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Le concept d’« Identité » est certainement l’un des plus difficiles qui soit et sa détermination spéculative peut en un sens être considérée comme la tâche même de la philosophie. Du Poème parménidien, jusqu’aux méditations de Heidegger, il traverse de fait l’histoire de la pensée occidentale puisque même l’esprit le plus mal formé le sait d’une intuition surnaturellement naturelle : sans lui, rien n’est pensable.

Appliqué sur le terrain historico-politique, il fait l’objet de nombreuses controverses et débats dont la récente actualité nous a donné bien des exemples. Même chez les moins mauvais des protagonistes médiatiques (comme Finkielkraut), des confusions logiques et métaphysiques continuent toutefois d’obombrer son intelligence.

Sans prétendre élucider exhaustivement le concept, ce qui est par définition impossible et serait dans le cadre d’une simple tribune, insensé, il nous est nécessaire de clarifier, et c’est bien le moins, les conditions de possibilités fondamentales de la simple position du concept d’« Identité ».

Si le camp national pouvait faire ce travail minimum d’intériorisation conceptuelle, tout le monde aurait à y gagner.

Nous procèderons de la manière qui nous paraît la plus simple, en examinant successivement les lieux communs, plus ou moins fondés qui entourent ce concept. Nous définirons donc la Carte d’identité de l’Identité telle qu’elle est pré-et-mal-conçue par le cirque aux abominations qui nous sert de classe politique et intellectuelle puis relèverons les contradictions internes de chacune de ses propositions.

Premier lieu commun : « C’est la différence qui enrichit l’identité »

Cela est bien sûr partiellement exact. Mais encore faut-il saisir correctement l’énoncé. Une identité qui serait totalement « nue », purement abstraite, c’est-à-dire dépouillée de toute détermination qualitative qui la spécifie ne serait rien d’autre qu’un pur néant. Un Être pur, en l’absence de toute médiation par laquelle il se réfléchit, s’authentifie, se pense, se dit et par-là même devient, n’est effectivement rien d’autre… qu’un pur rien [1]. L’identité, quelle qu’elle soit (d’un peuple, d’une nation, d’un Etat, d’un individu etc.), ne tient donc et ne doit l’authentification réflexive de son contenu (riche ou pauvre, grandiose ou misérable) que de la médiation d’une différence par laquelle elle trouve à se révéler, et, comme toute détermination est une négation [2], c’est bien par la rencontre et l’épreuve de la différence d’avec soi qu’elle devient ce qu’elle est. La différence « enrichit » l’identité, si par-là on entend que la « richesse » provient de ce jeu par lequel l’immédiateté d’un fond déjà donné trouve à se spécifier par la médiation d’une forme qui, pour advenir, suppose la rencontre d’une extériorité et l’antagonisme qui la sépare de toutes les autres formes. Et la France, qui n’est pas une abstraction vide mais un ensemble positif réel de déterminations (un sol, un climat, une religion etc.), a en effet fait fructifier son être immédiat par les relations diverses qu’elle a su nouer avec ce qui était différent d’elle.

Jusqu’ici tout va bien.

Le vice logique commence lorsque, faisant fond sur le raisonnement précédent, l’on en vient à affirmer que c’est la différence qui non seulement enrichit mais fonde l’identité, que l’authentification serait une instauration, que la médiation qui révèle serait le sol qui soutient, que l’altérité à laquelle on se confronte serait au principe de l’ipséité qui nous positionne. Un peu comme si un arbre tenait par ses feuilles. Comme si la France devait « tout » à la multiplicité fantasmatique de différences qui viendraient d’ailleurs. Absurdité intégrale.

Restitué à sa nudité logique, la contradiction d’une telle thèse qui donne le primat principiel à la différence sur l’identité doit sauter aux yeux : si l’on fait de la différence le principe de l’identité, c’est simplement que l’on pose la Différence comme étant l’Identité absolue... On n’annihile pas l’identité substantielle, on ne peut que la déplacer ; le comble étant justement de la déplacer dans son contraire au moment même où l’on prétend la caractériser. C’est l’identité qui est toujours substantiellement, elle et elle seule, principe. Et ce pour la raison qu’une différence, quelle qu’elle soit, du seul fait qu’elle est nommée, reconnue ou bien pensée, est identifiée, c’est-à-dire indexée à l’Identité conçue inévitablement comme Archétype de toute réalité pensable et expérimentable. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle tous ceux qui expliquent que la France doit tout à des apports étrangers identifient sans même s’en rendre compte la France à tout ce qui est étranger et donc, posent l’identité absolue d’une forme vide qui, d’autorité, résume en elle toute différence… Leur manière de vouloir faire droit à l’étranger est donc, nouveau paradoxe, une façon particulièrement maligne d’étouffer toute forme d’étrangeté.

