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[EX-LIBRIS] La sainte Eucharistie, sacrement de l’amour divin

Recension de l’ouvrage du cardinal Raymond Burke, La Sainte Eucharistie, sacrement de l’amour divin (Via Romana, mars 2016, 230 p.).

C’est un ouvrage fort attendu que les éditions Via Romana ont eu le bonheur de publier au mois de mars. Il s’agit de la traduction française de Divine love made Flesh : the Holy Eucharisty as the sacrament of charity (2012).
Né en 1948, ce prélat américain d’origine irlandaise fut élevé à la dignité épiscopale en 1994, devenant successivement évêque de La Crosse puis archevêque de St Louis. Appelé à Rome en 2010 par le pape Benoît XVI, il devint préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, et fut créé cardinal. Depuis 2014, le cardinal Burke est patronus de l’Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte.
Il existe d’ailleurs, en France, une actualité éditoriale autour du cardinal, puisqu’en septembre derniers paraissaient ses entretiens avec le Français Guillaume d’Alençon (Un cardinal au cœur de l’Eglise, Artège, 2015). En France, toujours, était publié en 2014 l’ouvrage de Mgr Schneider, évêque d’Astana : Corpus Christi. La communion dans la main au cœur de la crise dans l’Église. Son préfacier n’était autre que le cardinal Burke. La dévotion eucharistique est un souci constant du prélat, par ailleurs fondateur, en 2015, de la Sainte Ligue (Holy League), réseau de paroissiens désireux d’adorer le Saint-Sacrement.

À la suite de saint Jean-Paul II et Benoît XVI

Serviteur humble et discret, le cardinal Burke n’a nullement l’intention d’inventer quoi que ce soit dans ce nouvel ouvrage, consistant essentiellement dans des commentaires de l’encyclique Ecclesia de Eucharistia (Jean-Paul II, 2003) et de l’exhortation apostolique Sacramentum Caritatis (Benoît XVI, 2007).
À la suite de saint Jean-Paul II, le prélat américain a à cœur de rappeler efficacement les vérités de foi relatives au saint sacrifice de la messe – source et sommet de la vie chrétienne – mais également à la Présence réelle, qui fait de l’Eucharistie un viatique, une nourriture pour le voyage de cette vie dans l’autre ; en somme : une anticipation de la vie à venir.

Église et Eucharistie

La Sainte Cène du Jeudi saint, comme le rappelle le cardinal, contient toute l’histoire de l’Église. L’offrande du sacrifice non sanglant n’est-elle pas, pour tout prêtre, le sommet de sa vie sacerdotale, le centre de son ministère presbytéral ?
On oublie trop souvent à quel point l’Eucharistie est le fondement de l’Église, le ferment de son unité, et constitue le moyen efficace pour suivre la parole divine : « Qu’ils ne soient qu’un ». Car l’Eucharistie est bien une communion : communion avec le Christ, qui se donne en Jésus-Hostie, mais aussi avec l’Église toute entière. Cette communion se manifeste à travers deux dimensions. La première, invisible, se niche dans l’examen de conscience du fidèle, avant de se présenter au banc de communion ; la seconde dimension, visible, c’est la vie de la grâce qui est en nous, et notre lien avec la doctrine de la foi, les sacrements et le gouvernement de l’Église. En effet, « la réception du Corps du Christ est la manifestation de la plénitude de communion dans l’Église et donc réclame des liens visibles de communion dans l’Église. Ainsi, il n’est jamais permis de donner la Sainte Communion à quelqu’un qui est en désaccord avec la vérité de la foi concernant la sainte Eucharistie ou qui n’est pas baptisé » [1].
La place centrale de l’Eucharistie implique une authentique dignité de la célébration eucharistique, garantie par la loi liturgique. Le cardinal insiste sur la lourde responsabilité des prêtres pour éviter les abus, faisant sienne la mise en garde de saint Jean-Paul II contre « un sens mal compris de la créativité et de l’adaptation ». Ainsi, « nous ne pouvons pas donner de nouvelles formes à la sainte Eucharistie ni l’exploiter à notre propre profit. La sainte Eucharistie est toujours, et dans le même temps, Sacrifice, Banquet et Présence Réelle » [2].

