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Suivre l’exemple de Saint Louis

Une intense polémique, qui a porté sur le fait de savoir si le fait que Saint Louis ait ramené quelques milliers de « sarrasins » convertis montrait que la France du XIIIe siècle était « diverse ethniquement », a été déclenchée sur les réseaux sociaux à la suite de la parution d’un livre sur les convertis de l’Islam sous Saint Louis [1]. D’un côté une mouvance racialiste de la droite nationale s’en est prise à « cet historien gauchiste » qui voulait « nier l’homogénéité ethnique de la France » (il faut dire que les derniers tweets et la fin du compte-rendu du livre étaient provocateurs et ouvertement politiques), de l’autre la gauche se réjouissant que Saint Louis ait lui aussi été « islamogauchiste ».

Cependant, les deux camps ont raté les vraies informations du livre. L’idéal de conversion a clairement été sous-estimé dans l’étude les croisades alors qu’il est patent dans l’imaginaire médiéval (et l’on ne saurait que trop rappeler un certain nombre de chansons de geste comme celle de Guillaume d’Orange, dont une partie des héros sont d’anciens sarrasins qui se convertissent). Dans le cas de Saint Louis, cela allait parfaitement avec l’idéal de roi Très Chrétien qu’il essaya toute sa vie d’atteindre et cela s’est traduit par la conversion pour des motifs divers et variés de quelques milliers de « sarrasins » (incluant aussi des Turcs tengristes fuyant l’avancée mongole) puis par leur installation en France.

Les réactions témoignent de la volonté de part et d’autre de racialiser la religion. Les sarrasins convertis sont vus comme irréductiblement « non-européens », ce qui est interprété dans un sens différent selon le camp politique, car leur religion d’origine n’est pas le christianisme. Mais une telle vision se heurte au fait que par exemple nul ne dirait cela pour des maronites partis en France via les royaumes latins de Jérusalem. Abandonner cette vision ethniciste de la religion est nécessaire. En effet le Christ est venu pour faire de toute les nations des disciples. En outre cette vision reviendrait à sacrifier nos frères et sœurs en Christ qui se sont convertis et qui vivent leur foi de manière entravée.

Il y a deux adversaires à la vision de la France de Saint Louis. Celle-ci obéissant à l’idéal politique de la Chrétienté considère que la ligne de démarcation entre l’ami et l’ennemi [2] au sens politique du terme passe par l’adhésion à la Chrétienté. Cela n’exclut pas bien sûr un attachement patriotique au royaume de France (que Saint Louis a défendu contre les Anglais). Mais cela signifie que le premier attachement est la Chrétienté, ce qui se voit dans la volonté de Saint Louis d’unir les différentes forces chrétiennes en Orient et dans la chanson Le Roy Louis. L’action missionnaire et l’action de croisade de Saint Louis est donc totalement logique et cohérente.

Ceux qui ne la comprennent pas sont les gauchistes incapables de voir dans la religion un facteur d’unité et de différenciation politique car adhérant à une vision purement légaliste juridique inspirée du contrat social, mais aussi une partie racialiste de la droite nationale qui voit dans des théories scientifiques du XIXe siècle (souvent mêlée à de l’eugénisme d’ailleurs) un critère politique. Tous deux sont des enfants de la modernité issue de la perte de la Chrétienté comme unité politique (qui s’est accompagnée de la colonisation par les Ottomans d’une partie des terres historiquement chrétiennes) et, qui plus est, des enfants d’idéologies modernes en passe de perdre pied au sein même de la modernité. L’on peut d’ailleurs tout à fait interpréter saint Augustin d’Hippone non pas comme le voudraient des critiques païens de son temps comme appelant les chrétiens à se détacher des affaires de ce monde terrestre transitoire mais comme incitant à lutter pour que la cité terrestre ressemble à la cité divine (et donc à donner une définition religieuse celle de la Chrétienté à l’ordre politique de la cité terrestre).

Retrouvons donc l’ardeur de Saint Louis et faisons ou refaisons des chrétiens de nos frères et de nos sœurs. Faisons de la France un pays de mission, une terre chrétienne en suivant le modèle que porte par exemple le projet Ismérie et la mission Angélus. Le champ de la mission nous est ouvert il ne tient qu’à nous qu’il porte une fructueuse récolte.

Rainer Leonhardt

[1Ce fil twitter https://twitter.com/AgeMoyen/status/1327184473872605184 résumait le compte-rendu de lecture suivant : https://journals.openedition.org/lectures/45162 ; le compte-rendu portait sur cet ouvrage : JORDAN William Chester, La prunelle de ses yeux. Convertis de l’islam sous le règne de Louis IX Paris, EHESS, coll. « En temps et lieux », 2020, 169 p., trad. Jacques Dalarun.

[2Sur cette distinction schmittienne, lire la note de lecture de Karl Peyrade : https://www.lerougeetlenoir.org/opinions/les-opinantes/la-notion-de-politique-de-carl-schmitt

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