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Pour de nombreuses personnes, ce Noël sera spécial, marqué en coin par la tristesse. Le cœur n’y sera pas. Le bonheur social obligatoire, emballé et vendu, appuiera là où l’amertume leur fait mal. Pour d’autres, qui auront le luxe de ne pas être entravé par des souffrances personnelles, et de méditer sur là où va le monde, il y a de quoi se lamenter. En France, la culture de mort, prônée au plus haut sommet de l’État, progresse impunément. Twitter et Facebook, avec leur flot de nouvelles et de sarcasmes, envahissent les discussions et les esprits.

Pourtant, Noël est là pour nous relever, nous éclairer. C’est ce à quoi nous encourage notre confrère KozToujours, qui a signé sur son blog un chouette article : « Ne nous laissons pas voler l’espérance ! ».

Espérance dans le monde tout d’abord, pour tenir tête au "tout va mal" et au catastrophisme ambiant :

Le Christ et l’Église ne demandent pas aux croyants de rejeter le monde mais de l’aimer. Et l’on peut aimer ce monde qui aspire de lui-même à l’amour, la compassion, l’accueil de l’autre.

Cette espérance dispose d’un allié, en la personne du Pape François :

le pape dégage l’horizon. Ceux qui le souhaitent peuvent entrevoir le Christ. Le pape y parvient parce qu’il est cohérent. Il incarne ce qu’il dit, il fait ce qu’il demande, ce qu’il propose aux autres. Il montre la voie à double titre. Il montre la voie pour les catholiques désireux de faire partager ce qui les anime et, en cette fin d’année, il nous montre tout spécialement la voie vers l’essentiel.

Koz fait référence à l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, la joie de l’Évangile, parue fin novembre, et qui reste à découvrir pour de très nombreux catholiques - dont votre serviteur. A la parcourir, on y trouve des antidotes à la morosité, et une invitation à aller de l’avant (ou plutôt de l’Avent, pour encore deux jours) :

je reconnais que la joie ne se vit pas de la même façon à toutes les étapes et dans toutes les circonstances de la vie, parfois très dure. Elle s’adapte et se transforme, et elle demeure toujours au moins comme un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d’être infiniment aimé, au-delà de tout. Je comprends les personnes qui deviennent tristes à cause des graves difficultés qu’elles doivent supporter, cependant peu à peu, il faut permettre à la joie de la foi de commencer à s’éveiller, comme une confiance secrète mais ferme, même au milieu des pires soucis : « Mon âme est exclue de la paix, j’ai oublié le bonheur ! […] Voici ce qu’à mon cœur je rappellerai pour reprendre espoir : les faveurs du Seigneur ne sont pas finies, ni ses compassions épuisées ; elles se renouvellent chaque matin, grande est sa fidélité ! […] Il est bon d’attendre en silence le salut du Seigneur » (Lm 3, 17.21-23.26).

Le bien tend toujours à se communiquer. Chaque expérience authentique de vérité et de beauté cherche par elle-même son expansion, et chaque personne qui vit une profonde libération acquiert une plus grande sensibilité devant les besoins des autres. Lorsqu’on le communique, le bien s’enracine et se développe. C’est pourquoi, celui qui désire vivre avec dignité et plénitude n’a pas d’autre voie que de reconnaître l’autre et chercher son bien. Certaines expressions de saint Paul ne devraient pas alors nous étonner : « L’amour du Christ nous presse » (2 Co 5, 14) ; « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » (1 Co 9, 16).

Le Pape nous ramène à l’essentiel, et nous transmets son enthousiasme contagieux : voilà un beau cadeau de Noël, à savourer.

