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Pourquoi s’opposer au mariage homosexuel ?

Cet article n’engage que son auteur, le R&N ne souscrit à l’hétérodoxie de certaines de ses opinions.

Cet article est le troisième d’une série de sept.
Même s’il se suffit à lui-même, nous vous invitons à lire le premier, puis le deuxième.

Pourquoi s’opposer au mariage homosexuel ?

On l’aura compris, je me range dans la catégorie des « anti ». Ces dernières semaines, on m’a plusieurs fois demandé, avec un air candide qui se voulait probablement révélateur, par contraste, de ma méchanceté, pourquoi je m’opposais ainsi à l’amour homosexuel, pour quelle raison saugrenue, si ce n’est cruauté extraordinaire, je refusais le droit à deux personnes de s’aimer et donc de se marier. Avant que l’on me soupçonne d’homophilie refoulée — les psychanalystes ne sont jamais loin —, essayons de faire preuve de méthode.

Tout d’abord, rappelons que l’expression « mariage pour tous » est vide de sens : sauf exceptions (mineurs et incapables), tout le monde peut se marier. Attention ! Avis au militant LGBT bourrin moyen : passe ton chemin, camarade, à partir de maintenant on va essayer de manier des concepts qui dépassent de loin le bon mot que tu peux arborer sur ta pancarte arc-en-ciel. Aussi, si tu poursuis ta lecture, tu passes avec nous un contrat tacite : celui de te tenir à carreau et de te concentrer jusqu’à la fin avant de pouvoir l’ouvrir, et encore, seulement si tu as un quelque chose d’intelligent à nous dire. Il en va de la bonne tenue de cette lecture. Merci.

Oui, disais-je, tout le monde peut se marier car le mariage n’est pas un label que l’on arbore pour prouver son amour mutuel — « regardez, on s’aime, on s’est fait tamponner en mairie et on a même reçu du riz sur la tête ! ». Non, c’est une institution à laquelle on est libre d’adhérer ou non. Le mariage n’est pas à géométrie variable, on n’en négocie pas les clauses, on respecte ses prérequis — on ne se marie pas avec sa nièce, ni avec trois femmes, ni avec son cheval, n’en déplaise à l’empereur Caligula — et on s’engage en bloc à être fidèle, solidaire, respectueux et tout le reste. Il ne s’agit donc pas d’un contrat passé entre deux adultes, mais bien d’une institution à laquelle on adhère si on le souhaite et si l’on en respecte les conditions, l’une d’entre elles étant la complémentarité sexuelle entre l’homme et la femme.

Car en effet, si le mariage consacre l’union d’un homme et d’une femme, ce n’est pas pour le plaisir de crier au monde son amour et sa fierté dans un élan hédoniste et festif — une pensée pour Murray —, c’est bien pour organiser la famille, sa protection et la filiation qui en découle. Cela a été observé par Lévi-Strauss. C’est d’ailleurs écrit noir sur blanc dans une série d’articles du Code civil supervisée pour l’anecdote par un homosexuel notoire, j’ai nommé Cambacérès. Or, pour fonder une famille, c’est-à-dire, fondamentalement, concevoir des enfants, encore faut-il le pouvoir. Il n’aura échappé à personne que cette possibilité n’est pas offerte à un couple homosexuel. Si le mariage ne leur est pas ouvert, ce n’est donc pas par une quelconque homophobie instituée, c’est tout simplement parce qu’ils sont hors sujet. Leur vie commune s’inscrit dans le cadre du concubinage, comme celle de milliers de couples (qui peuvent avoir des enfants mais qui n’adhèrent pas à l’institution).

Jusqu’ici, j’ai volontairement occulté le poids de la tradition et de la foi. Rappelons juste que le mariage est un sacrement religieux dont l’État s’est en partie emparé, et non l’inverse. Le choix de ne pas convoquer le spirituel est volontaire car, pour reprendre les termes de l’abbé Iborra (voir « Le sermon du 13 janvier 2013 »), il s’agit pour moi, en bon laïc, de me concentrer uniquement sur les « revelabilia » (Saint Thomas d’Aquin), ces vérités religieuses qui relèvent avant tout de la raison et non de la foi. Pourquoi cette précision ? Simplement pour vous rappeler que pour un grand nombre de personnes, il n’est nul besoin de s’aventurer dans des explications telles que celles-ci, longues et probablement brouillonnes, pour s’opposer à ce projet de loi : l’empirisme, qui n’est autre que poids des us et coutumes retenus par les générations d’hommes et de femmes qui se sont succédées depuis le début de l’humanité, suffit à les convaincre. Il est vrai que l’on se laisse parfois surprendre par le bon sens qui peut découler de plusieurs millénaires de tentatives et expérimentations en tout genre.

Il ne suffit donc pas d’ânonner un slogan pour en faire une réflexion profonde ; d’ailleurs, au passage, lire sur des pancartes « l’égalité sans négocier » en dit long sur l’état d’esprit des intolérants de la tolérance « arc-en-ciel » qui les promènent fièrement autour de la Bastille. Prévenons cependant leur cris d’orfraie : NON (les majuscules sont volontaires), personne ne nie ici l’amour homosexuel, sa légitimité, sa sincérité ou son droit de cité [ndlr : cette opinion n’est pas conforme aux derniers textes doctrinaux]. Mais il ne suffit pas de revendiquer une égalité déjà discutable, on l’a vu, encore faut-il penser à ses conséquences. Car les idées ont des conséquences. Et au rythme où nous allons, l’absence de réflexion fera bien vite le lit de notre déclin — Idiocracy, nous voilà ! On peut vouloir l’égalité de traitement social entre couples homosexuels et hétérosexuels : je pense aux avantages offerts par le mariage, par exemple sur le plan fiscal. On peut vouloir une reconnaissance sociale de cet amour, en mairie ; je n’y suis pas opposé, bien au contraire si cela fait des heureux [ndlr : cette opinion n’est pas conforme aux derniers textes doctrinaux]. Mais on ne peut vouloir un mariage homosexuel sans réfléchir à ses conséquences pratiques dans notre droit et dans l’organisation de notre société, puisque l’on modifie en cascade rien de moins que la façon dont elle se perpétue.

H de K

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