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PMA : le danger de la morale

La société française n’a jamais mieux illustré le dépassement complet du clivage droite-gauche traditionnel. Elle a définitivement effectué sa révolution copernicienne depuis les évènements portés principalement par la Manif pour tous et de nombreux collectifs associés contre la loi Taubira qui ouvrait l’accès au mariage et à l’adoption des couples homosexuels. Il importait de montrer avec force le mensonge des partis traditionnels consistant à croire et faire croire que la droite institutionnelle défendait ipso facto des valeurs conservatrices tandis que la gauche bataillait comme à l’habitude pour un corps d’idées allant bien au-delà du progrès social et devenant progrès total. Depuis 2012, la société de consommation capitaliste a montré un visage qu’elle avait depuis la fin des années 1980 : le libéralisme des mœurs a conquis la chambre bicamérale dans son ensemble. Il en a résulté une prise de conscience massive de nombreux Français et électeurs, mettant en question leur parti favori, confrontant de nombreux élus locaux. D’une certaine manière, l’élection d’Emmanuel Macron est le point final de cette recomposition absolue de la vie publique européenne, philosophique, intellectuelle, métapolitique, amorcée en cette année 2012. Les bons, les catholiques, les conservateurs, n’étaient plus de droite, ils n’étaient plus nulle part. Les masques tombaient un à un, dissipant sans pitié tous les écrans de fumée. UMP et FN, frileux ou indifférents, partis de gouvernement et alii, fourbissant leurs armes. Allait s’engager une bataille à un contre cent dont le pari de la mobilisation fut réussi : les catholiques sortaient dans la rue et jamais manifestation n’eut son pareil depuis celles du Mouvement de l’École libre mettant en échec le projet de loi Savary. Car oui, ce sont bien les catholiques, les musulmans, les juifs, les fidéistes de la République qui ont alimenté de leur vision morale le gros de la doctrine Manif pour tous. Dieu était omniprésent : sur les parvis le tract à la main, derrière les banderoles de Raspail à Denfert, vissé au cœur à l’occasion des rassemblements de Veilleurs devant les préfectures et des Sentinelles devant le Ministère de la Justice. Jamais devant les caméras, jamais dans le débat public. Cela était sans doute une erreur. Un bricolage moral s’est opéré, abreuvé des vues personnelles de chacun causant une véritable cacophonie. Était-ce du droit, de la philosophie, de la religion ? Un tel chantier sémantique a rendu inaudible une conviction pourtant forte et légitime : tout enfant naît d’un père et une mère.

La mobilisation suscitée par l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes de même sexe pose le même pari qu’hier : triomphe ou mort des idées dépassées, surannées, dont les manifestations sont, dans les faits, les examens échoués. Pourtant, jamais société ne s’est tant passionnée pour les sujets bioéthiques que celle du XXIe siècle. C’est bien là la grande victoire de la Manif pour tous. Il incombe à tous ceux qui refusent de sanctuariser le paradigme positiviste, diablement moderne, et qui s’en tiennent à ce que nature a cru bon d’offrir, de briser le plafond de verre incidemment construit en se posant la seule question qui vaille : comment parler de bioéthique ? A cette question, la réponse doit être univoque. La société nucléaire a définitivement renoncé aux leçons de morale comme échos d’un XIXe siècle puritain dont les avatars prêtent encore aujourd’hui à rire, comme en témoigne l’expression qui résume tout en elle : être une grenouille de bénitier. Les catholiques ne sont pas des grenouilles, plutôt des empêcheurs de penser en rond dont le discours n’est pas un fac-similé de traités moraux comme la bourgeoisie industrielle d’autrefois aimait à en lire. La moraline, la langue de buis, la bonne conscience, les positions proprettes et confortables ne se donnent jamais le mal d’un militantisme borné par le droit, par la philosophie, par la théologie. Pourquoi pas celle du corps ? L’opposition à la procréation médicalement assistée, en tant que projet de société important, ne peut souffrir des approximations et des caricatures que la morale imprime par facilité dans la conscience collective. Il importe donc que les esprits de chacun se forment avec précision, refusent les phrases toutes faites assénées maladroitement bien que trahissant – sans doute – une volonté puissante.

Quantité de raisons conduisent à considérer que la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes n’est pas une évidence, que l’enfant n’est pas un texte de loi, un droit de la personne mais le fruit amoureux – tant que possible ! – de l’union d’un homme et d’une femme. Le droit doit-il sanctuariser les exceptions ? La mission de l’homme est-elle de dépasser son état de nature ? Le progrès induit-il nécessairement la libéralisation technique, pour tout, au nom de tout ? En définitive : le Bien commun mérite-t-il que l’on se lève tôt pour lui ? Assurément.

lysenfleur

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