Miracle de la saison : les protestants eux-mêmes sont touchés par la Grâce ! Dans un article intitulé « Un Évangile qui décoiffe », le directeur de l’hebdomadaire protestant Réforme, le pasteur Antoine Nouis, se fait lyrique lorsqu’il écrit sur François :

« Que plus jamais on ne définisse le protestant comme quelqu’un qui ne croit pas au pape ! Car si on ne croit pas à la papauté en tant que mode d’organisation de l’Église, tout le monde peut se laisser interpeller par les propos d’un pape authentiquement catholique au sens d’universel. Le propre de la démarche spirituelle est d’écouter ce que dit l’Esprit et il souffle dans l’exhortation apostolique de celui qui aime se présenter comme le simple évêque de Rome. »

Le pasteur encense « un livre bienfaisant, témoin d’un Évangile qui console, exhorte, interpelle. Pour le Pape François, la foi est une vraie exigence mais elle n’est pas triste… comme le rappelle le titre.  » Même si Antoine Nouis a parfois les défauts du théologien réformé libéral, ce qu’il écrit vibre de l’amour du Christ, qui a trouvé un écho dans les écrits du Pape. Rendons hommage à cet éloge protestant.

Certains catholiques feront la moue en lisant ces lignes. Pour nombre d’entre eux, le protestantisme fait figure d’une île mystérieuse, mal connue, où on se garderait d’aller. Beaucoup de jeunes cathos se contentent des préjugés et des blagues qu’ils ont sur les « parpaillots ». Les Tradis voient dans les protestants là où la Bête s’est engouffrée dans le monde : le libre-examen de Luther (que certains appliquent pourtant à leur insu, en faisant le tri de ce qui leur plaît dans l’Église), qui a donné les Lumières, la franc-maçonnerie, etc. En face, l’excès de zèle de certains évangéliques, qui forment le gros des protestants aujourd’hui, nous ramène parfois au XVIe siècle, quand ils affirment que les « papistes » vénèrent Marie et des statues, et pratiquent l’idolâtrie.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce qu’un catholique peut recevoir à aller vers ses frères protestants, et notamment évangéliques. Il rencontrerait dans de nombreuses communautés une foi vivante, qui attise le désir d’un cœur à cœur personnel avec Jésus, seul Seigneur, seul Sauveur. Il serait frappé de voir l’énergie dévolue à la mission, à l’accueil des convertis. Il serait également bousculé dans ses schémas et ses habitudes.

Il serait urgent de rééditer le livre de l’ancien pasteur devenu prêtre Louis Bouyer, Du protestantisme à l’Église, pour redécouvrir les intuitions authentiquement chrétiennes de la Réforme, qui font toujours vivre les protestants centrés sur le Christ des siècles plus tard [1].

Cela n’enlève rien des différences qui existent entre nous. Noël devrait pourtant être l’occasion de nous retrouver : la naissance du Sauveur justifie la place de Marie que lui accordent les catholiques. Non, elle n’est pas une simple bonne femme, comme certains pasteurs le prêchent, elle a été élue, par pure grâce, pour enfanter le Messie. Les chrétiens qui l’honorent ne font qu’accomplir la parole biblique du Magnificat : « Désormais toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1,48).

A cette invitation à l’Espérance, et au "décoiffement" protestant, ajoutons à cette exhortation de Noël l’appel au courage au quotidien par l’évêque aux Armées françaises, Luc Ravel, dans sa lettre adressée aux militaires et à leurs familles :

Noël est une excellente occasion pour entendre à neuf l’appel à la ténacité prudente et au courage éclairé. Car Noël nous tend tous vers l’énergique présence de Dieu au milieu des affaires humaines. Il nous offre une splendide leçon de tactique : comment contourner le découragement et emporter l’enthousiasme alors que les temps sont durs, l’avenir obscur et le mérite oublié.

L’évêque conclut par un éloge de la fragilité :

Les apparences de l’enfant ou les conditions de sa naissance vont contre lui : mais la force est à l’intérieur. Grâce à elle, le temps, terrible pour les faibles, joue pour lui. Être sur la paille n’amoindrit pas sa vertu. A terme, à la longue, c’est elle qui resplendit.

Que le Seigneur, qui se fait vulnérable, puisse nous enseigner la joie qui dure. La joie de Noël.


[1Pour comprendre également pourquoi le protestantisme, en tant que système anti-catholique, est voué à se morceler et à passer par des cycles de périodes fastes et de reflux, mais c’est un autre sujet à explorer.

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