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Le divorce de l’évêque gay

Il était la caution religieuse du mouvement LGBT. Sa nomination en 2003, comme évêque [1] du New Hamphsire, avait suscité un schisme profond au sein de l’anglicanisme. Il avait personnellement animé plusieurs campagnes en faveur de la légalisation du mariage homosexuel aux Etats-Unis. Six ans après s’être uni civilement à son compagnon Mark Andrew, Gene Robinson a annoncé son divorce, le 5 mai 2014. Une onde de choc parcourt actuellement les médias anglo-saxons, qui l’avaient porté aux nues. En France, seuls quelques médias ont repris l’information.

Eugene "Gene" Robinson incarnait les contradictions du protestantisme américain. Fils de fermiers du Kentucky, au cœur de la Bible Belt, le fief des évangéliques, il allait avec ses parents dans des églises où l’on diabolisait les homosexuels. Il se tourna plus tard vers l’Eglise épiscopale, la branche américaine de l’anglicanisme, qui fait partie du protestantisme historique, appelé mainline aux Etats-Unis. Les épiscopaliens sont moins littéralistes dans l’approche de la Bible, et ont conservé la liturgie et les sacrements catholiques.

Devenu prêtre, Gene Robinson se maria et fonda une famille : il est aujourd’hui deux fois grand-père. Puis il quitta sa femme pour un homme, et commença à militer ouvertement pour une reconnaissance de l’homosexualité au sein de l’Église épiscopale. Son activisme bénéficiait du terreau favorable de la théologie libérale anglicane, en vogue depuis les années 1970, et qui avait déjà débouché sur l’ordination des femmes prêtres et et le sacre de femmes évêques.

Déclencheur du schisme anglican mondial

En 2003, il fut ordonné évêque du New Hampshire. Aussitôt, l’anglicanisme mondial se scinda en deux : d’un côté, les Églises américaine et canadienne, solidaires de Gene Robinson et favorables aux revendications LGBT, de l’autre, les Églises africaines, qui constituent les forces vives de cette confession chrétienne, et qui rejettent parfois violemment l’homosexualité. Entre les deux, l’Église d’Angleterre, Église-mère de la Communion anglicane, qui tolère le lobbying LGBT en son sein, mais demeure opposée au mariage gay. En 2008, pour protester contre les ambiguïtés du primat anglican de l’époque, l’archevêque de Canterbury Rowan Williams, les évêques africains et australiens firent sécession, en constituant une Communion anglicane schismatique.

A l’échelle du protestantisme mondial, il y a eu un « avant » et un « après-Robinson ». L’anglicanisme est entré dans une crise qui menace son existence même : alors que l’ordination des femmes la fragilise déjà, la question homosexuelle risque de détruire la Communion des Églises. Aux États-Unis, l’ordination de Gene Robinson a poussé les groupes de pression LGBT à imposer leurs vues aux Églises protestantes historiques (luthériennes, presbytériennes, réformées), qui s’y sont presque toutes ralliées. Depuis 2012, l’Église épiscopale célèbre les unions de même sexe. Cependant, l’engagement militant gay de ces Églises concorde avec leur déclin général. Les épiscopaliens ont perdu 1 million de membres depuis 2003 (sur 3 millions), partis rejoindre diverses Églises protestantes, ou l’Église catholique.

Un prélat médiatique

Gene Robinson se proclama symbole du croyant homosexuel persécuté par l’intolérance religieuse. Il réclamait en effet que l’anglicanisme, et plus largement le christianisme, changeât sa doctrine sur l’homosexualité, pour pouvoir être accepté. Aux États-Unis, où le public est sensible aux références religieuses, il joua de son statut « de premier évêque gay » pour faire avancer la cause du mariage homosexuel, et chercha à justifier théologiquement le militantisme LGBT.

