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[CAUSERIES JAPONAISES INÉDITES] Vous avez dit politique ?

CAUSERIES JAPONAISES INÉDITES

XIII. Vous avez dit politique ?

« Le roi est substantiellement source de charité et de vertu. Il règne sur la multitude. Il faut donc le prévenir de devenir une cible de la haine populaire. Si l’on examine l’essence de la politique contemporaine, il est évident que même les gouvernements que l’on nomme pourtant parfaits ne font que se faire accepter par une faible majorité : le reste de la population, conséquente, garde toujours quelques préventions et entretient du mécontentement face au-dit gouvernement. Cela est encore plus frappant chez nos contemporains qui, de manière générale, sont irréfléchis et guidés par l’intérêt personnel. Nombreux sont les gens qui, pour un peu, préféreraient haïr les autres plutôt que de se remettre soi-même en question. Nulle loi écrite, même s’il n’a aucune excuse, ne pourra l’empêcher de trouver un quelconque prétexte pour faire triompher ses griefs. Les cas où un certain ordre profite à une seule partie du peuple son nombreux : le reste de la population se retrouve ainsi défavorisé, dans une certaine mesure. Si on baisse les impôts, personne ne dira rien ; mais s’il faut les augmenter ou en créer de nouveaux, tous se plaindront à l’unisson. [...]
Les griefs et le mécontentement populaires sont une réalité universelle. La méthode utilisée par les politiques pour calmer temporairement le jeu est bien simple et toujours la même : au terme de négociations habiles, ils utilisent l’approbation de la majorité pour se justifier, en rabaissant la minorité perdante.
Ces pratiques nécessaires mais horriblement embarrassantes sont heureusement considérées comme insupportables par une majorité de personnes ne souhaitant pas se charger de ce genre de travail, mais il existe pourtant de nombreux individus qui les supportent très bien. On trouve toujours quelqu’un qui ne répugne pas à de basses besognes, qui convient parfaitement à la situation. On le met sur le devant de la scène politique et, en même temps qu’il comble une part déterminée de la population, il met en colère beaucoup d’autres Japonais. La nation se partage entre ses amis et ses ennemis. On regarde à droite, tout le monde crie ses louanges ; on regarde à sa gauche et tout un chacun lui lance avec véhémence des reproches. Sans avoir un instant pour elle, cette personne navigue sans cesse entre joie immense et souci énorme, entre calme et crise. Et il existe des gens qui aiment [1] cela ; ce qui est tout bonnement incroyable. Certains, même, peuvent mettre leur santé en danger et souffrir au point de mourir, sans jamais le regretter… » [2]

Yukichi Fukuzawa à la fin du dix-huitième siècle voyait ainsi la politique, mot traduit des langues occidentales. Il associait donc la politique à ce qu’il contemplait en Occident sous ce nom, et on constate à quel point il la méprise, ou plutôt comment il la place dans une position subordonnée et basse, avant tout facteur de divisions constantes, et de danger récurrent pour la sacralité et la majesté du roi. Ce sentiment semble terriblement juste, et encore plus adéquat aux temps présents. Jamais la politique ne fut si vile et si violente. Tout n’est qu’histoires de partis, de divisions, d’insultes et de manipulations sur manipulations. Au point que l’on se demande un peu comment encore le peuple naïf ne grogne pas plus qu’il ne le fait. Le stade de délitement va bien plus loin que la simple poursuite de l’intérêt personnel – ou partisan -, il passe par l’habitude intériorisée du mensonge par la fameuse « langue de bois ». La parole sacré et l’honneur n’existent plus du tout, même à l’état de résidu le plus infime. On s’étonnerait même qu’un de ces guignols respectent sa parole, on n’y croirait pas et on soupçonnerait un dessein caché encore plus sombre.

Le drame le plus saillant provient de la corruption du mot politique. Peut-être tout cela serait plutôt judicieusement nommé par « choses politiciennes », opposées à une politique noble. Pourtant il y a bien longtemps déjà que le mot politique lui-même est corrompu. Il semble que notre société a perdu toutes ses dimensions pour se réduire à ce mono-plan de la politique. Plus de sacré, plus d’esprit ni de spiritualité, plus d’honneur, plus de gloire, plus de bien ni de vérité. Simplement l’aride politique. Que s’est-il donc passé ?

On entend de temps en temps que tout le monde doit s’intéresser à la politique et y participer. Autrement dit, toute personne intègre doit avoir l’impression qu’on lui demande de se souiller et de participer à la vilaine guerre des clans. Pire est le cas de celui qui sous couvert de vouloir participer à on ne sait plus quel bien commun, cherche, sans se l’avouer, du pouvoir pour, en fin de compte, utiliser les mêmes recettes idéologiques uniformisantes et totalitaires. Après tout, l’horreur de notre temps se trouve bien plus dans les mécanismes des décisions que les décisions elles-mêmes : dans le rapport de force constant qui détruit toute liberté, chaque décision doit forcer tout le monde dans l’arnaque rousseauiste du « on le forcera à être libre ». Nous y sommes en plein...

Tout le monde doit faire de la politique effectivement. Mais encore faut-il revenir au sens premier de la politique. Que veut donc dire ce mot ? Les choses de la cité. La politique c’est s’occuper de sa cité, c’est-à-dire de sa ville, et donc de sa localité. Tout l’absurde de nos temps devraient commencer à sauter aux yeux : faire de la politique au niveau national ne dépasse pas le niveau d’aporie oxymorique. Il y a un problème d’échelle dans la réflexion. L’arnaque démocratique par excellence : on fait croire que voter, par exemple, c’est faire de la politique, alors que en réalité on ne fait, à strictement parler, rien. La seule politique réelle c’est d’agir concrètement pour la localité où l’on vit et s’occuper ainsi de sa cité.

Le Japon incarne en cela un révélateur parfait de la folie occidentale et de la corruption des mots. On dit souvent que les Japonais ne font pas de politiques, qu’ils votent sans y croire et se désintéressent de la « politique ». On oublie pourtant de dire que le Japon est un des pays les plus actifs localement, avec des associations de voisinage fortes, des actions locales multiples et étendues et un vrai engagement que l’on imagine que difficilement chez nous. En bref, ils font de la politique, la vraie, c’est-à-dire celle qui œuvre pour sa cité, sa localité. Le niveau national ne concerne pas la politique, ou alors cela s’appelle de l’intrusion dans le chez-soi de sa localité. Le roi incarne la réalité d’un pays dans son entier en fournissant spiritualité, cohésion charnelle et sens du sacré, en plus des habituelles fonctions régaliennes qui concernent, plus que la cité, les quelques rares points face à l’étranger et pour l’union du pays, toujours dans un aspect paternel et familier.

Faire de la politique, d’accord, mais alors de la vraie, qui s’occupe de la cité. Restaurons le sens premier de ce mot, et méprisons ce spectacle de guerres civiles partisanes et guignolesques. Si tout le monde, effectivement, s’engager en politique -dont il devient redondant de la qualifier de locale- les choses changeraient dans notre pays, et en plus tout le monde serait vraiment confronté à la vie en communauté.

Paul-Raymond du Lac
Pour Dieu, Pour le Roi, Pour la France

[1Souligné par nous. Mot à mot : qui s’égayent de cela. On aura reconnu une description presque parfaite de nos politiques contemporains…

[2Yukichi FUKUZAWA, De la vénération au roi, Lettropolis, p.113 et sq.

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