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[EX-LIBRIS] Robert Surcouf conté par La Varende

Recension de l’ouvrage de Jean de La Varende, Surcouf , paru aux éditions Via Romana en octobre 2014. Préface de l’amiral Stanislas de La Motte, avant-propos de Patrick Delon et illustrations de Daniel Lordey. 112 pages.

« " Légèreté française ", disent nos ennemis... Peut-être, mais sans doute plus sûrement, terme de cette éducation aristocratique dont tous faisaient preuve, du haut en bas de la société, et qui répudie la haine comme la plus grave des inélégances »
Jean de La Varende

Elle veille sur la vieille cité de pierre. Elancée, prête à enjamber le rempart du Cavalier des Champs-Vauvert et à se jeter vers le large et l’ennemi anglais, elle appelle à l’abordage. La statue de Robert Surcouf (1773-1827), sur l’actuelle place du Québec, à Saint-Malo, rappelle au passant la mémoire de celui qui, sous l’Empire, fit trembler la Marine de Sa Majesté. Mais, est-il besoin de raconter l’histoire du « Roi des Corsaires », honoré dans toute la Bretagne, héros de tant de romans, objet de bien des rêves d’aventures ?
Jean de La Varende (1887-1959) ne s’embarrassait pas de telles questions. Lui, le gentilhomme normand, chantre du terroir et des antiques forêts, ne pouvait oublier qu’il était aussi breton. La Royale coulait dans ses veines, et les vieux gréements peuplaient son esprit. Disons-le tout net : la mer hantait l’auteur des Manants du Roi.

Cet ouvrage, édité en 2014 aux éditions Via Romana et associant une douzaine de textes commis par La Varende, nous fait rencontrer un Surcouf légendaire, héroïque, mais aussi attachant. Terrible déception pour les touristes visitant Saint-Malo ! Le corsaire n’était pas exactement le jeune homme mince et fringuant qu’honore la statue des remparts : c’était un homme de chair, corpulent, bon vivant et, croulant sous l’or et la gloire, il prit sa retraite d’aventurier à trente-cinq ans. Sa colère soudaine était tempérée par une générosité proverbiale. Surtout, l’honneur semblait mouvoir son destin de capitaine français. On connaît le mot fameux adressé par Surcouf à un officier anglais, ce dernier reprochant aux Français de se battre pour l’argent tandis que les Anglais, eux, se battaient pour l’honneur. « Chacun se bat pour ce qui lui manque !  », aurait répondu le hardi malouin.
L’honneur ! Voilà sans doute ce qui rapproche le mieux l’auteur de son sujet. L’amiral de La Motte, dans sa préface de la présente édition, rappelle que les différences semblent gigantesques entre le romancier légitimiste, héraut de la tradition et trouvère du passé, et l’aventurier de l’Empire, armateur opportuniste, fidèle à l’Empereur et – hélas ! – franc-maçon [1]. Mais l’écrivain était un homme de cœur, et le corsaire ne l’était pas moins. « Le cerveau se trompe souvent : le cœur jamais  », écrivait le romancier du Chamblac.
L’histoire incroyable d’un mousse breton, parent éloigné de Duguay-Troüin [2], devenu la terreur des Indes et le seul espoir des armes françaises sur mer, ne pouvait qu’inspirer La Varende. Ce bel ouvrage d’une centaine de pages vous propose d’embarquer avec le capitaine corsaire et de respirer l’air du large et de l’aventure à travers de multiples anecdotes hautes en couleur. Êtes-vous prêts à appareiller ?


[1L’amiral de La Motte précise : « Robert Surcouf a été franc-maçon, membre successif de deux loges, La Triple Espérance à Port-Louis, puis celle de La Triple Essence, à Saint-Malo. Certes, il ne fait sans doute que suivre le mouvement de l’époque, et la franc-maçonnerie de l’Empire fait souvent parie des bagages des plus entreprenants. Les réunions de ces loges, entre armateurs malouins, devaient sans doute être plus proches du repas d’affaires que du débat idéologique » (p. 8).

[2Corsaire malouin, René Duguay-Troüin (1673-1736) s’illustra sur les mers sous le règne du Roi Soleil face aux Anglais et Hollandais. Sa renommée grandit encore lorsqu’il eut l’audace de prendre et rançonner la colonie portugaise de Rio de Janeire, au Brésil. Il devint en 1728 Lieutenant-général des armées navales du Roi, et fut fait commandeur de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis. Il est inhumé en la cathédrale Saint-Vincent, à Saint-Malo.

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