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Le libéralisme contre le droit : le poison positiviste

Le droit, les droits : ces mots courent sur toutes les lèvres. On croit benoîtement en saisir le sens. Las ! Notre droit est un arbre mort, dépourvu de la sève nécessaire à son épanouissement. Quelle maladie a pu foudroyer ainsi le chêne de l’antique Ars juris ?
A cette question, nous répondrons sans ambages : le libéralisme philosophique et son funeste avatar qu’est le positivisme juridique.

Positivisme juridique : arbre sans racine

Nominalisme, cartésianisme, Lumières et Révolution sont les étapes successives d’une gangrène affectant le corps sain du droit en Occident. Là où S. Thomas distinguait loi éternelle, loi naturelle et loi humaine – cette dernière devant se conformer à la seconde -, les Modernes ont consacré l’avènement funeste du positivisme.

Le diagnostic est sans appel : l’ordre actuel est fondé politiquement sur la démocratie représentative et juridiquement sur la prédominance de la loi comme instrument de premier choix. Dépourvue de garde-fou autre qu’une pâle « Constitution » sans cesse remaniée, la loi est une machine folle, soumise aux passions des hommes et aux rapports de force partisans.
Tout le paradoxe est là : la loi votée par le Parlement est portée au pinacle, car elle est l’ « expression de la volonté générale », formule rousseauiste consacrée par l’article 6 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Dans le même temps, cette loi a bien piètre valeur si elle se refuse obstinément à toute transcendance.
Alors qu’elle est tout, elle ne signifie plus rien.

Le droit selon les libéraux : pyramide sans sommet

Triste et froide conception que celle des positivistes, pour qui le droit n’est envisagé que dans sa forme technique, aboutie, construite et prête à être appliquée.
Il se limite à la loi promulguée dans le respect des formes constitutionnelles convenues et ce, sans aucune considération de droit naturel. Pauvre Antigone ! Elle meurt une seconde fois. Le nouveau Créon est libéral.
Car il faut voir ici la main, pas tout à fait invisible, du libéralisme philosophique. Doctrine aux formes multiples, son essence réside dans l’absence de valeurs supérieures au consentement ou au contrat.
Un tel paradigme est condamné par S. Jean XXIII lorsqu’il affirme, dans l’encyclique Pacem in Terris, qu’« on ne peut, certes, admettre la théorie selon laquelle la seule volonté des hommes - individus ou groupes sociaux - serait la source unique et première d’où naîtraient droits et devoirs des citoyens, et d’où dériveraient la force obligatoire. des constitutions et l’autorité des pouvoirs publics » [1].
Le rapport de forces fait le lit du libéralisme et du positivisme.
Les théoriciens du droit peuvent bâtir autant de hiérarchies des normes qu’ils le souhaitent : sans référence au droit naturel, la pyramide juridique n’a point de sommet et ses fondations sont posées sur du sable. Elle s’effondre alors, tôt ou tard, tel un vulgaire château de cartes.

L’oubli de la civilisation du droit

Sombre outil technique, vague objet juridique sans cesse en mouvement au point de donner le tournis au praticien, norme puissante mais orpheline de la nature et de la transcendance, la loi meurt de sa belle mort. Elle est à l’agonie et personne ne veille à son chevet. Elle entraine pourtant le droit dans sa perte, mais qu’importe à nos contemporains ! Notre monde a oublié ce qu’était le droit.

Gangréné par le libéralisme philosophique, l’ancien Occident helleno-chrétien a tourné le dos à l’Ars juris  : il en a omis tant la fin – le Bien commun – que l’essence, laquelle est résumée par Aristote comme étant la juste mesure dans la répartition des biens extérieurs. A la suite du Stagyrite, les jurisconsultes de la Ville éternelle ont donné tout son sens à la matière juridique : Jus est ars boni et aequi . « Le droit est l’art du bon et de l’équitable » (définition d’Ulpien, empruntée à Celse).
L’Occident des pontifes et des saints ne renia pas l’héritage des jurisconsultes. D’une Rome à l’autre, l’Europe chrétienne de S. Thomas demeura fidèle à cette conception classique et romaine de l’art du droit.

Renouer avec la Justice

Une civilisation digne de ce nom aurait beau jeu de renouer avec cette sagesse juridique des Anciens et rompre enfin avec le double fléau du libéralisme philosophique et le positivisme juridique.
L’art du droit tend vers une fin ultime, le bien commun, lequel ne peut se réaliser qu’en cas de concordance des lois positives et des lois naturelles. Le vulgaire outil manié d’une manière ou d’une autre au gré des rapports de force est un crime contre la civilisation.
Si la société doit renouer avec l’enracinement et la transcendance, le droit doit retrouver son essence et son but.
Ainsi seulement peut-on restaurer la res publica organique. Ainsi s’accomplit la Justice, qui est l’objet du droit.


[1Lettre encyclique Pacem in Terris, Paix sur la Terre : Sur l’établissement d’une paix universelle dans la vérité, justice, charité et liberté, promulguée le 11 avril 1963, point n°78. Encyclique à lire en intégralité ici.

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