Ces développements sont l’occasion pour le cardinal Burke de rappeler, à la suite du saint pape polonais, qu’il nous faut nous mettre à l’école de Marie afin de mieux contempler Dieu à travers l’Eucharistie. « L’Église ne célèbre jamais la sainte Eucharistie sans se souvenir de notre Sainte Mère, présente avec nous, nous conduisant vers le Christ et nous enseignant à être obéissants à ce qu’Il nous dit » [3].

Théologie de la charité à travers la sainte Eucharistie

La seconde partie de l’ouvrage consiste en de riches commentaires de l’exhortation post-synodale Sacramentum Caritatis, de Benoît XVI. Sacramentum Caritatis ? Oui, l’Eucharistie est bel et bien le sacrement de la charité car il s’agit du « don que Jésus-Christ fait de lui-même, nous révélant l’amour infini de Dieu pour tout homme » [4]. Le cardinal met l’accent sur la dimension trinitaire de la dévotion eucharistique : l’Eucharistie est une manifestation de l’amour du Père pour nous ; elle est l’Agnus Dei, car Notre Seigneur « s’est spontanément offert lui-même en sacrifice pour nous, réalisant ainsi la nouvelle et éternelle alliance » [5] ; et enfin, elle est une œuvre de l’Esprit saint, guide de l’Église.
Le mystère trinitaire est présent tout entier. On comprend là le choix du sous-titre de l’ouvrage : « une théologie de l’Eucharistie accessible à tous les croyants ».

L’Eucharistie et l’union sponsale du Christ et de l’Église

Et le cardinal Burke, disciple de Benoît XVI, de développer les déploiements manifestes de l’Eucharistie en tant que sacrement de charité. Il y a bien sur les sacrements d’initiation, comme la confirmation, où « la Sainte Eucharistie porte l’initiative chrétienne à sa plénitude et elle se situe comme le centre et la fin de toute la vie sacramentelle » [6]. Les sacrements de la guérison ne sont pas en reste. Enfin, sans surprise, le cardinal évoque les liens puissants unissant la sainte Eucharistie au sacrement du mariage. On dit de l’Eucharistie qu’elle est un sacrement nuptial, car elle est la plus haute expression de l’amour du Christ, l’Époux, pour l’Église, son Épouse. À l’instar du pape émérite, le cardinal Burke évoque la « situation douloureuse des divorcés remariés, situation tristement fréquente dans une culture marquée par un fort pourcentage de mariages aboutissant à un divorce » [7]. Fort logiquement, les divorcés remariés, bien que membres de l’Église, ne peuvent recevoir la Communion, car « leur état et leur condition de vie contredisent objectivement l’union d’amour entre le Christ et l’Église, qui est signifiée et mise en œuvre dans l’Eucharistie » Sacramentum Caritatis, n° 29. En 2007, Benoît XVI éclairait déjà les débats synodaux d’aujourd’hui.

Adoration et témoignage de l’amour divin

Le cardinal Burke, loin de se livrer à une énumération des caractères de l’Eucharistie, lance un vibrant appel à développer la beauté de la liturgie, à mieux se laisser pénétrer par la Parole, à devenir des tabernacles de Jésus-Hostie en recevant le Corps du Christ d’une manière appropriée. Cela implique notamment une manifestation explicite de déférence lors de la réception de l’hostie, mais aussi une digne préparation au sacrement, à travers la réconciliation. Dans une langue simple et chaleureuse, le prélat états-unien plaide pour une « participation active, pleine et fructueuse » [8] à la célébration du Mystère eucharistique, et appelle à une attention plus aigüe envers l’Adoration en dehors de la messe.
Enfin, le cardinal insiste sur les missions du chrétien, car la participation à la sainte Eucharistie n’est pas anodine. Elle nous oblige à rendre témoignage au mystère de l’amour de Dieu, par notre manière de vivre. Ainsi se clôt ce superbe ouvrage, comme une messe, par l’envoi.


[1Raymond Burke, La sainte Eucharistie, sacrement de l’amour divin, Versailles, Via Romana, 2016, pp. 56-57

[2Raymond Burke, La sainte Eucharistie... Op. cit., p. 67

[3Raymond Burke, La sainte Eucharistie... Op. cit., pp. 72-73

[4Sacramentum Caritatis, n°1

[5Sacramentum Caritatis, n°9

[6Sacramentum Caritatis, n° 17

[7Sacramentum Caritatis, n°29

[8Raymond Burke, La sainte Eucharistie... Op. cit., p. 147

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