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Que la France fasse l’Europe, l’Europe française !

L’Europe fut une grande absente de la campagne de 2007. Elle revient en force à l’occasion de la crise économique et monétaire qui nous agite. C’est dire — mille fois hélas ! — combien les Français ont perdu tout idéal et se vautrent dans la médiocrité des petits bourgeois qu’ils sont devenus. Le général de Gaulle, le dernier, a pu, et par le biais d’une élection démocratique, faire primer en France une vision empreinte de force, de grandeur et d’enthousiasme. Aujourd’hui, pour paraphraser Charles Maurras, c’est la revanche de Marx ! L’État est discrédité et inspire la défiance ; l’économie prime toutes les analyses et soumet tous les désirs intimes.

Le héros du jeune Français n’est plus Achille ou le Grand Condé, c’est Steve Jobs. Ses amours ne sont plus inspirées par celles, tragiques, de Racine et de Corneille ; c’est la veule routine de la plus immonde débauche et le misérable commerce des satyres. Le constat de Stendhal s’est inversé, lui qui écrivait : « À vingt ans, l’âme d’un jeune homme, s’il a quelque éducation, est à mille lieues du laisser-aller, sans lequel l’amour n’est souvent que le plus ennuyeux des devoirs. » [1]. La France n’a plus d’ambition, et encore moins de noblesse : la modernité technique et les prodigieux bains de sang qu’elle provoqua lui interdit de reprendre les guerres qui furent le vivier de sa gloire et de sa force morale.

Faut-il alors se complaire dans la médiocrité où nous plonge le matérialisme abject, la décadence des élégants et le conformisme des bien-pensant ? Faut-il au contraire jouer le rôle des éternels grognards qui feignent de soupirer en évoquant les grandes batailles de Napoléon, et qui n’ont que « de Gaulle » et « souveraineté » à la bouche ? Ni l’un, ni l’autre. Ce sont là les deux avatars d’un renoncement funeste ; les deux têtes de l’hydre de la modernité ; les deux masques comique et tragique d’une scandaleuse petitesse. Rien n’est trop grand pour la France ! La France n’est la France que si elle possède un Empire.

La France est sans nul doute l’héritière de l’Empire romain, comme le rappelait Éric Zemmour dans un essai remarqué et récent, Mélancolie française. Mais si elle semble se rapprocher aujourd’hui du Bas-Empire, c’est qu’elle a du même coup renoncé à sa place de Fille aînée de l’Église. C’est le catholicisme qui l’a préservée de l’odieuse tentation mercantile. Hélas ! Les radicaux (race d’individus qui règne de façon hégémonique, du P.S. à l’U.M.P., de nos jours) ont fait des Français autant de minables Anglais plus préoccupés par le dernier « iPad » que de savoir si leur Premier Ministre est plus proche du cardinal de Richelieu ou de Pierre Laval.

L’Europe, venons-y donc. Dans les circonstances actuelles, la seule noble tache à laquelle la France peut s’abandonner, c’est de refaire l’Empire romain, de reconquérir l’Europe, et de planter dans toutes les villes des arbres de la Restauration. Doit-on se résoudre à jeter à bas l’Union européenne, ce projet vicié qui a consacré le gouvernement des juges, triomphe posthume de la Fronde ? Il faut à tout le moins en détruire la forme actuelle. Mais avec plus de sagesse, suivons l’exemple d’Otto de Habsbourg : ses ancêtres ont défendu l’Ordre, et leur Empire avait les airs de la Chrétienté [2]. Ils ont fait l’Empire des peuples, comme la France fut le Royaume des peuples. Appuyons-nous sur le souvenir de cette Europe immémoriale, du temps où le latin était parlé à Palerme et à Dantzig.

Si nous songeons à César et à Pompée, à Sainte Jeanne d’Arc et à Bertrand du Guesclin, à Turenne et à Condé, nous ne pouvons songer qu’à l’Europe pour y bâtir une gloire immortelle. Méfions-nous de ces Cassandre qui sans cesse brandissent l’abandon de notre souveraineté et le déclin de la France : ils en sont à leur façon les promoteurs. Il serait plus raisonnable pour eux de professer que la France est un objet archaïque qui n’a plus sa place dans le monde contemporain. Nous pouvons le penser avec la noblesse du pessimisme, mais nous appartient-il de rompre le cours de la destinée qui s’est écrite le 25 décembre 496, condamnant la France à se lever au-dessus des autres peuples ?

Que la France fasse l’Europe, l’Europe française !


[1Le Rouge et le Noir, Gallimard, collection Folio classique, page 139.

[2On ne saurait trop recommander la lecture de La marche de Radetzky, de Joseph Roth, qui s’impose à tout bon réactionnaire.

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