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[CAUSERIES JAPONAISES INÉDITES] Ne laissons pas notre roi seul !

CAUSERIES JAPONAISES INÉDITES

VII. Ne laissons pas notre roi seul !

« Le Tenno est choisi dans cette descendance [de Jinmu] et il est naturel que tout un chacun souhaite que dans le cas où plusieurs princes remplissent les conditions pour accéder au trône, ce soit le plus vertueux qui devienne Tenno. Et malgré cela, on ne peut pas dire que tous les Tennos furent des hommes parfaits. Imaginez combien il est difficile pour un Tenno isolé et seul de marcher sur la voie de la perfection. C’est là que les dieux ont ordonné de « choisir parmi les sujets des soutiens et de leur confier des ministères, puis de réaliser les choses du gouvernement en demandant continuellement leurs conseils. » » [1]

Le thème du Roi en son conseil est quelque chose de connu. Et pourtant, on n’aura de cesse de rappeler l’importance du service loyal à son Roi. Une famille royale seule et isolée, surtout dans notre siècle, court un risque immense. Certes, elle reste et incarne le dernier rempart de l’hérédité et du lien de sang, et le dernier soutien au spirituel par sa nature sacrée – si certains ont pu croire qu’en France l’Église pouvait seule sauver le sacré, l’histoire a montré toute l’erreur ; sans roi, la religion s’effrite irrémédiablement.

Imaginez la difficulté pour cette dernière digue de la tradition de ne pas se faire emporter par le flot décadent et diabolique du temps. La famille royale, seule et isolée, devient la seule à servir le bien public et ne possède donc plus aucune liberté. Ni celle de se marier, ni celle de travailler, ni celle de faire comme bon lui semble. Être roi à l’heure folle de notre époque demande un degré de sainteté certainement bien plus grand que jamais. Il devient tout autant difficile, proportionnellement, de ne pas se faire prendre dans la pente de « l’opinion », de « l’image » et autres lubies inconsistantes mais réellement dangereuses.

C’est pour cette raison qu’il faut une noblesse. Enfin, l’expression est malheureuse, puisqu’une noblesse ne s’invente pas, elle est là. Comme au Japon, la seule chose qui définit la noblesse est la naissance. On ne choisit pas de l’être. On ne peut envier puisqu’on ne peut le devenir. Peut-être est-ce d’ailleurs le drame de la France où la noblesse franque, celle des anciens temps, les compagnons du rois, les barons, soit la famille élargie du roi, a peu à peu été ouverte à d’autres familles, faisant croire que l’on pouvait « devenir » noble, comme sur simple concours ou pour actes méritants. L’envie et l’ambition naissant sont autant de poisons rendant la mission de conseil toujours plus difficile.

La noblesse au Japon ne fut jamais ouverte. Et personne n’a rien trouvé à y redire, puisque par définition, la noblesse était la famille élargie du roi, était liée à lui par le sang. Et de même les seigneurs féodaux puis les samouraïs fondèrent eux-aussi des maisons, autour des familles nobles, dans la grande famille de ces familles, eux-mêmes comme des conseillers des premiers. La famille royale entourée des nobles s’étoffait d’un nouveau cercle de seigneurs féodaux, qui eux-mêmes s’entouraient encore d’autres maisons. C’est cela qui est magnifique : pas d’envie, ni de compétition, ni d’ambition. On n’envie pas le noble, le seigneur, le samouraï ou autre pour deux raisons essentielles : qui voudrait, un, se déposséder de soi pour servir le bien public ? Quel charge !, quelle difficile mission ! Un être normal bénirait le sort de l’avoir fait naître roturier, comme on dit. Et la deuxième raison, plus maurassienne : comme envier ce qui de toute façon est hors de portée humaine, puisqu’on ne choisit pas où l’on naît ?

Un être talentueux n’aura qu’à fonder sa maison, qui, si elle est brillante, sera dans quelques centaines d’années une grande famille avec une grande histoire. Pas besoin de comparaison avec d’autres, chaque famille devient unique.

Et la famille royale est appuyée dans son service du bien public par la grande famille qui s’étend peu à peu à tout le pays, toutes les gens, toute la « nation ».

Le plus grand crime pour un fidèle de son roi est ne pas prendre sa part du lourd fardeau que représente le service du bien public. Il ne faut pas voir dans la chute malheureuse de la monarchie un vice de nos saints rois, dont le seizième du nom de Louis offrit sa vie dans une posture plus que christique pour le salut de son peuple, mais certainement dans la corruption de la « famille élargie », gangrenée par l’envie et l’ambition, oublieux du Bien Public, et ne comprenant plus la mission du conseil.

Le roi, la famille royale, a besoin d’enceintes protectrices. La première, la noblesse, sa famille élargie, jusqu’à la famille de tout le pays. Laisser son roi seul est un crime. Vous voulez la Restauration ? Allez aux côtés de votre roi et prenez la part du fardeau du Bien Public. Construisez votre maison, fidèle à la Maison de France. Pour restaurer, il faut d’abord rebâtir les enceintes protectrices. Cultiver le service, et le conseil, le vrai !

Paul-Raymond du Lac

Pour Dieu, Pour le Roi, Pour la France


[1Shosuke KOUCHI, Vision du Tenno au Moyen-Age (中世の天皇観), Tokyo, Editions Yamakawa,
2011 (2003), p.67. Traduction par nos soins

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