De ce fait, s’il est bien vrai d’affirmer que c’est par l’épreuve et la médiation de la différence que l’identité s’avère et s’enrichit, il est cependant insane d’en conclure que la différence serait elle-même principe substantiel puisque ce faisant, on ne fait que déplacer le concept d’identité dans son contraire. Bref, en voulant faire primer la différence sur l’identité, l’on ne fait que placer l’identité dans la différence, ce qui revient à définir la glace en la mettant dans le feu. Qu’en conclure ? Que si sans la différence par laquelle elle se médiatise, l’identité demeure seulement en puissance, car purement irréfléchie, sans l’identité qui fonde, la différence n’est rien d’expérimentable ni de pensable. Par conséquent, c’est le processus d’identification de l’identité par la différence qui sort, et l’une, et l’autre, de leur abstraction creuse.

Aussi, ceux qui nous expliquent du matin au soir que la France doit « tout » à des apports étrangers et qui déplorent en même temps le défaut d’intégration et d’assimilation feraient bien d’y réfléchir à deux fois : si la France doit tout à l’étranger, c’est que s’y intégrer c’est rester soi-même ; et que ce « soi-même », c’est une France étendue élastiquement de manière délirante à toute chose… Absolutiser ce premier lieu-commun conduit donc à s’égarer d’absurdité en absurdité.

Amendons la première ligne de cette carte d’identité de faussaires que nous servent sans cesse les médias : « Ce n’est pas la différence qui enrichit l’identité, c’est l’identité qui s’enrichit de ce qui doit toujours demeurer son auto-différenciation ».

Deuxième lieu commun : « Un peuple n’a d’identité que changeante »

Pour les raisons indiquées précédemment, l’on comprend bien ce qu’il y a de vrai dans cette affirmation. L’identité présuppose la processualité d’un devenir, donc un mouvement d’auto-différentiation qui l’avère et l’éprouve dans son être ; ce que l’on appelle communément une « histoire ». C’est l’épreuve de la différence qui dynamise l’identité. L’identité historique d’un peuple ou d’un individu advient dans et par une processualité dont l’aiguillon est bien l’échange, le dialogue, la guerre, le pacte, l’admiration, la rivalité, l’émulation etc. Bref, toutes modalités par lesquelles la réalité d’un trait déterminant et substantiel s’éprouve dans les transformations que les rencontres lui font subir.

« Le même est l’autre d’un autre ». Admettons un instant cette affirmation.

Mais là encore et c’est le point capital : pour constater un changement, il faut un index. Pour rendre compte d’une transformation, il faut une norme. Pour saisir, déplorer ou admirer une métamorphose, il faut admettre la permanence d’un invariant à partir duquel elle devient constatable, appréciable, évaluable. Les métamorphoses qui sont le signe de la belle vivacité des peuples ou bien des langues n’ont jamais de sens que parce qu’elles sont les variations par lesquelles s’éprouvent la claire permanence d’un thème. Et si les variations devenaient telles qu’elles en feraient oublier le motif principal, cela ne signifierait rien d’autre que la disparition du peuple concerné.

De la même façon que si on met la différence au principe de l’identité, on se contente contradictoirement de poser une identité qui s’auto-détruit, si on fait du mouvement lui-même le principe de l’historicité, l’on en fait une rhapsodie qui ne va nulle part et qui n’a aucun sens. Ce qui dynamise est aussi ce qui potentiellement dynamite. Ce qui mobilise, ce qui virtuellement pulvérise. L’énantiodromie du devenir, le mobilisme de l’identité, parce qu’il place l’identité dans le mobile revient au vice logique précédent. En voulant évacuer le permanent, l’on ne fait que le placer dans son contraire, et l’on annihile ainsi les conditions mentales qui rendent saisissables son sens et sa destination. Faire primer le mobile, c’est poser une permanence de l’impermanence qui, in fine, ne signifie rien d’autre que la confusion mentale de celui qui s’en réclame.

