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[CAUSERIES JAPONAISES INÉDITES] La volonté générale revisitée

CAUSERIES JAPONAISES INÉDITES

IV. La volonté générale revisitée

« Dans tous les cas, le peuple qui fonde la « volonté générale » ne se trouve absolument pas dans la dimension horizontale et spatiale matérialisée par le droit de vote contemporain des électeurs. Le peuple qui porte la formation de la volonté générale se trouve dans la synthèse et la compréhension de l’ensemble des volontés des hommes qui forment le peuple Japonais depuis qu’il existe. Le peuple doit ainsi être compris dans sa dimension verticale et temporelle. Il devient ainsi parfaitement clair que la volonté de ce « peuple » passé n’est pas sujet à changement. Cela correspond à la totalité des volontés de nos ancêtres qui fut transmis depuis un lointain passé jusqu’à nous, contemporains vivants, et que nous portons en nous. Quand on pense à l’histoire de cette façon, on se rend bien compte de l’absurdité des idées qui se fondent sur la fausse présupposition qui peut se formuler par : « si la volonté générale change ». Toute personne sérieuse qui tente de penser à peu près justement ne peut que rougir de honte à l’idée de déclarer des idioties aussi simplistes. » [1]

Il est essentiel de rétablir une vérité élémentaire, à savoir que seule la tradition peut nous faire aller vers l’avenir. Un des drames que les Français ont subi face aux illuminés fut de se trouver réduit à réagir devant des folies inimaginables, et parfois confiner à contrer une vague irrésistible. Il était certainement difficile de faire autrement devant tant de violence et de folie. Cela fut néanmoins manipulé par de tristes personnes pour faire accroire les simples que les idées révulsantes étaient synonymes de bon, bien et progrès, et que la tradition, la sagesse millénaire, le respect des anciens et du sacré étaient les partisans obligés, en bon bouc-émissaires, d’un passéisme rétrograde, mortifère et tueur de liberté. Tout cela est bien sûr de la fumée de prestidigitateur qui se dissipe bien vite pour toute personne qui se penche un peu sur la question.

La pente à remonter n’en reste pas moins immense, car la tendance à réagir entraîne parfois à nier en bloc ce qui amène au mal, sans s’attarder à rétablir les mensonges, et à relever les fautes. Le Japon nous apporte encore une fois l’exemple, qui consiste à redresser et à se réapproprier les concepts faussement utilisés par les illuminés, mais qui, en soit, ne sont pas forcément mauvais. Le drame en Occident fut d’avoir laissé les fous définir malicieusement tous ces mots qui sont devenus autant de poisons. Il faut donc s’atteler à les redresser, les restaurer et se les rapproprier, car, parfois, il ne suffit pas de simplement les éviter à cause de la mortifère impression qu’ils exercent sur les esprits du commun. Ils peuvent au contraire être la source d’un renouvellement, d’une restauration de l’esprit en interrogeant les fausses définitions habituelles, et en permettant de discuter plus en profondeur.

La volonté générale présentée à la japonaise et résumée dans la citation précédente est en cela exemplaire et digne d’estime. Rousseau et ses suiveurs n’ont rien compris à la volonté générale, en ce sens où ils ont ignoré sa dimension verticale et historique. Elle ne consiste pas simplement en cette synthèse des volontés des vivants dans d’hypothétiques représentants, mais dans une synthèse immuable de toutes les volontés du pays dans l’histoire depuis le début des âges, qui s’incarne en particulier dans le roi, et qu’il ne convient pas de changer ni de convaincre. On ne peut donc bien évidemment pas se conformer à la volonté générale, qui se rapproche ainsi de la Tradition, par des absurdes votes d’esprits flottants et d’opinions changeantes qui, naturellement, peuvent tant faire le mal que le bien. Seule l’observance de la Tradition et des volontés, des bonnes habitudes et du chemin droit montrés par les ancêtres peut permettre de se conformer à la volonté générale. La royauté sacré incarne ainsi cette volonté générale par le pont qu’elle constitue au-delà des temps, et par le pont qu’elle tend entre le Ciel et la Terre. La volonté générale est bien transcendante, comme le sont la Tradition et l’Esprit. La volonté générale inamovible ne demande que le génie des hommes pour s’y conformer et la dévoiler, ce qui ne peut se faire que par l’étude, l’humilité, la foi et l’amour des hommes et du passé. Tout cela n’a rien à voir avec une illusoire démocratie totalitaire qui oblige tout un chacun, au nom d’une folie conceptuelle mal définie, la volonté générale, de faire les pires atrocités.

Si déjà on entendait par « peuple » tous les Français depuis la nuit des temps, comprenant leur lien continu avec le sacré, bien des discours empoisonnés commenceraient à disparaître. Il ne faut pas avoir peur de couper le mal à la racine et de restaurer le sens des mots. Respecter la volonté générale, c’est respecter la sagesse de la Tradition d’un peuple plusieurs fois millénaires. Et la jonction réelle de cette Tradition avec le réel, entre le Ciel et la Terre, ne se trouve nulle part ailleurs que dans le roi sacré.

Paul-Raymond du Lac
Pour Dieu, Pour le Roi, Pour la France


[1Keiichirô KOBORI, La voie de la défense du banseiikkei (万世一系を守る道), Tôkyô, Kairyûsha, 2012, p.139.

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