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Requiem pour la presse française

28 octobre 2011 Jean Herbottin

La déontologie n’est décidément pas la passion de la presse française. La religion non plus d’ailleurs. Excusez ce ton, mais l’agacement est à son comble ces temps-ci, tant la presse nous abreuve des flots de sa vilénie. N’y voyez pas là de la haine, mais une aimable et vive correction fraternelle.

Nos journalistes sont d’une profonde et sinistre inculture. Ils nous rapportent les inénarrables dépêches de l’AFP en y ajoutant leur petit grain de sel idéologique, ajoutant des adjectifs percutants à des réalités souvent complexes. En bons « faiseurs d’opinion » qu’ils sont, ils nous assènent, dès qu’il s’agit de religion, leurs commentaires à l’emporte-pièce, taxant ceux-ci d’intégristes, ceux-ci de « proches de l’extrême droite » [1], ou ceux-là de fondamentalistes ou je ne sais quelles autres billevesées. En plus d’être caricaturale, cette vision de mouvements hétéroclites est un mensonge. En effet, si l’on s’approche des traditionnalistes catholiques de près, l’on s’aperçoit, avec un peu de bon sens, qu’il ne s’agit pas là d’un monolithe de personnes pensant la même chose. Il s’agit certes d’un groupe de personne qui prient de la même façon, et encore, mais certainement pas d’un mouvement de dangereux fanatiques issus de l’inquisition espagnole et ne rêvant qu’à réinstaurer les HLPSDNH [2]. Si je suis personnellement réservé quant au fait de manifester contre des blasphèmes, je comprends tous ces gens qui, tout aussi heurtés que moi dans leur foi par ces horreurs, sont allés prier devant le théâtre de la ville de Paris. De la presse écrite à la télévision, l’on a préféré pointer ces croyants comme étant d’extrême droite que de se poser ne serait-ce que la question d’une injuste atteinte à la Foi de millions de personnes, d’autant plus scandaleuse que financée par des deniers publics [3] !!! Mais dès qu’il s’agit d’enfoncer l’Eglise, nos amis de Libé ou du Monde sont là, talonnés de près par ceux du Figaro, dont la qualité décroît aussi vite que la taille de la banquise.

Que dire du traitement scandaleux qui est fait de la parole pontificale ? Des paroles tirées de leur contexte et coupées à maintes reprises sont présentées comme les preuves de l’obscurantisme catholique et de l’arriération sexuelle d’un vieillard grincheux. Alors on nous parle du refus du préservatif, d’une morale sexuelle trop rigide ou d’un refus de la modernité. Forts de clichés aussi arriérés que stupides, ils présentent les propositions de Benoît XVI comme les injonctions d’un Torquemada allumeur de bûchers. Que je sache, personne n’est obligé d’être catholique, et l’Eglise n’a encore organisé nulle part de police des corps pour veiller à la bonne tenue de la moralité sexuelle de ses ouailles. Nos journalistes n’en ont cure ! Ils nous resservent les erreurs d’hier pour disqualifier la parole d’aujourd’hui. Mais mes amis, parlons donc d’aujourd’hui ! Qu’y a-t-il dans la parole de l’Eglise qui puisse être qualifié d’injuste ? La condamnation des homosexuels ? Erreur ! L’Eglise condamne une pratique, pas des personnes. Elle ne refuse à personne sa main secourable, préférant relever l’Homme que de le laisser seul dans l’ombre. L’interdiction du préservatif ? Erreur ! L’Eglise préfère croire que les hommes sont des êtres responsables, et pas des phallus ambulants [4]. Je pourrais continuer, les exemples étant légion de cet amalgame que de bonnes âmes condamnent dès qu’il s’agit d’une autre organisation ou religion. L’Eglise, elle, n’a jamais le droit à une telle compassion. Le Pape, depuis son installation, assimilé à un nazi, est la cible d’un acharnement médiatique hors norme. Les affaires de pédophilie, dont Tancrède et moi-même avons parlé dans des articles plus anciens, ont été du pain béni pour nos chercheurs de scandales. Qu’ont-ils dit de l’action de Benoît XVI pour lutter contre ce fléau ? Qu’ont-ils dit de la compassion dont a fait preuve le Pape vis-à-vis des victimes ? Cela n’occupait guère les colonnes, au mieux une brève, cachée entre le retrait d’un lot de machines à laver et le changement de majorité au Bélouchistan septentrional. L’on préfère parler d’une actrice bien sotte traitant Benoît XVI de nazi que de parler de la doctrine sociale que de Saint-Père défend. Drôle de priorité.

Mais le comble, je crains que nous l’ayons atteint ce jeudi 27 octobre. N’étant pourtant pas un fanatique du dialogue inter-religieux, je fus tout simplement scandalisé du peu de cas, pour ainsi dire de la mesquine indifférence qui a accompagné la rencontre d’Assise. Seule la Croix et la Voix du Nord en ont parlé dans leur version internet. Qu’un événement d’une telle importance, rassemblant les représentants de toutes les religions du monde ne suscite pas le moindre article est tout bonnement un scandale. L’espérance n’intéresse pas les journalistes. Le message de paix d’Assise ne figure pas dans leurs priorités. Ils préfèrent piétiner l’« infâme » qui de toute façon ne leur répondra pas. Ils préfèrent se focaliser sur une supposée violence exercée par un groupe de jeunes qui prient devant un théâtre. Ils préfèrent voir de l’extrême droite partout alors que leur propre lectorat comprend les revendications de ces « indignés ». Comme le disait monseigneur Podvin à propos d’un article lamentable de Libération, « la liberté d’expression s’honore quand elle respecte ceux qu’elle offense ». Mais ce qui est certain avec les journalistes de tous les bords confondus, c’est que l’on frise le bon-goût sans jamais l’atteindre, et que l’on tapine avec la bassesse sans jamais en sortir.


[1comprenez fascistes. Un point Godwin, un !

[2Heures les plus sombres de notre Histoire

[3Je rappelle à notre aimable lectorat que la France, au bord de la faillite, peut encore se permettre ce genre d’âneries.

[4Bien que l’affaire DSK permette de comprendre bien des choses sur ce chapitre.

28 octobre 2011 Jean Herbottin

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