Aussi, arguer du caractère changeant de l’identité des peuples pour justifier leur transformation est donc possible à la condition de reconnaître qu’identité antérieure il y a bien et qu’elle doit gouverner et conduire les transformations, comme les variations qu’un compositeur fait subir à un thème. Mais si l’affirmation de cette mobilité s’effectue par contradiction avec la permanence du thème et de son antériorité ou bien au nom même de cette contradiction, c’est que :

  • Soit celui qui parle est idiot
  • Soit il est malveillant et conspire contre le peuple dont il parle

Amendons la proposition initiale : « La métamorphose n’est un signe de vitalité que dans la mesure où elle tend à renforcer les déterminations initiales du peuple concerné qui ne peut donc admettre que des changements partiels ».

Troisième lieu commun : « L’identité du peuple français se constitue par l’adhésion à un projet commun »

Cette manière de présenter les choses à ceci de vrai que l’adhésion à un destin historique national ne s’accomplit qu’en tant qu’elle assume l’ouverture à un avenir partagé. Ce qui se traduit notamment par l’engagement sacrificiel. S’engager pour des « valeurs », qu’est-ce donc en acte ? Être courageusement prêt à les défendre au péril de sa vie. Il est donc exact d’affirmer qu’être français, c’est bien faire siens des principes comportementaux, des normes éthiques, des « valeurs » si l’on veut (bien que le terme soit effroyable) qui, parce qu’elles prétendent de fait à l’universel (que l’on prenne le versant catholique ou humaniste), ne ferment pas a priori la porte à tout individu étranger à cette nation. Ainsi, l’on peut bien entendre que si l’identité ne s’accomplit que différentiellement (mais en étant toujours Principe), et que son changement est inévitable si elle a une « histoire » (mais que cette histoire est une variation sur un thème unique), l’adhésion ponctuelle d’un individu nativement étranger à ce principe et à cette histoire devienne possible à la condition d’une fusion totale avec ceux-ci et d’une preuve donnée de cette fusion par un engagement comportemental réel de tous les instants.

Le problème logique commence lorsque, reconnaissant cette vérité, on l’absolutise en omettant de considérer que l’adhésion à un projet ne fait sens que proportionnée à l’urgence d’un héritage qui a nécessairement des ayant-droits et que devenir ce que l’on n’est pas initialement, c’est-à-dire de manière native, présuppose de reconnaître qu’il y a bien une altérité de principe qui, elle, constitue (du point de vue de l’étranger), l’invariant de l’identité que nous évoquions précédemment. Si l’on omet de faire droit à cette antériorité, l’on se retrouve alors à promouvoir une identité française « universelle » mais qui n’est rien d’autre que de l’homogène indéfini où se jouxtent chaotiquement des particularités que rien ne réconcilie (ce qui, hic et nunc, n’est pas loin d’être le cas…).

En bref, un étranger peut devenir français si : 1. Les ayant-droits le veulent bien (puisqu’ils sont les garants de la permanence de l’héritage), 2. S’il fait sien tous les us et coutumes de ce pays et si 3. Il comprend que son assimilation ne peut être que marginale et ponctuelle compte tenu du caractère fini et limité de l’existence des peuples (la prise en compte de la « mesure » qui réconcilie quantité et qualité est ici inévitable). Être français c’est donc bien un projet, mais fondé par un héritage reçu par des héritiers (des sujets de droit et de fait), et faire sien l’héritage est une grâce providentielle octroyée par l’hôte, une chance donnée par la destinée et le travail de toute une vie. L’universalité du projet français n’est pas le grand sac vide où l’on peut indifféremment jeter toute particularité, c’est la tapisserie chatoyante où l’on peut, si l’on a toutefois du génie, tenter de glisser un fil.

Rétablissons l’énoncé : « C’est le consentement du sujet héritier (exclusif de droit) qui rend possible l’adhésion ponctuelle et conditionnelle d’un nouveau membre dans la communauté nationale qui peut alors œuvrer pour un avenir partagé ».

