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Plaidoyer catholique pour un Pape bientôt haï

Huit mois se sont écoulés depuis la tenue du conclave qui a vu l’élection au souverain pontificat du Cardinal Bergoglio, appelé désormais François. La surprise de tous a rapidement cédé la place aux commentaires les plus divers, allant de l’enthousiasme à la plus franche hostilité. Force est de constater que notre nouveau Pape laisse peu indifférent. Cependant, il n’est pas illégitime de s’interroger sur les raisons véritables de ces réactions contrastées.

En premier lieu, il est important de souligner l’aura que le Pape a auprès de la foule immense des victimes désabusées d’une modernité qui n’a pas tenu ses promesses. En effet, la vue de François, accueillant, écoutant et consolant ceux qu’il rencontre, permet de toucher les cœurs à qui a été arrachée toute forme d’espérance par la remise en cause systématique des savoirs traditionnels.

Viennent ensuite les réactions de nombreux commentateurs, qui, infectés par le relativisme, pensent que le dernier conclave a vu la victoire de leur parti. D’après eux, l’Église va enfin s’ouvrir au monde. Ils sont suivis dans leur enthousiasme par des gens se considérant encore catholiques, mais qui ont, dans les faits, transformé le message du Christ en un vague humanisme. Leurs analyses inquiètent une frange non négligeable des catholiques, faisant preuve en ce domaine d’un suivisme d’autant plus étonnant qu’ils sont en général critiques envers les faiseurs d’opinions. Cette crainte est le signe visible d’une atténuation de la vision surnaturelle que le croyant doit avoir de l’Église.

Pourtant, il est clair que la posture subitement papolâtre de ces observateurs se fonde sur une ignorance coupable de faits qui parlent d’eux-mêmes. L’explication est simple et a un nom : l’idéologie, ennemi de toute analyse objective. En effet, auto-persuadés a priori de la pertinence de leur grille de lecture, ils finissent par ne pas voir ce qui est pourtant en pleine lumière. Il n’est pas nécessaire d’être introduit dans les secrets des princes pour constater que ce Pape n’est pas celui que beaucoup décrivent. De même qu’il a existé, selon les propres termes du Pape Benoit XVI, un concile des médias et un concile des pères conciliaires, il paraît flagrant qu’il existe un pontificat des commentateurs et un pontificat des croyants.

Comment oublier le premier sermon prononcé par le nouvel élu où, dans la fidélité à la méditation des deux étendards des exercices spirituels de Saint Ignace, était rappelé qu’il n’y avait pas de troisième voie entre l’adoration de Dieu et l’obéissance au diable ?

Comment s’offusquer qu’il rappelle, dans son entretien aux revues jésuites, la doctrine traditionnelle selon laquelle le discours théologal doit précéder le discours moral ? Nous ne serons pas de ceux qui, soit pour s’en réjouir, soit pour s’en lamenter, estiment qu’il brade l’enseignement de l’Église en la matière.

Comment passer sous silence sa participation personnelle à la marche pour la vie à Rome, qui dénonce la barbarie à visage humain que constitue l’assassinat d’êtres innocents dans le sein maternel ?

Toutefois, il ne serait pas honnête de ne pas évoquer sa visite controversée à Lampedusa, ainsi que la remise en cause de l’usage du missel du Bienheureux Jean XXIII au sein de la communauté des Franciscains de l’Immaculée.

Il paraît évident que le Pape François n’est pas sensibilisé aux problématiques de l’immigration telle que nous la connaissons en Europe occidentale. L’hostilité croissante envers les politiques migratoires actuelles ne trouve pas nécessairement sa source dans un refus du don, mais sûrement dans un dépassement de la capacité d’accueil des pays hôtes. Il n’est pas exagéré de dire que l’immigration aujourd’hui en France ne contribue qu’au malheur de la plupart, tant des accueillants que des accueillis, ces derniers étant le jouet de prédateurs sociaux, trop contents de trouver une main-d’œuvre à bas coût, et des tenants effrénés du multiculturalisme.

Concernant la question liturgique, il n’est pas à exclure que certains membres des Franciscains de l’Immaculée aient un attachement désordonné à la forme extraordinaire du rit romain, ce qui peut justifier une mesure prudentielle.

Pour conclure, il n’est pas interdit de penser que le Pape François sera particulièrement haï, à la mesure du faux espoir qu’il a suscité chez ceux qui souhaitent l’alignement de la doctrine de l’Eglise sur le concert des opinions convenables.

Joseph de Mourville

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