Proche des démocrates, Robinson fut pressenti en janvier 2009 pour prononcer l’invocation, la prière d’investiture du président Obama. S’il fut finalement écarté au profit du pasteur évangélique Rick Warren, jugé plus rassembleur, il fut récompensé pour son militantisme en étant nommé au Center for American Progress, une fondation liée à l’administration au pouvoir.

Plus Gene Robinson se faisait militant gay, moins il parlait de christianisme, et plus il basculait dans l’hérésie. En 2005, il sous-entendait dans un sermon que Jésus était homosexuel : « cet homme était célibataire, entouré d’un groupe d’hommes, et avait un disciple connu comme ‘celui que Jésus aimait’ ». Interrogé en 2010 par une journaliste britannique s’il croyait en la Résurrection du Christ, il demandait : « Why not ? », comme s’il agissait d’un superflu optionnel de la foi chrétienne. Il déclarait également ne plus croire dans le Credo de Nicée.

Auréolé par les médias, Gene Robinson était un homme qui aimait se mettre en scène. Il était l’invité de marque de ces dîners de gala mondains dont les Américains ont le secret. Il fit l’objet de deux documentaires présentés au festival de Sundance, berceau de la culture bobo américaine, aux titres dithyrambiques : For the Bible Tells Me So (2007) et Love Free or Die (2012).

Les failles de l’icône devinrent pourtant visibles. Hypersensible, il ne supportait plus les confrontations avec de nombreux fidèles, qui allaient de l’appel au repentir aux menaces de mort. Des accusations d’attouchements et d’addictions le poursuivaient. On apprit en 2006 qu’il était un alcoolique chronique. En 2013, il démissionna de son poste d’évêque de New Hampshire. Sa tribune annonçant son propre divorce dans The Daily Beast est fidèle à sa mise en scène médiatique, jusque dans son malheur.

Une « évolution » en question

Outre le cas personnel dramatique de Gene Robinson (pour qui la prière d’intercession devient urgente), c’est la position du protestantisme libéral qui est remise en cause. En voulant accompagner les évolutions sociétales, certains chrétiens ont entrepris de changer la doctrine des Églises. Leur foi est devenue un humanisme flexible, déchargé de spiritualité. Transformés en cautions religieuses d’un militantisme politique, ils provoquent le départ de fidèles croyants et pratiquants. En Amérique du Nord, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Scandinavie, le ralliement du protestantisme libéral à la nouvelle donne sociétale coïncide avec son déclin, et la sécularisation, alors que les protestants dissidents, les évangéliques, et les catholiques résistent. Malgré cette réalité avérée, l’Église protestante unie de France, dominée par le courant réformé libéral, a inscrit à l’ordre de son Synode en 2015 la bénédiction des couples de même sexe.

Si l’évolution d’une frange du protestantisme, personnifiée par Gene Robinson, a pu nuire à l’œcuménisme, elle a paradoxalement permis un net rapprochement entre l’Eglise catholique et les Eglises orthodoxes. Dans l’adversité, les différences entre communautés, certes réelles, deviennent moins visibles, par rapport à la fidélité au message inchangé du Christ. En visite auprès du primat anglican Rowan Williams en 2010, Benoît XVI avait bien résumé cette exigence : « l’Eglise doit être inclusive, mais jamais au détriment de la vérité chrétienne ».


[1Précisons que, depuis l’encyclique Apostolicae Curae de 1897, l’Eglise catholique romaine considère les ordinations anglicanes comme « nulles et sans valeur ». Cette décision s’appuie à la fois sur le précédent (des ministres du culte anglicans devenus catholiques au XVIIe siècle furent ordonnés à nouveau) et sur le serment d’ordination anglican, qui a longtemps omis de mentionner explicitement la célébration eucharistique. Les archevêques anglicans de Canterbury et York répondirent par la lettre Saepius officio, où ils affirmèrent que la théologie sacrificielle était bien présente dans la liturgie anglicane, et notamment dans le Book of Common Prayer.

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