Quatrième lieu commun, déterminé par le cliché précédent : « L’identité du peuple français ne comprend aucune détermination ethnique ni raciale »

Qu’y a-t-il de vrai là-dedans ?

La chose suivante : que la race (blanche en l’occurrence) n’est pas une condition suffisante pour être français puisqu’à ce compte-là, les allemands seraient aussi français ou bien l’oie blanche sœur d’occasion de l’ours polaire. Le réductionnisme matérialiste est toujours un sommet d’idiotie : définir un homme en son identité par son sang ou sa couleur de peau revient à définir un vin par son étiquette ou bien son goût par sa structure moléculaire. L’arsenal techno-scientifique n’y pourra jamais rien : réduire quelqu’un à son apparence ou à son patrimoine génétique signifie a priori nier la liberté de sa personne, la grandeur imprévisible de son être irréductible à ses actes et la parenté spirituelle qui unit, de fait, tous les êtres qui ont le Logos en partage. Il y a un cosmopolitisme bien compris, celui du Portique, qui est celui de la raison naturelle, providentiellement éclairée par la foi, intelligence surnaturelle.

Soit.

Par contre, dire que cette condition n’est pas suffisante et exclusive, ne permet pas certainement pas de conclure qu’elle n’est pas tendanciellement nécessaire et qu’elle ne constitue pas une détermination fondamentale. Qu’elle puisse marginalement être amendée, c’est un fait historique. Qu’elle puisse conceptuellement être niée (comme cela fut récemment le cas par un tribunal français déclarant que « le blanc n’est pas susceptible de définition »), c’est une aberration logique et politique. Un homme n’est pas son sang, c’est entendu. Un homme n’est rien sans son sang, cela devrait être su. Et si l’esprit n’est pas un crâne ni le caractère un teint, l’on rencontre toutefois rarement des hommes sans crâne ni teint en mesure de nous dire qui ils sont, c’est-à-dire ce qui les identifie.

En outre, s’autoriser de la variabilité des classifications scientifiques, ou de la dernière mode épistémologique en la matière (est-il oui ou non pertinent de parler de « race » ? D’« ethnie » ? Faut-il préférer des classifications plus fines ? etc.) ne demeure qu’un misérable faux-fuyant. Si du point de vue de la physique quantique cela n’a aucun sens de dire que l’enclume jetée par votre voisin malveillant tombe du sixième étage, cela vous permet-il de conclure que vous pouvez rester au niveau de son point d’impact sans danger ? Le réductionnisme analytique contemporain peut bien nier des catégories ou en introduire un millier d’autres, cela n’y change rien ; l’homme est donné à lui-même dans une diversité finie de couleurs qui est en soi quelque chose de merveilleux et qu’il est pour le moins grotesque de chercher à nier.

Par conséquent, à cette époque où nous sommes mis en demeure de rappeler l’évidence, rappelons-donc celle-ci : l’identité française est un processus par lequel un peuple de race blanche a su conjuguer l’héritage gréco-romain avec l’exigence de la foi chrétienne pour en faire l’un des trésors les plus merveilleux de l’histoire universelle. Cette identité ne se réduit ni à son passé féodal, monarchique, républicain, ni à son projet universaliste (catholique, colonial ou bien néo-républicoïde), ni à une détermination ethnique (un patrimoine génétique et des dispositions raciales objectivement constatables), mais elle s’accomplit par cette composition et ne peut offrir son cœur au monde que parce qu’elle intériorise d’abord le monde en son cœur bien singulier.

Nier le paramètre ethnique n’est donc possible qu’à la condition de faire de l’identité une abstraction vide, aussi creuse qu’un grand zéro qui, parce qu’il ne signifie rien, promet l’égalité absolue du négatif et du positif. Entre le réductionnisme racial (l’arbre est sa racine) et l’abstraction méta-ethnique (l’arbre est un OGM surréaliste qui tient par ses feuilles toutes différentes) se situe donc la voie moyenne, la voie juste et rationnelle : la reconnaissance que, peuple de race blanche, la France ne se réduit pas à son patrimoine génétique, mais qu’elle n’aurait jamais rien été sans lui et qu’il est donc suicidaire, ou malveillant, de vouloir le nier. La France n’est pas un « conglomérat » (Besson), elle est une composition. La France n’est pas la simple « promesse » spirituelle contenue par un héritage (Finkielkraut), elle est une provenance, et une provenance qui n’est pas une idée, une littérature et des grands mots, mais un sol : un sol qui est plein des ossements d’hommes qui partageaient le même sang…

