiphanie et les Rois mages

Épiphanie signifie « apparition », « manifestation » : de fait, le Christ est maintenant visible pour tous, manifesté à tous les peuples de la terre, aux Juifs comme aux païens. À l’Introït de l’Épiphanie est chantée la venue du Seigneur : Ecce advenit dominator Dominus : et regnum in manu ejus, et potestats, et imperium (Ps 71, 1). La liturgie célèbre la manifestation du mystère de l’Incarnation au peuple juif au moment de la Nativité (25 décembre), et aux païens au moment de l’Épiphanie (6 janvier). Entre ces deux dates, le calendrier est riche : de fait, le temps de Noël ne se réduit pas à la seule Nativité. Huit jours après, l’Enfant divin fut circoncis par Joseph (Circoncision, 1er janvier) et reçut le nom de Jésus (fête du saint Nom de Jésus, 2 janvier) que l’ange avait indiqué à Joseph et à Marie. Enfin, au cortège des bergers succède bientôt celui des mages. Ils arrivent d’Orient à Jérusalem, guidés par une étoile et, sur l’avis des princes des prêtres eux-mêmes, se rendent à Bethléem, car c’est là, d’après le prophète Michée, que devait naître le Messie.
L’Épiphanie est une fête de grande importance, et elle doit susciter une piété égale à celle de Noël : il faut vouloir se mêler à la somptueuse caravane des mages pour qu’avec eux nous nous prosternions devant l’Enfant et l’adorions, lui que tous les anges de Dieu adorent. Les trois Rois mages, venus d’Orient pour adorer le Sauveur à Bethléem, figurent la totalité des peuples de la terre. Ils sont uniquement évoqués dans l’Évangile selon Matthieu (II, 1-12), et ce n’est que de la Tradition patristique que nous apprenons leurs noms et leur origine géographique. Chaque Roi mage représente un continent : l’Europe (Gaspard), l’Asie (Melchior) et l’Afrique (Balthazar), comme les témoins des nations païennes qui ont reconnu le Messie qu’Hérode et le peuple juif ont ignoré. Surtout, les offrandes apportées au Christ revêtent un grand symbolisme : l’or apporté par Balthazar représente la royauté de Jésus (Christ-Roi), l’encens offert par Melchior représente le sacerdoce (Grand Prêtre de l’ordre de Melchisédech), la myrrhe de Gaspard symbolise la prophétie (le Christ est descendant des prophètes de l’Ancien Testament).

Avertis en songe, les Mages retournèrent chez eux sans repasser par Jérusalem (Évangile de l’Épiphanie). Hérode, qui leur avait demandé de lui indiquer où était cet enfant, voyant que les Mages s’étaient joués de lui, entra dans une grande colère et envoya tuer tous les enfants qui étaient à Bethléem et dans les environs depuis l’âge de deux ans et au-dessous, espérant ainsi se débarrasser du Roi des Juifs en qui il craignait un compétiteur (Évangile des saints Innocents, 28 décembre). Un ange apparut alors à Joseph pendant son sommeil et lui dit de fuir en Égypte avec Marie et son Enfant. Ils y restèrent jusqu’à la mort d’Hérode. Quarante jours après que Marie eut mis son fils au monde, elle alla au Temple pour y offrir le sacrifice prescrit par la loi (Présentation, 2 février). C’est alors que Siméon prédit que Jésus serait la ruine et la résurrection d’un grand nombre et qu’un glaive de douleur percerait le cœur de sa Mère (Évangile du dimanche dans l’octave de la Nativité).

Jacques Daret, La Nativité, c.1433

[1Saint Bernard de Clairvaux, Sermon 1, Vigile de Noël.

[2Saint Bernard de Clairvaux, Sixième sermon pour l’Avent de Notre-Seigneur. Sur le triple avènement du Seigneur et sur la résurrection de la chair.

[3Rappelons qu’en anglais l’équivalent chronologique de notre « ap. J.-C. » s’écrit « A. D. » (Adventus Domini).

[4Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, Q. 82, La dévotion, Article 3, « La cause de la dévotion ».

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