Il est bien triste qu’une époque soit devenue si sotte qu’il faille lui rappeler qu’un homme, comme un texte d’ailleurs, se compose de plusieurs strates. De la plus littérale (la matière), à la plus figurée (l’esprit). L’originalité de notre sottise est la suivante : au nom du commandement de l’esprit, nier à toute force la littéralité de la race et du sang, qui, sans cet acharnement stupide à vouloir l’oblitérer, n’intéresserait certainement personne et sûrement le rédacteur de ces lignes. Mais c’est ainsi, nos dirigeants, pris d’un délire xénolâtre, autochto-phobe insensé nous y obligent.

Rétablissons donc l’énoncé : « La France a une identité qui comprend, entre mille autres choses, une détermination raciale qui ne peut être que marginalement modulée ».

Mais si le marginal prévaut, c’est que l’on a subrepticement troqué une identité contre une autre, et placé dans une différence que nous n’étions pas appelés à devenir, le souvenir d’une identité qui aurait pu être, elle, notre avenir.

Conclusion

Mis bout à bout, ces lieux-communs qui au premier regard paraissent inoffensifs donnent le vertige : le peuple français n’a pas de substance, n’a pas d’histoire, n’a pas d’héritiers, n’a pas de corps, pas de chair… Sous leur semblant de bienveillance universaliste et intégratrice, ils cachent une entreprise mémoricide et quasi-génocidaire. Faire de la légende d’un peuple, la persistante rumeur d’un fantôme… Une des originalités de notre Contre-Monde vient d’ailleurs de là : faire passer les pires horreurs, les exactions les plus monstrueusement criminelles, en les enrobant de la mélasse écœurante d’une morale d’adolescente rêveuse à moitié abrutie de neuroleptiques dans un enfer de machines parfaites.

Indexer l’identité à la différence, au mouvement et au projet au point d’en venir à nier sa détermination strictement matérielle, raciale, ethnique, c’est promouvoir un humanisme abstrait qui descelle l’homme de sa terre et le prive de la joie simple et innocente de se savoir et de se découvrir différent des autres.

Car le paradoxe est bien là : tous ceux qui nous vendent une identité ouverte nient la nécessité de la différence dont ils chantent partout les louanges, tandis que ceux, persécutés, qui promeuvent une identité qui tient compte de tous ses paramètres d’apparition sont eux, et eux seuls, les promoteurs de la différence dynamique bien comprise. L’identité authentique ne peut inclure son autre que si elle assume d’abord de l’exclure, par définition. Et si, excluant tout, elle n’est plus rien, incluant n’importe quoi, elle n’est plus rien non plus… Le caractère ontologiquement impur d’une situation historique nous oblige donc à nous tenir sur cette ligne de crête : refuser l’universalisation homogénéisante qui détruit la singularité et penser la singularité comme une dynamique infinie d’identification. Une dynamique qui, assumant son fond substantiel non substituable, s’exhausse jusqu’à un universel authentique : la vérité d’un peuple providentiellement béni qui, ne parlant pas à tous, s’adresse cependant à chacun.

Actuellement, l’héritage est vendu au Qatar, le sol donné sans effort aux étrangers de toute origine, le sang appelé du matin au soir à être mélangé, le désir orienté vers des « valeurs », et la pensée, presque déjà morte à l’heure où nous avons un ministre de la Culture qui confesse sans honte ne pas lire de livres.

La renaissance de la France est possible. Encore faut-il que le camp national accepte sans peur toutes ses dimensions d’apparition et ne craigne pas d’affirmer, par peur stupide d’être taxé de « racisme », que si l’on enlève à un homme sa peau, son sang et son passé, ce que l’on trouve, c’est le cadavre d’un être inconnu, un fait divers nécrologique en lieu et place de la légende d’une nation.

Ulysse

[1Hegel, Encyclopédie, Science de la Logique, §86 sq.

[2Spinoza, lettre 50

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